Vue lecture

Promouvoir un imaginaire où nous respectons la planète et l’espace que nous partageons

Vue en contre-plongée de plusieurs cimes d'arbres.
Photo de kazuend sur Unsplash

Les rapports scientifiques et la multiplication des déréglements du climat confirment qu’il est urgent d’agir pour préserver notre avenir. Nous connaissons déjà les différents leviers d’action dans le domaine de la mobilité, de l’alimentation, du logement, etc… Les bibliothèques peuvent continuer à faire preuve de pédagogie et aussi donner l’exemple grâce aux acquisitions, à l’action culturelle ou avec des jardins partagés, du compost dans la bibliothèque, etc…

Cependant il y a aussi un enjeu d’imaginaire à transformer. En effet nous baignons dans un univers où exploiter la nature est normal, où acheter un SUV ou bien construire une piscine sont des signes de réussite sociale ou accumuler des objets inutiles est bien vu. Or, pour construire un futur qui ne détruise plus la planète par un développement sans fin dans un monde fini, il est crucial d’envisager un autre rapport à notre environnement et d’autres marqueurs sociaux positifs. Pour cela, la fiction et l’art ont un rôle à jouer pour nous aider à s’approprier d’autres perspectives et trouver désirables et joyeux un monde où l’on se contente de peu. Un monde où les liens sont plus importants que les biens. Un monde où posséder les derniers objets à la mode n’est pas valoriser. Un monde où préférer prendre des modes de transport doux plutôt que l’avion ne fait pas peser sur vous le risque d’un licenciement.

“Repenser à ces films sous cet angle, c’est commencer à envisager des potentialités immenses pour que le cinéma, au lieu de reconduire les rapports au monde qui le détruisent, participe de l’élaboration de nouvelles sensibilités sans lesquelles il sera impossible de modifier en profondeur les façons d’habiter le monde.” Jean-Michel Frodon https://aoc.media/opinion/2023/08/28/pour-une-eco-mise-en-scene/

Les bibliothèques peuvent-elles s’inscrirent dans cette perspective ? Dans une politique d’acquisition et d’actions culturelles restant pluralistes, valoriser ou privilégier davantage des documents, des spectacles, des conférences, des ateliers, ou autres qui ouvrent vers des horizons où vivre différemment, sans croissance, est possible. Nous n’aurons de tout façon pas de difficulté à respecter le pluralisme car les publications autour du modèle extractiviste existeront toujours. Pas d’inquiétudes à avoir de ce coté-là.

S’engager en faveur de la survie de l’humanité au sein d’une nature préservée est politique ? Est-ce un engagement partisan pour autant ? Il ne s’agit pas d’inciter le public à voter en faveur de tel ou tel parti, il s’agit d’une cause politique plus large.

Prêt à faire lire, écouter, voir, jouer… dans un monde où nous sommes en harmonie avec la nature ?

  •  

Ralentir l’action culturelle en bibliothèques

Garage avec plusieurs instruments de musique plus ou mois éclairés.
Photo de John Matychuk sur Unsplash

« c’est un infini en intensité et non en extension qu’il s’agit d’inventer »

Alexandre Monnin et Nathan Ben Kemoun : La sobriété comme suffisance intensive, l’exemple de la musique – La musique en mouvements

Enjeux d’un ralentissement de l’action culturelle

La réduction plus ou moins importante des budgets ou du temps disponible en interne pour mener des projets alliée à la prise en compte des enjeux écologiques engagent les bibliothèques à repenser aussi la place de l’action culturelle.

Faire venir de très loin, même en train, certains artistes pour une ou deux soirées posent aujourd’hui question. Enchaîner les expositions ou certaines propositions, pour remplir une saison culturelle et essayer de faire du chiffre, doivent aussi être interroger en terme d’impacts sur le territoire et les habitants.

Élargir vraiment les publics de l’action culturelle, au-delà des multi-pratiquants (qui fréquentent intensément tous les lieux culturels) et des convaincus (sur une forme, comme les accros au conte, sur une thématique, comme les écologistes convaincus) demande une approche globale et du temps long.

Si les bibliothèques veulent aller davantage vers les droits culturels et la co-construction (avec les partenaires et-ou avec le public), il est urgent de ralentir et de prendre le temps de repenser le projet culturel et les méthodes pour le mettre en œuvre.

Ralentir pour approfondir les projets

Comme le souligne fort justement le compte-rendu du Forum Bis:

  • Ralentir faciliterait la coopération et la coconstruction des projets culturels et artistiques.
  • Ralentir permettrait une meilleure articulation des projets culturels aux enjeux écologiques.
  • Ralentir participerait à la qualité des projets culturels et artistiques. Il permettrait plus de créativité, un meilleur accueil des équipes artistiques et des publics, plus de temps pour la rencontre, pour la médiation.
  • Ralentir offrirait une meilleure qualité de vie, plus de confort, de sérénité, de sécurité, de santé au travail. Il ne s’agit pas seulement de faire mieux, mais d’être mieux.
Montgolfière sur un ciel rosé.
Photo de Dzmitry Tselabionak sur Unsplash

Prélude au ralentissement: réfléchir en interne

Les bibliothèques ont tout intérêt à bifurquer dans cette direction commençant par un temps de la réflexion en interne. Vous pouvez d’ailleurs vous inspirer de l’atelier utilisé lors du Forum Bis (voir en annexe du document)

Les objectifs de l’atelier étaient les suivants:

  • Mettre en débat le sujet du renoncement
  • Permettre à un groupe de pouvoir discuter et partager des idées autour de ce sujet
  • Identifier les axes à explorer en lien avec le renoncement

Trois étapes pour ce formation d’atelier participatif type World Café:

  • Premièrement : Que pourrait-on faire moins ?
  • Deuxièmement : Que gagnerait-on à faire moins ?
  • Troisièmement : De quoi aurions-nous besoin pour faire moins ?

Quelques pistes de travail pour ralentir l’action culturelle

Pour conclure provisoirement le sujet, voici des premières pistes de travail et de réflexion:

  • travailler avec des articles locaux sur des pratiques artistiques sur le long terme
  • amplifier les démarches de co-construction et d’implication des usagers autour de leur talent ou de leur passion.
  • faire venir pour un temps plus long des artistes venant de loin pour des rencontres, des ateliers et de la médiation dans différents lieux et situations
  • prendre le temps de rendre les projets adaptés au territoire et aux habitants
  • prendre le temps de donner envie de venir, de participer ou de s’impliquer.

D’autres idées ? D’autres envies ?

  •  

Penser comme un donut

Préserver la planète et prendre soin de nous implique de réduire tous nos impacts sur l’environnement et de se soucier de l’équité sociale.

Thimothée Parrique explique en détail dans son essai Ralentir ou périr que la croissance n’éradique plus la pauvreté, ne réduit plus les inégalités, ne diminue plus le chômage, n’est pas nécessaire pour financer les budgets publics, et a perdu toute corrélation avec la qualité de vie.

La « théorie du donut » de Kate Raworth donne une bonne représentation visuelle de la manière dont il faut penser notre rapport à la planète: il faut ramener tout ce qui dépasse en rouge dans la zone verte.

Image comportant plusieurs cercles, de l'extérieur vers l'intérieur: les risques liés à l'environnement, le plafond environnemental, l'espace sûr et juste pour l'humanité, le plancher social et les différentes catégories de la vie réliées aux enjeux environnementaux.

Ce schéma du donut permet, à mon sens d’avoir une vision claire des enjeux sociaux, économiques et politiques en lien avec la transition écologique.

“Entre un plancher social qui protège contre les privations humaines critiques et un plafond environnemental qui permet d’éviter le dépassement des seuils naturels critiques, on trouve un espace sûr et juste pour l’humanité – qui a la forme d’un donut (ou, si vous préférez, un pneu, un bagel ou une bouée). Il s’agit de l’espace dans lequel tant le bien-être humain que le bien-être planétaire sont assurés et leur interdépendance respectée.”

Pour aller plus loin, vous pouvez lire ici une présentation synthétique de cette théorie par l’ONG Oxfam.

La décroissance n’est pas un gros mot mais une étape nécessaire pour inverser notre tendance actuelle à détruire la planète à cause d’une croissance à tout prix avant d’adopter un modèle économique capable d’allier préservation de l’environnement et satisfaction des besoins essentiels.

Et si comme le dis si bien l’économiste dans une interview sur BonPote:

« On arrête tout, on réfléchit, et c’est pas triste ».

Ralentir plutôt qu’accélérer sans cesse.

Transmettez, débattez de cette approche autour de vous et lisez le livre de Thimothé Parrique !

  •  

Bibliothécaires : faites de l’écologie au quotidien !

Tag "A bicyclette, c'est chouette!" sur

Proposer des livres et des animations sur l’écologie sont déjà des actions importantes mais comment les bibliothèques peuvent accentuer leur contribution à la lutte contre le changement climatique ? Comment sensibiliser au quotidien les usagers ?

Pourquoi ne pas utiliser par exemple un panneau d’affichage, ou autre solution équivalente expliquant un des bons gestes ou une action positive à réaliser ?

Il s’agit à la fois de faire réfléchir et de montrer les alternatives permettant de préserver la planète:

  • Une bouteille plastique = NON vs Une gourde = OUI. Info sur les bouteilles plastiques
  • Est-ce que vous coupez l’eau du robinet pendant que vous vous brosser les dents ? – Info : un robinet qui coule pendant 2 minutes c’est 25 litres d’eau gaspillés soit 10 000 litres perdus en un an. Variante possible avec la douche pour se savonner.
Tableau illustré de correspondance entre la fabrication d'un produit et sa consommation d'eau. Exemple: 1 jean c'est 11 000 litres d'eau
source Wedemain
  • Besoin d’un vêtement, d’un objet de décoration, d’un nouvel appareil électroménager ? Et si vous achetiez d’occasion ? + liste des lieux proches où acheter d’occasion et quelques sites ou applications web.
  • Vous aimez les yaourts, apprenez à les fabriquer vous-même : recette + photo du livre où trouver des recettes et sites web
  • La majorité des éponges du commerce contient du plastique, qui se disperse dans l’eau à chaque vaisselle, micro-plastique mangé par les animaux… que nous mangeons. En alternative, vous pouvez fabriquer des tawashis (éponges lavable): mode d’emploi + prêt du matériel permettant de les faire + photo du livre
  • Quand vous achetez un gel douche ou une bouteille de shampoing, vous achetez une majorité d’eau dans une bouteille plastique. En alternative, vous pouvez privilégier les versions solides où vous avez 100% de produits actifs.


L’idée dans cette démarche de sensibilisation est de proposer immédiatement une solution prête à l’emploi et de renvoyer dans un second temps vers un atelier réalisé à la bibliothèque, un livre ou un site web.

L’enjeu est de montrer que certains gestes sont faciles ou pas très compliqué et qu’ils peuvent s’y mettre rapidement.

Cela permet de faire infuser dans la tête de tout un chacun qu’il faut changer nos modes de vie et de consommation, que cela n’est pas si compliqué et que cela peut même être sympa.

D’autres idées pour sensibiliser au quotidien les usagers ?

  •  

Transition écologique en bibliothèque : faire notre révolution copernicienne

Photo d’Alan Rodriguez on Unsplash

Les rapports du GIEC (voir cette synthèse parmi d’autres) et la multiplication des publications (livres et films documentaires) nous ont alertés et plus que sensibiliser à la question du changement climatique, essentiellement un réchauffement.

Les bibliothèques se sont plutôt bien emparées du sujet en achetant des livres, en initiant des actions vertueuses (fin des gobelets en plastique, tote bag, …), en programmant des expositions, des conférences ou des rencontres, et même en interrogeant le travail interne.

Les événements de l’été et l’entrée plus prégnante de cette question dans l’agenda politique national ou local nous engagent à passer la vitesse supérieure.

À cet égard, il me semble que TOUT doit être (re)pensé en utilisant les prismes suivants : limiter notre impact sur la planète, favoriser la biodiversité et “réencastrer l’humain dans la nature” comme le dit Dominique Méda (revue We Demain n°39)

Il ne s’agit pas seulement de renforcer nos actions voire d’en déployer de nouvelles pour informer, sensibiliser et induire de nouveaux comportements auprès des habitants de nos territoires. Il ne s’agit pas uniquement d’être plus vertueux en interne (mobilité, plastification des documents, conception des expositions, …).

Nous devons acquérir comme réflexe de penser chaque action ou activité de la bibliothèque avec ce prisme de sauvegarder la planète.

Journée départementale de la lecture publique consacrée aux bibliothèques vertes en Ille et Vilaine
Sophie Sorel-Giffo

Quelques exemples :
– Faut-il plastifier tout ou partie des documents ? Selon la taille de votre bibliothèque et le nombre des prêts peut-être pas du tout.
– Faut-il faire venir un comédien, un conteur ou un groupe de musique de l’autre bout de la France pour une ou deux représentations ? Pourquoi ne pas penser davantage “tournées” avec les bibliothèques voisines ?
– Créer une exposition en pensant à sa réutilisation et/ou son recyclage ?
– Les navettes transportants les documents sur un réseau, faut-il garder le même rythme ? Mettre en place une alternative en mobilité douce (vélo-cargo) quand c’est possible ?
– Faut-il n’acheter que des livres neufs ? Pourquoi pas acheter des livres d’occasion dans certains cas ?
– Tous les postes informatiques de la bibliothèque, en particulier ceux destinés au public, doivent-ils être allumés tout le temps ? Sont-ils encore tous utiles ?
– Faut-il encore donner ou vendre des tote bags et autres goodies ?
– Quel équilibre quantitatif et qualitatif pour notre communication papier et numérique ? Et pourquoi pas un petit message pédagogique dans nos affiches et flyers (imprimés au plus près des besoins) “venez à pied, à vélo ou en transports en commun” (quand toutes les options sont possibles et réalistes pour notre structure) ?

Avant d’obtenir d’importants travaux de rénovation si c’est nécessaire, il y a certainement des premières améliorations simples à mener sur nos bâtiments avec les services techniques pour limiter les pertes énergétiques et autres nuisances à l’environnement.

C’est une révolution copernicienne vitale. Avoir une vision systémique des évolutions à mener est incontournable et prendra du temps à se mettre en place, mais elle est indispensable.

À nous de nous en saisir au plus vite et de prouver que les bibliothèques peuvent être des acteurs de la transition écologique !


  •  

Pour un engagement politique des bibliothèques

(contribution au Congrès ABF 2012: La Bibliothèque, une affaire publique)

Panneau Danger
photo Joelk75 http://www.flickr.com/photos/75001512@N00/

Les résultats du premier tour des élections présidentielles 2012 confirment un enracinement et une diffusion géographique du vote d’extrême droite. Il ne faut pas se voiler la face en prétextant un vote protestataire, j’ai la conviction que nous sommes dans un vote d’adhésion aux discours simplistes et démagogiques.

Les médias, en particulier la télévision, survolent et schématisent beaucoup de sujets de sociétés importants. Les faits divers s’enchaînent pour maintenir ce sentiment d’insécurité si subjectif et si difficile à contrer avec des arguments rationnels sur la baisse mathématique des crimes et des délits violents… Les difficultés et les peurs (emploi, déclassement,…) liées à la crise économique font chercher des boucs émissaires et facilitent l’adhésion à des solutions caricaturales…

Il me semble urgent et vital que les bibliothèques deviennent un lieu de parole et de débat. Il s’agit de mettre en perspective un sujet politique, d’apporter avec pédagogie une profondeur de réflexion face au temps court des médias et surtout de favoriser l’expression des idées de chacun même si cela ne sera jamais simple à gérer.

[auto-promo] Je voudrais à ce sujet témoigner de la réussite d’une animation de la Médiathèque Départementale du Haut-Rhin organisée depuis 3 ans. Nous avons successivement abordé la biodiversité, l’énergie et le sexe. Dès la première édition l’écho a été important auprès du public tant au niveau de la fréquentation que des retours qualitatifs (satisfaction sur les informations et sur l’espace de débat,…). La dernière édition sur le sexe a pulvérisé tout nos records et l’écho dans la presse locale est positif et inattendu… voir le bilan ici. Nous constatons aussi une fidélité qui s’installe d’édition en édition et quelques personnes assistent à plusieurs soirées d’une même édition. “On vient à différentes soirées car on sait que cela sera bien”… [/auto-promo]

Il nous faut bien sûr d’abord convaincre les directeurs généraux et les élus d’aborder certaines questions. Il pourrait refuser par crainte de choquer des électeurs potentiels. A nous d’être persuasif, convaincant et persévérant. L’idéal serait de les associer au contenu et à la manifestation elle-même…

Ensuite l’enjeu est de dépasser le public habituel des bibliothèques, les CSP+, afin de semer une graine permettant de faire germer des doutes face au populisme. Même si tous les publics visés ne se déplacent pas, un titre provocateur ou donnant un point de vue comme “Trop d’étrangers en France: vérité ou foutaise?” et des comptes-rendus bien fait dans la presse locale pourrait être une bonne stratégie. Pourquoi pas une synthèse de livres parus sur l’insécurité dans le journal de notre collectivité? Il y a certainement d’autres idées à partager dans ce domaine. Là où l’exercice sera difficile, c’est d’avoir un point de vue afin d’ouvrir le débat mais de ne pas pouvoir être trop facilement taxé d’une approche partisane…

Mais il me semble bien qu’il n’y ait pas d’alternatives si nous voulons pouvoir nous regarder dans une glace dans 5 ans. Alors prenons des risques, ne nous contentons plus de consensuelles soirées littéraires, contées ou d’ateliers scientifiques mais prenons à bras le corps des sujets de société et osons le débat car je suis persuadé que les citoyens sont demandeurs. Apportons notre pierre à l’édifice permettant d’instiller au moins le doute voire plus auprès de ceux qui sont séduits par les idées d’extrême droite. Nous défendrons ainsi les valeurs de la république, celles des services publics en somme…

  •