Vue lecture

Pour une définition plus longue et plus développée de la politique documentaire

Pyramide de livres avec un cercle vide au milieu. Dans ce cercle flotte un livre ouvert. Ambiance sombre avc une perspective de rayonnages de livres derrière le livre flottant.
Photo de Jaredd Craig sur Unsplash

La politique documentaire bénéficie de deux définitions

La notion de politique documentaire bénéfice de deux définitions proches et complémentaires grâce à B. Calenge et J. Pouchol.

Bertrand Calenge propose la définition suivante :

La politique documentaire recouvre au sein d’une bibliothèque l’ensemble des processus visant à contrôler le développement des collections. Elle recouvre la politique d’acquisition, la politique de conservation (incluant le désherbage) et la politique d’accès (incluant les modalités d’organisation et  de communication des collections).

Jérôme Pouchol donne une définition proche :

Politique documentaire : Ensemble des objectifs et processus pilotant la gestion de l’information, incluant la politique d’acquisition, la politique de conservation et la politique de médiation des collections. La politique documentaire est une partie intégrante et essentielle du projet d’établissement, permettant de répondre aux missions de la structure et aux attentes des usagers.

Ces deux définitions sont concises et transcrivent l’essentiel. Cependant, il me semble utile de les développer un peu pour mieux en appréhender les différents aspects. Pour cette proposition plus longue, je suis partie de la réponse de ChatGPT, très marquée par une vision anglo-saxonne, que j’ai adapté et précisé.

Sur une table en bois, pile de livres avec une pomme dessus, des crayons de couleurs et trois petits cubes A, B, C l'un sur l'autre.
Photo de Element5 Digital sur Unsplash

Esquisse d’une définition plus longue et plus développée de la politique documentaire

La politique documentaire en bibliothèque est un ensemble de lignes directrices, de stratégies et de procédures mises en place pour gérer, développer, valoriser et promouvoir la collection de documents, et aujourd’hui d’objets, d’une bibliothèque. Elle vise à répondre aux besoins et aux attentes du territoire desservi par la bibliothèque, tout en optimisant l’utilisation des ressources financières et humaines disponibles.

Elle est régulièrement révisée pour s’adapter aux évolutions des besoins du territoire et des ressources disponibles. Elle joue un rôle essentiel pour développer une bibliothèque dynamique et en phase avec les attentes de ses utilisateurs existants ou potentiels.

En plus de la sélection et de l’acquisition de nouveaux documents, ainsi que de le désherbage des documents obsolètes ou peu utilisés, la politique documentaire englobe la gestion des abonnements aux périodiques, la conservation des documents fragiles ou rares, la gestion des formats numériques, et la valorisation des acquisitions auprès de tous les publics.

Cette valorisation peut prendre diverses formes, telles que des expositions, des ateliers, des recommandations personnalisées, des guides de lecture, des présentations en ligne, et d’autres initiatives visant à mettre en valeur les ressources disponibles et à encourager leur utilisation.

Pensons à la participation des usagers à la politique documentaire

Dans le droit fil des droits culturels, il semblerait pertinent de consolider le versant participation, co-construction voire co-décision des politiques documentaires. J’y reviendrais dans un prochain texte.

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Ralentir l’action culturelle en bibliothèques

Garage avec plusieurs instruments de musique plus ou mois éclairés.
Photo de John Matychuk sur Unsplash

« c’est un infini en intensité et non en extension qu’il s’agit d’inventer »

Alexandre Monnin et Nathan Ben Kemoun : La sobriété comme suffisance intensive, l’exemple de la musique – La musique en mouvements

Enjeux d’un ralentissement de l’action culturelle

La réduction plus ou moins importante des budgets ou du temps disponible en interne pour mener des projets alliée à la prise en compte des enjeux écologiques engagent les bibliothèques à repenser aussi la place de l’action culturelle.

Faire venir de très loin, même en train, certains artistes pour une ou deux soirées posent aujourd’hui question. Enchaîner les expositions ou certaines propositions, pour remplir une saison culturelle et essayer de faire du chiffre, doivent aussi être interroger en terme d’impacts sur le territoire et les habitants.

Élargir vraiment les publics de l’action culturelle, au-delà des multi-pratiquants (qui fréquentent intensément tous les lieux culturels) et des convaincus (sur une forme, comme les accros au conte, sur une thématique, comme les écologistes convaincus) demande une approche globale et du temps long.

Si les bibliothèques veulent aller davantage vers les droits culturels et la co-construction (avec les partenaires et-ou avec le public), il est urgent de ralentir et de prendre le temps de repenser le projet culturel et les méthodes pour le mettre en œuvre.

Ralentir pour approfondir les projets

Comme le souligne fort justement le compte-rendu du Forum Bis:

  • Ralentir faciliterait la coopération et la coconstruction des projets culturels et artistiques.
  • Ralentir permettrait une meilleure articulation des projets culturels aux enjeux écologiques.
  • Ralentir participerait à la qualité des projets culturels et artistiques. Il permettrait plus de créativité, un meilleur accueil des équipes artistiques et des publics, plus de temps pour la rencontre, pour la médiation.
  • Ralentir offrirait une meilleure qualité de vie, plus de confort, de sérénité, de sécurité, de santé au travail. Il ne s’agit pas seulement de faire mieux, mais d’être mieux.
Montgolfière sur un ciel rosé.
Photo de Dzmitry Tselabionak sur Unsplash

Prélude au ralentissement: réfléchir en interne

Les bibliothèques ont tout intérêt à bifurquer dans cette direction commençant par un temps de la réflexion en interne. Vous pouvez d’ailleurs vous inspirer de l’atelier utilisé lors du Forum Bis (voir en annexe du document)

Les objectifs de l’atelier étaient les suivants:

  • Mettre en débat le sujet du renoncement
  • Permettre à un groupe de pouvoir discuter et partager des idées autour de ce sujet
  • Identifier les axes à explorer en lien avec le renoncement

Trois étapes pour ce formation d’atelier participatif type World Café:

  • Premièrement : Que pourrait-on faire moins ?
  • Deuxièmement : Que gagnerait-on à faire moins ?
  • Troisièmement : De quoi aurions-nous besoin pour faire moins ?

Quelques pistes de travail pour ralentir l’action culturelle

Pour conclure provisoirement le sujet, voici des premières pistes de travail et de réflexion:

  • travailler avec des articles locaux sur des pratiques artistiques sur le long terme
  • amplifier les démarches de co-construction et d’implication des usagers autour de leur talent ou de leur passion.
  • faire venir pour un temps plus long des artistes venant de loin pour des rencontres, des ateliers et de la médiation dans différents lieux et situations
  • prendre le temps de rendre les projets adaptés au territoire et aux habitants
  • prendre le temps de donner envie de venir, de participer ou de s’impliquer.

D’autres idées ? D’autres envies ?

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Penser comme un donut

Préserver la planète et prendre soin de nous implique de réduire tous nos impacts sur l’environnement et de se soucier de l’équité sociale.

Thimothée Parrique explique en détail dans son essai Ralentir ou périr que la croissance n’éradique plus la pauvreté, ne réduit plus les inégalités, ne diminue plus le chômage, n’est pas nécessaire pour financer les budgets publics, et a perdu toute corrélation avec la qualité de vie.

La « théorie du donut » de Kate Raworth donne une bonne représentation visuelle de la manière dont il faut penser notre rapport à la planète: il faut ramener tout ce qui dépasse en rouge dans la zone verte.

Image comportant plusieurs cercles, de l'extérieur vers l'intérieur: les risques liés à l'environnement, le plafond environnemental, l'espace sûr et juste pour l'humanité, le plancher social et les différentes catégories de la vie réliées aux enjeux environnementaux.

Ce schéma du donut permet, à mon sens d’avoir une vision claire des enjeux sociaux, économiques et politiques en lien avec la transition écologique.

“Entre un plancher social qui protège contre les privations humaines critiques et un plafond environnemental qui permet d’éviter le dépassement des seuils naturels critiques, on trouve un espace sûr et juste pour l’humanité – qui a la forme d’un donut (ou, si vous préférez, un pneu, un bagel ou une bouée). Il s’agit de l’espace dans lequel tant le bien-être humain que le bien-être planétaire sont assurés et leur interdépendance respectée.”

Pour aller plus loin, vous pouvez lire ici une présentation synthétique de cette théorie par l’ONG Oxfam.

La décroissance n’est pas un gros mot mais une étape nécessaire pour inverser notre tendance actuelle à détruire la planète à cause d’une croissance à tout prix avant d’adopter un modèle économique capable d’allier préservation de l’environnement et satisfaction des besoins essentiels.

Et si comme le dis si bien l’économiste dans une interview sur BonPote:

« On arrête tout, on réfléchit, et c’est pas triste ».

Ralentir plutôt qu’accélérer sans cesse.

Transmettez, débattez de cette approche autour de vous et lisez le livre de Thimothé Parrique !

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Prélude à l’évolution des bibliothèques dans un monde complexe

Complexité
Photo CC PhOtOnQuAnTiQuE https://www.flickr.com/photos/photonquantique/

J’ai été invité le 26 novembre 2015 à Rennes comme grand témoin de la journée d’étude suivante:

Bibliothèques et numérique : vers des espaces de création et de participation
Une part importante du savoir et de la connaissance circule maintenant sur le Web. Les bibliothécaires expérimentent les offres électroniques et ont imaginé des dispositifs de médiation pour valoriser ces ressources souvent mal identifiées. L’influence des technologies tend donc à prendre de nouvelles formes en bibliothèque, accompagnant ainsi le mouvement de fond que les usages du numérique provoquent depuis maintenant 30 ans.

« BiBlio and co », pour une innovation ouverte !
Avec l’éclosion de la culture « maker », et à l’heure des « FabLab » et des « Biblioremix », les pratiques participatives réinvestissent les espaces physiques, encourageant ainsi la création et l’expression. De nouvelles tendances se dessinent pour procurer des améliorations ou des services supplémentaires. Multiplier les dispositifs interactifs et stimuler l’expression permet certes d’attirer et de fidéliser les publics. Mais les pratiques numériques et participatives apparaissent aussi comme une occasion de « faire avec » les publics, et de réfléchir aux nouvelles formes de transmission de la culture.
Au-delà de ces questions pratiques, et à l’heure de la question de l’utilité même des médiathèques au XXIe siècle, c’est bien l’enjeu de la place de la bibliothèque à l’horizon de la Ville intelligente (Smart City) qui sera posée lors de cette journée.

voir le programme ici

Une très belle journée d’étude qui alliait Forum de projets et ateliers le matin avec une partie plus théorique l’après-midi.Après une synthèse participative des ateliers du matin (avec la technique éprouvée des post-it proposée par Eric 😉 ), j’ai fait une mise en perspective. Pour prendre un peu de hauteur, il s’agit d’une première approche pour transposer aux bibliothèques la notion de complexité et de pensée systémique chère à Edgar Morin. Cela donnera lieu à d’autres textes plus développés dans de prochains billets.Je vous copie ci-dessous le plan de mon intervention pour laquelle je n’ai pas fait de diaporama.Co-production de la politique culturelle avec le territoire : Dépasser une culture de l’offre… documentaires et de services

  • Croiser les regards avec tous les acteurs du territoire
    • Question collective à se poser avec tous les acteurs concernés pour croiser les regards et sortir d’un point de vue biblio centré: 

« quel effet, quel impact, quelles objectifs sur le territoire du point de vue culturelle, éducatif et social »

    • coproduire et coopérer avec les acteurs du terrain pour réfléchir, embrasser toutes les problématiques, fixer des choix communs et y travailler ensemble
  • la politique culturelle ne doit pas être le seul apanage des acteurs culturels
  • le concept de ville intelligente est peut-être réducteur, parlons plutôt de la société intelligente capable de s’auto-eco-réorganiser dans un monde complexe
  • plus que faire avec les publics, c’est créer les conditions d’une coproduction et de la manière de contribuer collectivement aux évolutions culturelles, éducatives et sociétales du territoire dans lequel nous sommes
 

Pour le créateur de la Kao Compagnie, société de cosmétiques et de produits d’entretien, le but de l’entreprise n’est pas d’augmenter ses profits ou de prendre des parts de marché à ses concurrents, mais de créer de la connaissance pour ses usagers !

  • nécessite de partager avec les acteurs du territoire ce qu’est une bibliothèque, la culture et contribuer collectivement à faire évoluer la vision de la bibliothèque et ses enjeux
  • Un projet n’a de sens que s’il a du soutien
  • Changer de modèle et cultiver l’intelligence collective dans nos organisations
 Révolution à la Secu Belge: l’autonomie, le management au résultat, la liberté dans l’organisation du travail au bureau et à la maison + une expérience de cooptation.
Pour les bibliothèques, il me semble que les enjeux dans un monde complexe et mouvant sont de deux ordres:
  • contribuer à d’autres politiques que la seule lecture publique et s’insérer de manière plus globale dans la vie de son territoire mais pas seulement avec du partenariat
  • faire comprendre de manière le plus intime possible ce qu’est une bibliothèque aux acteurs, y compris les usagers, et leur permettre de contribuer à celle-ci.

Voir le live tweet #ChignonBzh

J’ai conscience que le plan peu paraître un peu sec mais d’autres explications sont à venir et je le partage pour les participants à la journée d’étude.

N’hésitez pas à compléter et à questionner.

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La bibliothèque 3ème lieu: propositions pour une démarche marketing

couverture Mediathème Bibliotheques 3eme lieu

Le texte ci-dessous a été publié dans le médiathème « Bibliothèques troisième lieu » coordonné par Amandine Jacquet (ABF, 2015, isbn 978-2-900177-41-9) que je vous recommande chaudement d’acheter.


La bibliothèque troisième lieu est un concept qui permet de repenser les services et l’accueil du public en bibliothèque. Afin de compléter cette avancée, nous devons avoir une stratégie plus globale pour multiplier les occasions de faire connaître la bibliothèque et de fidéliser les usagers. Au fil des années, les bibliothèques n’ont cessé de se remettre en cause et d’évoluer, en proposant des animations, un accès Internet et des espaces numériques et de nouveaux supports, ou en sortant de leurs murs pour nouer des partenariats tout azimut. La montée en puissance de l’usage des écrans (télévision, ordinateurs, tablettes…) a induit une baisse globale du nombre de gros lecteurs et des inscrits en bibliothèque qui a beaucoup remis en cause ce travail de longue haleine. Les bibliothécaires n’ont pas tardé à trouver de nouvelles manières d’exercer leur rôle de médiateur culturel en prenant conscience que la fréquentation sans inscription était elle en hausse et que la plupart des internautes réclamaient des repères sur Internet. La hausse conjointe de l’individualisme, de la dématérialisation des contacts humains et du sentiment d’isolement provoque très probablement l’attente d’espaces permettant l’émergence de pratiques collectives et d’un sentiment d’appartenance. D’où le succès actuel de la notion de troisième lieu, qui rencontre les aspirations collectives d’une population et les aspirations des hommes politiques à la participation citoyenne active de la dite population. Succès donc de la bibliothèque comme lieu de vie pour ceux qui viennent sur place et de la médiation numérique, pour orienter les usagers dans le maelström des ressources numériques et du web. L’amalgame de ces différentes strates, les plus anciennes et les nouvelles, s’est fait de manière plus ou moins heureuse et il apparaît nécessaire de retrouver une vision et une stratégie plus globale. C’est le sens de la proposition de stratégie à 360 degrés que nous allons développer.

I. La bibliothèque comme carrefour de la vie culturelle

La collection n’est plus un artefact magique, si elle ne l’a jamais été, qui attire irrésistiblement le public vers la bibliothèque. La supposée ubiquité et disponibilité permanente des contenus culturels en ligne a dévalorisé la collection physique. Quand un usager ou un nouvel usager potentiel vient à la bibliothèque, il est important de l’accueillir dans les meilleures conditions et de lui proposer une expérience culturelle forte. La bibliothèque a tout intérêt à devenir un carrefour de la vie culturelle, c’est à dire un troisième lieu dont les activités s’articulent autour des contenus culturels que ce soit la culture vivante à travers les animations, la formation tout au long de la vie ou les pratiques culturelles plus traditionnelles. En effet l’enjeu est de donner de multiples raisons aux usagers de venir à la bibliothèques. C’est pourquoi toute notre énergie doit se tourner vers la mise en relation des usagers et des contenus culturels, que cela passe par un concert de musique qui donne envie de découvrir un genre musical, par un extrait de pièce de théâtre qui invite à voir l’intégralité dans la salle de spectacle toute proche, que ce soit un cours de langue qui permette d’élargir ses horizons ou un atelier d’écriture qui incite à lire des nouvelles. Dans l’esprit d’un lieu de culture vivante, il est de notre responsabilité de devenir un lieu de diffusion alternatif d’œuvres qui n’ont pu trouver d’espaces de diffusion pour des raisons strictement économiques comme les films documentaires tournés et montés mais jamais distribués. Nous devons bien sûr exercer, comme pour les acquisitions, un travail de défrichage, de recherche et de sélection dans ce domaine. Il ne s’agit pas de tout diffuser mais de choisir ce qui sera complémentaire et cohérent avec les collections existantes tout en acquérant ce qui a du sens par rapport aux enjeux de société du moment, et par rapport au territoire sur lequel est implanté la bibliothèque.

Certaines de ces mutations sont déjà largement entamées de manière diverses et variées selon la taille des équipements, les moyens humains et financiers disponibles. C’est pourquoi il me paraît maintenant nécessaire de penser à 360 degrés la stratégie d’une bibliothèque. L’enjeu est d’agir dans toutes les directions pour être encore plus présent et encore plus identifié afin d’attirer et de fidéliser davantage les usagers existants ou potentiels.

II. Eléments de réflexion pour une stratégie marketing à 360 degrés

Cette approche s’inspire de ce que nous pouvons observer dans les médias et les industries culturelles. Ainsi le groupe Radio France ne se contente plus d’être une radio mais il est devenu éditeur de livres et de magazines et même d’un prix littéraire(1). Radio France met en ligne les vidéos de certaines séquences de ces émissions, développe un site Internet de plus en plus riche et interactif sans compter la multiplication des évènements comme les émissions spéciales délocalisées ou la fête du livre de Radio France. C’est dans l’industrie musicale que la stratégie marketing à 360 degrés a été la plus utilisée face à la crise du disque compact : une même entité prend en charge l’enregistrement, la fabrication, la distribution du disque, la promotion, la réalisation des clips, l’organisation des tournées et la gestion des droits pour un artiste.

En matière de bibliothèques, cela pourrait se traduire de différentes manières en fonction de la taille et des moyens dont elles disposent. Le premier axe serait de diffuser en ligne systématiquement l’action culturelle et tous les évènements se déroulant à la bibliothèque sous forme d’enregistrements vidéos (2) et/ou audios (3). La mise à disposition des expositions sous forme d’expositions virtuelles enrichies pourrait aussi devenir un réflexe (4). L’action culturelle de fond ou évènementielle deviendrait ainsi une collection comme une autre de la bibliothèque. Ce qui impliquerait d’ailleurs de la référencer dans la recherche catalogue.

Pour une bibliothèque moyenne à grande ou dans le cadre d’un réseau, la publication d’un magazine à dimension culturelle qui s’articule autour des contenus et des activités de la bibliothèque représente un autre axe important. Il ne s’agit pas juste d’un programme d’animations mais bien d’un magazine qui prolonge et accompagne ce que fait la bibliothèque. Les bibliothèques de certaines grandes villes, comme Lyon ou Rouen (5), sont déjà dans cette démarche. Des articles ou des dossiers, s’appuyant sur des expositions ou des thématiques d’actualités, ouvrent des perspectives dans et hors de la bibliothèque à la manière de certains hebdomadaires d’actualité.

En effet, face au flux d’information, les usagers sont à la recherche de sélections pertinentes et validées dans différents domaines. Selon différents sondages fait notamment aux Etats-Unis, les bibliothécaires sont bien identifiés et bien placés dans ce domaine. Aux professionnels des bibliothèques françaises de s’emparer davantage de la mission de bibliothèque de référence pour publier des informations pouvant servir de références ou de repères via des magazines papier ou Internet (site officiel ou réseaux sociaux).
Si comme nous le suggérions ci-dessus la bibliothèque s’engage dans une démarche de lieu de diffusion alternatif et dans la mesure où les contenus diffusés ont été sélectionnés par les soins des bibliothécaires, la bibliothèque pourrait pousser un tout petit peu plus loin la démarche en devenant éditeur de ces contenus (6), en particulier éditeur numérique permettant de mettre à disposition et de diffuser ces contenus. Surfant sur l’aura de confiance dans la diffusion de contenus validés, c’est tout à fait logiquement qu’elles prolongeraient ce rôle grâce à leurs compétences d’acquéreuses et de médiatrices. Il y aurait en outre une complémentarité évidente entre la bibliothèque comme collection, magazine et éditeur : les collections recevant les contenus édités, le magazine renvoyant vers les collections et les contenus édités, le magazine et les contenus édités assurant la visibilité de la bibliothèque en-dehors de ces locaux (7).

La stratégie 360 degrés consiste à endosser les différents rôles autour des contenus : de la production à la diffusion en passant par la promotion voire la distribution. De l’acquisition à l’action culturelle en passant par le prêt, les bibliothèques sont déjà présentes dans la distribution, la diffusion et la promotion non marchandes même si elles doivent s’améliorer dans ce domaine comme nous l’avons indiqué ci-dessus. L’espace à conquérir est la partie production et édition des contenus. Les possibilités et les facilités du numérique nous ouvrent des perspectives dans ce domaine. Il s’agit soit de repérer et de labelliser un contenu existant soit de financer la création de contenu grâce aux résidences que certaines bibliothèques organisent déjà puis d’en devenir le distributeur numérique.

Enfin, les bibliothèques doivent encore faire des efforts pour communiquer et être connues non seulement pour leurs collections et leurs bâtiments mais aussi sur l’ensemble des services proposés. Chaque occasion doit être saisie pour se faire connaître, par exemple « Vous cherchez des idées originales pour faire du tricot, venez donc voir à la bibliothèque ! » (8), « Vous cherchez des idées de cadeaux culturels, venez donc chercher conseil auprès de votre bibliothécaire. » (9), « Vous voulez apprendre les bases d’un traitement de texte, la bibliothèque peut vous aider », ou encore l’aide aux révisions du baccalauréat comme certains bibliothèques commencent à le faire (10).

Cette démarche marketing peut aussi s’accompagner d’une présence hors les murs plus affirmée : avoir un panneau d’affichage, une vitrine, une borne interactive ou toute autre idée dans les théâtres (11), les maisons de la culture, les salles de sport, les centres sociaux, les maisons des jeunes, les centres commerciaux, etc… Dans le cadre des partenariats mis en place, nous pourrions faire insérer des articles dans les documents de communication de ces structures. Ces articles seraient bien sûr en lien avec les contenus ou les services que la bibliothèque peut proposer au public recevant ces documents. Par ailleurs, pour les bibliothèques hors les murs, il serait judicieux de cesser de bricoler et d’offrir un espace attractif et attrayant comme aux Etats-Unis avec l’Uni Project (12). En lieu et place des caisses plastiques et de quelques tapis de sol, la mise en place de bancs et d’étagères design permettrait non seulement d’attirer et de fidéliser les publics de passage mais aussi de donner une image plus juste et plus positive de la bibliothèque. Les documents sont plus visibles disposés sur des rayonnages et la solution Uni Project permet aussi des projections de DVD.

Au final, l’objectif pour les bibliothèques serait que leur fréquentation, sous toutes ses formes, devienne aussi addictive qu’une bonne série télévisée.

III. Fidéliser et conquérir différents publics

Les objectifs de cette stratégie à 360 degrés sont bien de fidéliser les publics existants et d’en conquérir de nouveaux. Pour ce faire, il est nécessaire de multiplier les occasions où la bibliothèque se rend visible en dehors de ses locaux et donc de multiplier les points de contact entre la bibliothèque et le public existant ou potentiel.

La plupart des propositions faites dans ce texte ne sont pas nouvelles en soi. Bien souvent ces actions ou ces services existent déjà. Il s’agit d’une part de mieux les coordonner et de mieux les mettre en synergie grâce à une vision globale, d’autre part d’oser les prolonger sur des terrains que les bibliothécaires s’interdisent à tort car ils ont la légitimité et les compétences pour le faire. Enfin, cette démarche marketing est nécessaire afin de valoriser ces actions et services qui restent trop souvent méconnus des publics et des décideurs.

Force est de constater que des acteurs privés, comme par exemple Amazon qui prête des livres numériques dans le cadre de son programme Premium, n’hésitent plus à venir occuper nos platebandes (13). Il semble naïf et illusoire de se croire à l’abri en se cantonnant à nos missions traditionnelles. Devenir un média et un petit éditeur sont des tactiques parmi d’autres pour assurer l’indépendance et l’avenir des bibliothèques dans un monde où les frontières risquent de devenir de plus en plus floues et poreuses, ou du moins invisibles pour le public. En tant que service public détaché de toute exigence de rentabilité, la bibliothèque pourra rester un lieu indépendant pour informer, publier et ouvrir des horizons culturels.

La bibliothèque troisième lieu permet de créer une relation plus forte et plus pérenne avec l’usager. Pour conforter cet acquis, la bibliothèque peut instaurer une interaction très régulière avec le public fidèle et élargir celui-ci, grâce à une approche marketing globale et plus offensive concernant l’ensemble de ses actions et de ses services. Agir à 360 degrés pour agir dans toutes les directions même les plus inattendues… Pour paraphraser le mantra du Seigneur des anneaux: « Une stratégie pour gouverner tous les lecteurs. Une stratégie pour les trouver. Une stratégie pour les amener tous et dans les ténèbres les lier. »

 

1 Le kiosque Radio France : http://sites.radiofrance.fr/radiofrance/kiosque/ et le Prix du Livre Inter : http://www.franceinter.fr/evenement-prix-du-livre-inter-le-jury-et-la-selection

2 Voir les conférences enregristrées à Montpellier http://mediatheque.montpellier-agglo.com/EXPLOITATION/DEFAULT/conferences-en-ligne.aspx

3 L’enregistrement audio, le fameux podcast, se prête plus facilement à une écoute mobile et décalée. Il peut aussi être plus simple à mettre en œuvre techniquement et pour réaliser le montage.

4 Voir les expositions virtuelles de la BM de Limoges (http://www.bm-limoges.fr/expos_virtuelles.html) et Amandine Postec, Créer une exposition virtuelle en bibliotheque, enssib, 2013. (http://www.enssib.fr/bibliotheque-numerique/documents/62643-creer-une-exposition-virtuelle.pdf)

5 Topo pour Lyon (http://www.bm-lyon.fr/actualites/topo.htm) et Texto pour Rouen (http://bibliotheque.rouen.fr/repons/portal/bookmark?MainTab=CMSDoc&CMSDocTab=ShowChannelDoc&ShowDocChannel=grainsel/accueil&ShowDocXsl=&ShowChannelDocType=&GlobalTreeNode=DiscoverGrainDeSel&)

6 Concept que j’avais déjà exposé sur mon blog en 2010 : https://www.xaviergalaup.net/blog/2010/09/18/les-bibliotheques-comme-editeur-et-diffuseur-numerique-voire-plus/

7 Voir la synergie du magazine Books qui est aussi éditeur : http://www.books.fr/

8 Des ateliers de tricot co-construits avec les usagers ont été proposés, suite à la demande du public, à la Bibliothèque Louise Michel du réseau de la ville de Paris.

9 Des idées cadeaux par la bibliothèque départementale de la Manche http://biblio.manche.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=1085:des-idees-cadeau-pour-noel&catid=37:selections&Itemid=103 ; relayé par une bibliothèque de son réseau http://mediathequepontorson.wordpress.com/2013/12/17/les-idees-cadeaux-de-la-bibliotheque-departementale-de-pret-de-la-manche/

10 La BPI a initié des ouvertures plus larges quelques semaines avant le baccalauréat, d’autres équipements s’en sont inspirés comme la bibliothèque centrale à Mulhouse.

11 Voir le texte de Amaël Dumoulin et Jean-Luc Duval

12 http://www.theuniproject.org/

13 Il y a aussi des petites bibliothèques dans certains hôtels ou dans certaines boutiques de luxe, voir même l’opération « satisfait ou remboursé 30 jours » y compris pour les achats de livres de la chaine Cultura (qu’est-ce qui empêche de lire un livre et de demander le remboursement ?)…

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Développer la médiation numérique dans un réseau de bibliothèques existant

Plan
Plan d’action Photo CC de johanneslundberg http://www.flickr.com/photos/johanneslundberg/

Il y a quelques mois j’ai été amené à proposer un plan d’action pour un poste de chef de projet « Médiation numérique ». Je compile ici les lignes de force qui sont susceptibles d’être réutilisées dans d’autres contextes.

Le plan d’action se déploie sur 3 axes principaux qui pourront être modifiés et affinés avec un groupe projet.

1/ La médiation numérique

> Mise en place d’un groupe projet pour préciser le contenu de la politique numérique, en assurer le suivi et la mise en œuvre

Ce groupe de travail sera composé de 5 à 10 personnes. Dans l’idéal et sur la base du volontariat, les différents types de bibliothèques devraient être représentés, le responsable informatique et les collègues particulièrement motivés par ce projet. Le groupe projet se réunira régulièrement et utilisera des outils de gestion de projet numérique type Trello (https://trello.com/). Les membres de ce groupe de travail auraient pour vocation de convaincre et de former les autres collègues.

  • Rédaction de la charte de développement numérique
  • affiner les objectifs et le périmètre de la politique numérique
  • réflexion et proposition sur les publics cibles qui pourront être différents selon les thématiques fortes à défendre : faire connaître le patrimoine à un public jeune ? Valoriser telle action auprès d’un public senior ?
  • réflexion sur la mise en œuvre ou non d’une ou de plusieurs identités numériques, c’est à dire un ou des avatars destinés à personnaliser l’institution sur les réseaux sociaux
  • lister les ressources et les moyens disponibles
  • élaborer le budget des différentes actions envisagées
  • identifier et former les personnes relais dans les différentes bibliothèques
  • planifier la montée en charge des différents axes de développement retenus
  • en fonction des possibilités du logiciel de portail, passer en revue les CMS les plus connus et sélectionner celui qui pourrait être utilisé en complément pour la mise en ligne de contenus.
  • rédaction d’une chaîne de production et de validation des contenus: calendrier de mise en ligne, circuit de validation, durée de visibilité selon les contenus avec archivage ou pas.
  • réfléchir et proposer des axes et le contenu de la communication interne et externe
  • création et constitution de kits matériels pour la production de contenus autour des animations (kit podcast, kit vidéo, kit photo) avec mode d’emploi
  • sélection des critères d’évaluation sur les différents axes de la politique numérique.
  • validation successive de ses travaux par l’équipe de direction

 

Réflexion sur les outils de publication et de médiation en ligne

  • Réfléchir sur l’évolution du logiciel de portail.
  • Envisager la création d’un ou plusieurs sites satellites au portail d’une part pour pallier le cas échéant aux limitations de la version actuelle du logiciel de portail, d’autre part pour offrir des accès moins institutionnels aux ressources ou aux actions des bibliothèques. L’utilisation de CMS standards comme Drupal permettra d’envisager l’intégration d’informations du portail dans le ou les sites satellites. Plusieurs sections déjà actives sur le portail ou le secteur jeunesse pourraient par exemple disposer chacun d’un site propre pour valoriser leurs actions, faire de la médiation et créer de l’interaction avec leur public.

Mise en place d’un comité éditorial et d’une chaîne de validation des contenus

  • création d’un comité éditorial qui propose, planifie, suit, met en œuvre la production de contenus en ligne et assure la présence en ligne. Ce comité recoupera en partie le groupe projet numérique.
  • établir une charte de rédaction des contenus en ligne (longueur et mise en forme des textes, place de l’illustration et des contenus multimédias). Après validation en équipe de direction et pour son appropriation par les rédacteurs potentiels, ce document sera soumis à commentaires et pourra évoluer jusqu’à une version définitive.

> Développer la culture numérique, formation et accompagnement des collègues

  • diffusion hebdomadaire d’une newslettre de veille sur le numérique, les actions numériques de la ville et dans la région, le monde culturel, les bibliothèques et le numérique, toutes informations dans ce domaine susceptibles de servir de source d’inspiration. Les informations seront stockées en ligne sur un outil de type Scoop.it. Par la suite cette veille comportera une dimension participative où les collègues pourront faire des suggestions.
  • si elle n’existe pas, réaliser une enquête sur le niveau d’information, de formation et d’attente des collègues via un sondage.
  • organiser trois conférences par an sur des thèmes de l’actualité numérique (la lecture sociale à l’ère du numérique, qu’est-ce qu’un Fablab ?…) par des personnes extérieures (locales ou d’ailleurs) ou le chef de projet numérique.
  • rédiger et diffuser des synthèses de lecture professionnelle, de journées d’étude ou de formations.
  • prévoir un temps d’appropriation des outils numériques et un temps de préparation à la mise en œuvre avec présentation, utilisation professionnelle, temps d’échange et d’évaluation.
  • Formation à la rédaction sur le web
  • Formation à l’écriture de chroniques de documents
  • Formations aux outils logiciels ou aux matériels en fonction des choix effectués tout au long des développements de la politique numérique

 

> Développer la production de contenu en ligne et la médiation documentaire numérique

  • Encourager et développer la production de contenus autour de l’action culturelle : dossiers thématiques en ligne, reportages photos sur les ateliers, photos et petit compte-rendu sur une animation, petite vidéo sur une animation, visite vidéo d’une exposition, envisager les moyens de mettre en œuvre une captation systématique des moments forts de l’action culturelle (cf. à Toulouse, http://www.bibliotheque.toulouse.fr/Archives-conferences.html)
  • démultiplier la médiation documentaire numérique : inciter les bibliothécaires et tous les collègues intéressés à rédiger une chronique par mois sur des notices ou sur des ressources en ligne

MicroTournée
Photo CC By MD68

> Développer la communication et la présence en ligne

  • assurer une présence en ligne sur les principaux réseaux sociaux : Facebook, Twitter et Google+ avec une publication minimum par jour.
  • A partir de la définition de rubriques récurrentes (par exemple : le livre de la semaine, la rétrospective du mois, l’animation du jour, etc…) Tous les contenus produits y seront propulsés et quelques contenus à dimension plus interactive seront produits spécifiquement pour ces réseaux, comme des petits jeux sous forme d’énigme ou de concours.
  • Mettre en place une ou plusieurs newslettres qui récapitulent l’ensemble des informations produites.
  • Pour certains contenus, des relais pourraient être trouvés sur le site de la ville et d’autres sites d’informations locales.

 

2/ Définir et développer les espaces de médiation numérique

Après un état des lieux et en s’appuyant sur les actions en cours, il s’agira d’établir un petit cahier des charges des espaces de médiation numérique qui pourra s’adapter en fonction de la taille de l’établissement. Celui-ci sera souple et évolutif dans un domaine ou les technologies changent vite.

Quelques bases pour ce cahier des charges :

  • éléments scénographiques pour matérialiser l’espace (banderoles ou tapis de sol personnalisés en fonction d’une charge graphique à concevoir avec l’agence de communication Ligne A Suivre).
  • du matériel pour un usage sur place dont la quantité variera selon la taille de l’espace : des tablettes multimédias (iPad et d’autres sous Android), des téléphones mobiles grand format type Galaxy Note, des liseuses, des ordinateurs portables et des objets connectés ludiques type Karotz (lapin communiquant, http://store.karotz.com/fr_FR/).
  • Dans les grandes médiathèques, ces espaces pourront être déclinés dans une version jeunesse.
  • Les contenus : l’accès à des ressources numériques, des applications généralistes (réseaux sociaux, bureautiques, pratiques,…) et culturelles ainsi que des jeux.

Certaines bibliothèques petites ou moyennes ne pourront pas créer d’espace et ne pourront que prêter du matériel et organiser des présentations ou des animations sur place.

Outre les formations aux outils numériques, ces espaces pourraient être animés selon deux grands axes :

  • créneaux autour d’une thématique (exemples : les applications pour vos enfants, les jeux de société sur tablette, Facebook pour débutant, comment préparer ses vacances ? , créer un jeu vidéo)
  • rendez-vous personnalisés avec l’animateur pour une durée de trente minutes à une heure.

Un plan de communication sera aussi préparé et mis en œuvre après une première phase d’expérimentation des espaces numériques.

 

3/ Actions culturelles et développement des partenariats dans le domaine numérique

FablabRennes
photo de maltmann23 http://www.flickr.com/photos/maltman23/

 

L’objectif sera d’intégrer de manière progressive des animations numériques dans le programme général du réseau des médiathèques. Pour la saison 2013 – 2014, il s’agira d’inclure du numérique sur plusieurs moments forts existants et/ou de s’associer si possible avec un évènement numérique de la ville. Quelques exemples d’actions culturelles: Créer une application pour enfant avec Olivier Douzou, Dessiner et bloguer au quotidien (Ma vie en patate de Martin Vidberg http://vidberg.blog.lemonde.fr/ ou Ma vie en BD http://blog.chabd.com/) ou autour de l’art numérique avec un acteur local. De manière stratégique, il sera aussi demandé d’inclure du numérique dans des actions récurrentes comme les comités de lecture ou d’écoute, l’heure du conte ou les ateliers de dessin.

Par la suite, il pourra être envisagé de créer un évènement ponctuel ou récurrent autour du numérique. Afin de nouer des partenariats avec différents acteurs numériques de la ville et le monde universitaire, les médiathèques pourraient accueillir une série de conférences sur le thème des Fablab. En accompagnement des conférences, une exposition d’objets fabriqués par le FabLab existant ou des démonstrations du fonctionnement des imprimantes 3D pourraient avoir lieu à la médiathèque centrale.

Les espaces numériques pourraient aussi servir de laboratoires d’échange et d’expérimentation entre des usagers, des créateurs et/ou des entreprises.

Comme tout le reste du blog, ce plan d’action est en Creative Commons et n’hésitez pas à faire vos remarques ou à compléter.

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Développer la médiation documentaire numérique en bibliothèques

couverture Développer la médiation documentaire numérique
couverture de la boite à outils: Développer la médiation documentaire numérique

J’ai le plaisir de vous annoncer la parution aux presses de l’Enssib d’un livre sur la médiation documentaire numérique. L’école m’a fait l’honneur de m’en confier la coordination et même si ce ne fut pas une mince affaire, l’entreprise fût passionnante non seulement dans la réflexion sur son contenu mais aussi grâce aux échanges avec les différents auteurs sans compter la phase de relecture. J’en profite pour adresser un remerciement à tous les contributeurs et je remercie tout particulièrement Catherine Jackson, coordinatrice de la collection, avec qui la collaboration fût exemplaire. Cet ouvrage fût aussi l’occasion pour l’Enssib de retravailler sur ces contrats d’édition qui sont maintenant plus en phase avec les évolutions numériques.

Dans le cadre ses 20 ans de l’école, ce livre donne aussi lieu à une version numérique accessible ici librement en streaming. Vous pouvez commenter chaque article. En complément de la version papier, vous y trouverez un entretien avec Michel Fingerhut à propos des moyens de médiation numérique mis en oeuvre sur le portail de la musique contemporaine. Il est probable que chaque auteur publie aussi en ligne sur son site ou sur son blog sa propre contribution. Les 3 miennes seront mises en ligne progressivement sur ce blog.

Présentation

Depuis quelques années les bibliothèques ne cessent de prendre place sur internet: catalogues en ligne, sites web devenant peu à peu des portails de services, blogs et tous les avatars du web participatif ainsi que les réseaux sociaux. Si l’objectif est bien d’être présent dans l’univers numérique des usagers existants ou potentiels, en revanche les bibliothèques doivent garder leur spécificité sous peine d’être noyées dans le flot général. Il s’agit notamment de transposer en ligne la médiation documentaire, c’est à dire tous les moyens que nous mettons en œuvre pour favoriser la rencontre d’un lecteur avec les documents susceptibles de l’intéresser ou de lui ouvrir de nouveaux horizons.

Cet ouvrage réunit une dizaine d’auteurs d’horizons divers (universitaire, bibliothécaire et libraire) pour vous donner d’une part un cadre général sur la médiation documentaire numérique et d’autre part des exemples destinés à vous servir d’inspiration pour améliorer ou vous lancer dans ce domaine.

Sommaire

Partie I – Le périmètre de la médiation numérique documentaire

-La médiation numérique dans le cadre d’une politique documentaire raisonnée : l’exemple de la MIOP, par Jérôme Pouchol
-Définition et enjeux de la médiation numérique documentaire, par Isabelle Fabre et Cécile Gardiès
-La médiation documentaire numérique dans les musées: entre autonomie et prescription par Genevieve Vidal
-A propos de Bibliomab, une approche de la médiation documentaire numérique du patrimoine, par Léo Mabmacien
-Médiation documentaire et les services de Q/R, Claire Nguyen

Partie II – Construire son projet de médiation numérique documentaire

– Définir son projet: 5 étapes incontournables, par Franck Queyraud
– Construire la médiation documentaire par les publics: les portails thématiques de l’Infothèque, par V. Mesguich
– Scénariser le catalogue et contextualiser les recherches : la librairie en ligne Bibliosurf, Par Bernard Strainchamps
– Eléments pour une évaluation de la médiation documentaire numérique, X Galaup

Partie III – Se former et accompagner les équipes
-Inclure la médiation documentaire numérique dans le travail d’équipe, par Didier Desmottes
-Acquérir une culture numérique et utiliser les outils de médiation, par Thomas Chaimbault
-Concevoir et faire fonctionner un blog de bibliothèque : quelques pistes concrètes à partir de l’exemple du Buboblog Perrine Helly
-CherMédia : l’agora des bibliothécaires du Cher, par Christine Perrichon
-Le magazine en ligne des bibliothèques de Lyon : Points d’Actu !, une voix singulière  Bertrand Calenge

Partie IV – Interagir en ligne, produire des contenus, partager

-Silence on joue!: Le médiateur, les jeux vidéo et les ressources documentaires, par Julien Devriendt
-Les Coups de cœur 2.0 de la Médiathèque de Quimperlé, par Pascal Thibault
-Exemple d’un netvibes thématique en médecine Marie-Gabrielle Chautard
-Mise en valeur d’un fonds patrimonial autour du centenaire de Jean Carbonnier (1908-2003), doyen de la Faculté de droit de Paris, fondateur de la sociologie juridique / Noelle Balley et de Sébastien Dalmon
-Utiliser les réseaux sociaux littéraires pour la médiation documentaire numérique, par Alexandre Lemaire
-Critiques de documents dans un catalogue participatif, par Philippe Diaz

MEMENTO, Par Xavier Galaup

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Streaming musical des bibliothèques en Alsace

Notes de musique lumineuses sur fond noir
Music Note Bokeh (photo sous licence CC. By-nc-pa All that improbable Blue http://www.flickr.com/photos/allthatimprobableblue/)

Voici un an que UMMA (Univers Musical des Médiathèques Alsaciennes), l’expérimentation du streaming musical en bibliothèques commençait en Alsace. Voir ici et ici les billets précédents pour suivre le déroulement. Les deux BDP du Bas-Rhin et Haut-Rhin ouvraient en mai 2010 leur sous-domaine musicMe. Nous menons pendant ce mois de juin une enquête qualitative auprès de 650 inscrits au service sur les deux plateformes. Cela fera l’objet d’un prochain billet dès que celle-ci sera dépouillée.

La BM de Mulhouse a ouvert en mars 2011 son sous-domaine et dépassait début mai les 140 inscrits. Les Médiathèques de la Communauté Urbaine de Strasbourg devraient ouvrir leur site de streaming d’ici septembre au plus tard.

Comme je l’annonçais dans un précédent article l’expérience est très positive non seulement en terme de nombre d’inscrits mais de l’utilisation des sous-domaines par les usagers. Sur 45 000 écoutes de mai à décembre 2010; le nombre d’écoutes intégrales de morceaux est à peine supérieur au nombre d’écoute des radios programmés par les bibliothécaires musicaux. Ce qui prouve que quand on s’investit dans la médiation documentaire numérique l’internaute répond présent. En effet l’écoute de radios est d’autant plus forte qu’on les renouvelle très régulièrement comme sur mediason67 avec une radio commune et une radio par bibliothèques chaque mois.

Selon les analyses de musicMe, les inscrits dans sous-domaine de bibliothèques restent plus longtemps à écouter de la musique que sur leur propre site tout public.

Nous avons pu constater des usages complémentaires de ceux prévus lors d’une réunion du comité de suivi: de la diffusion de radios ou d’albums dans les locaux de la bibliothèque à l’utilisation en formation en passant par la médiation informelle entre un bibliothécaire et un usager à la banque de prêt. En outre la programmation de radio permet et oblige à approfondir ses connaissances musicales quand on souhaite programmer 80 titres sur un thème mais que tout ce que l’on connaît n’est pas forcément disponible sur musicMe.

La volonté a émergé aussi de rassembler en un endroit l’ensemble des radios réalisées sur trois sous-domaines, et bientôt quatre. Une page Facebook, MusiK’heim, sera créée à cet effet. Venez découvrir et nous écouter sans limite…

Nous allons d’ailleurs ajouter une nouvelle brique expérimentale à l’automne 2011 en proposant aux usagers inscrits de créer leur propre radio. Il s’agira de créer des radios festives qui seront mises en ligne en décembre… A suivre.

Enfin pour mettre en valeur les groupes locaux, nous avons décidé d’organiser un festival UMMA à l’automne 2012 avec l’idée d’augmenter d’ici là la présence de ces groupes sur nos plateformes afin de créer des Unes et de programmer des radios à cette occasion.

Cette première année de fonctionnement et le dialogue permanent avec musicMe sur différentes hypothèses a permis de dégager un nouveau modèle économique qui n’est plus celui du paiement pour chaque écoute mais un modèle forfaitaire, c’est à dire tout frais compris (abonnement, radios, écoute illimitée, webservice pour intégrer un player dans un catalogue ou un portail compatible), basé sur le nombre d’inscrits à la plateforme. Cette approche est en adéquation avec les exigences des collectivités locales puisqu’elle permet de prévoir et de tenir un budget tout en tenant compte de la réalité des pratiques numériques constatées.

Dans cette perspective, l’ensemble des partenaires du projet UMMA sont décidés à continuer avec musicMe en 2012, sous réserve des incontournables procédures d’appel d’offre, après la fin de la phase d’expérimentation.

Je dirais pour conclure que dans le développement des ressources numériques les bibliothèques ont tout intérêt à avoir une approche pragmatique plutôt que de vouloir à priori imposer leur modèle d’acquisitions. Je me souviens très bien des réticences et des critiques reçues dans ce domaine lors du lancement et de la période de conviction des bibliothécaires. Je force le trait de ce que j’ai entendu ou de ce qu’on m’a écrit « le paiement à chaque écoute est de la folie, si le service marche vous allez exploser le budget. C’est un saut dans le vide… ». Le jour où la fréquentation d’une ressource numérique en bibliothèque fera exploser la fréquentation et donc ici le budget nous pourrons crier victoire… L’attribution de la subvention par le Ministère de la Culture a rassuré l’ensemble des partenaires en région et nous a permis de continuer l’expérience à une bonne échelle. De fait, l’intérêt et la fréquentation sont en rendez-vous avec une montée en puissance progressive. Cela a donné du temps pour nous et pour notre fournisseur d’affiner le modèle économique.

 

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