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Correspondant local – Laurent Queyssi

Suite à ma lecture du roman policier La Nuit était chez elle de Laurent Queyssi, que j’avais apprécié notamment pour son côté polar rural qui faisait sa singularité, je me suis dit qu’il serait bon de lire le premier roman de la série des enquêtes d’Alex Lolya, à savoir Correspondant local, publié chez Filature(s) en 2021. Ce fut une très bonne idée, quand bien même elle aurait été meilleure si j’avais lu le premier roman en premier au lieu du deuxième et si je n’avais pas lu le deuxième en premier. Lire des romans dans l’ordre au sein d’une série évite généralement de se spoiler quelques éléments du scénario qui sont évoqués dans les suites. Bref, ne faites pas comme moi.

Nous retrouvons (ou plutôt, nous devrions découvrir) donc la petite ville imaginaire de Marmande Castelnau sise sur les rives de la Garonne, loin des grands centres urbains. Nous retrouvons (bref) aussi les principaux personnages qui habitent la ville, ses alentours et l’univers d’Alex Lolya, correspondant local d’un grand journal régional basé à Bordeaux. La tranquillité de la petite bourgade se trouve bousculée par la disparition puis la découverte du corps d’une jeune lycéenne. Le crime, impensable en ces lieux, rappelle un autre crime qui a eu lieu une vingtaine d’années plus tôt, au même endroit. De son côté, Alex tombe par hasard une vieille cassette de camescope qui fait ressurgir du passé quelques secrets enfouis. Il y a quelque chose de pourri dans la sous-préfecture du Lot-et-Garonne.

En alternance, des chapitres en flashback s’insèrent dans le récit principal pour faire celui de la naissance d’un monstre, autrement dit d’un tueur psychopathe dont nous suivons le parcours de vie. Cela fait de Correspondant local un livre plus sombre et beaucoup plus glauque que La Nuit était chez elle. Il y a quelque chose de Twin Peaks dans cette enquête qui mêle de multiples personnages de la vie locale, où tout le monde a quelque chose à se reprocher dès lors qu’on remue un peu dans le passé. La série lynchéenne est d’ailleurs citée par l’auteur à un moment où on commence à se dire que l’ambiance nous rappelle vaguement quelque chose, je n’invente rien. Laurent Queyssi, toutefois, reste du côté rationnel des choses quand Lynch explorait l’aspect fantastique du mal.

Comme dans La Nuit était chez elle, le déroulement du roman est basé sur l’enquête menée par Alex et son éternel ami Vincent – tous deux montrant une tendance quasi pathologique à se trouver au mauvais endroit au mauvais moment – à leurs choix discutables, aux fausses pistes qu’ils suivent, voire qu’ils imaginent, et leur confrontation violente avec la vérité. Encore, ou déjà, le plaisir de lecture du roman vient en grande partie du portrait des protagonistes et de la vie locale. Laurent Queyssi a construit à travers Alex Lolya est un personnage principal très attachant. Mais ici, le roman fonctionne particulièrement bien grâce au récit fait de la vie et des pulsions du criminel, quand bien même on devine assez rapidement de qui il s’agit, forcément, à force d’indices. J’ai beaucoup apprécié cette lecture, notamment pour cette descente dans la part sombre de l’humanité.


  • Titre : Correspondant Local
  • Série : les enquêtes d’Alex Llolya
  • Auteur : Laurent Queyssi
  • Publication : 5 février 2021, Filature(s)
  • Nombre de pages : 240
  • Support : papier

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La Nuit était chez elle – Laurent Queyssi

Lecteurs fidèles et attentifs de ce blog, vous savez qu’on se permet ici, parfois, des écarts à la ligne éditoriale qui prétend ne s’intéresser qu’à la science-fiction. Car il m’arrive, comme à vous sans doute, dans le secret des alcôves, de lire d’autres genres, voir même de la littérature blanche. Parce qu’il est bon de sortir la tête de l’eau, de changer d’air et de s’aérer un peu l’esprit, notamment lorsque la production en SF n’est pas à la hauteur de nos attentes. Et parfois même, quand l’envie me prend, j’en parle sur ces pages.

Je lis peu de polar mais l’occasion s’est présentée à moi avec la réception du roman La Nuit était chez elle, amicalement envoyé par son auteur Laurent Queyssi. Ce n’est donc pas un si grand écart car ce dernier n’est pas un inconnu dans le milieu de la SF. Laurent Queyssi est traducteur notamment de William Gibson (la trilogie neuromantique ou encore Périphériques au Diable Vauvert) et d’Alastair Reynolds (la trilogie des Enfants de Poséidon chez Bragelonne ou encore La Millième Nuit chez Le Bélial’), scénariste de BD (dont le très bon Phil, Une vie de Philip K. Dick chez 21g), et romancier de plein droit. Il est donc intéressant d’aller lire ce qu’il peut écrire en dehors de la SF.

La Nuit était chez elle est un roman indépendant mais fait suite à Correspond local (2021) qui déjà racontait les aventures d’Alexandre Loyla, correspondant local d’un quotidien régional du Sud-Ouest dans la petite ville de Castelnau. La ville est imaginaire mais les connaisseurs du coin reconnaitront sans mal Marmande qui étale son ennui sur les rives de la Garonne, lieu de naissance de l’auteur et… de ma mère. J’ai trouvé la coïncidence amusante et ma lecture fut l’occasion d’un rendez-vous en terre connue. Il est toujours intrigant de parcourir un roman en suivant les pas du narrateur lorsqu’ils s’inscrivent dans une géographie familière mais éloignée des tropes citadins habituels au genre. La Nuit était chez elle est un polar rural et Laurent Queyssi tire pleinement parti de la contrainte.

Castelnau est loin de tout. Des préoccupations de la capitale, bien sûr, mais aussi des commodités qu’offrent les grands centres urbains. Lorsque la région est inondée, on attend l’aide de Bordeaux. Lorsque Pascal, le cousin fraichement débarqué chez Alex Loyla, se fait péter deux doigts, il faut attendre son transfert à l’hôpital de Bordeaux. Lorsque les gendarmes sont appelés à la rescousse, ils mettent deux heures à arriver. Tout cela développe chez les personnages le sentiment de devoir se débrouiller seul en cas de pépin. Mais Castelnau est aussi une petite ville dont on a vite fait le tour à pied, et tout le monde se connait, ou tout le monde connait quelqu’un qui connait quelqu’un… et tout se sait. Et lorsqu’une vague de cambriolages chez des particuliers se déclenchent alors qu’Alex et son cousin se retrouve par hasard en possession de ce qui pourrait bien être un manuscrit original de Céline, les choses ne tardent pas à partir en vrille.

La Nuit était chez elle est un faisceau de fausses pistes et d’embrouilles parcouru par des personnages particulièrement bien croqués et attachants malgré leur tendance à aller se mettre dans des situations délicates, voire absurdes. Plus que l’intrigue principale, relativement classique, ce sont les personnages et le cadre du récit qui font à mon avis tout l’intérêt et l’originalité du roman. Ajoutez à cela des repères géographiques familiaux et un partage plus qu’inquiétant des références culturelles – musicales, cinématographiques et littéraires – auxquelles le narrateur fait régulièrement mention au cours du récit (je soupçonne Laurent Queyssi d’avoir mis beaucoup de lui-même dans son personnage principal) et vous avez l’ensemble des raisons pour lesquelles cette lecture m’a enthousiasmé. Les dernières lignes ont même réussi à me tirer une larme.

Il va maintenant me falloir lire le tome précédent, Correspondant Local.


  • Titre : La Nuit était chez elle
  • Série : Correspondant Local
  • Auteur : Laurent Queyssi
  • Publication : 14 octobre 2022, chez Filatures, coll. Alibi
  • Nombre de pages : 240
  • Support : papier et numérique

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