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Amazon refuse de vendre des livres numériques aux bibliothèques américaines

Le marchand en ligne craint que le modèle de prêt de livres numériques des bibliothèques porte atteinte aux intérêts économiques des auteurs.

https://www.stop-amazon.fr/Tous-les-visuels-pour-la-mobilisation
https://www.stop-amazon.fr/

Dans un article du Washington Post (propriété de Jeff Bezos), Geoffrey A. Fowler explique que les bibliothèques américaines ne peuvent pas fournir à leurs usagers des livres numériques publiés par Amazon parce que le géant du commerce en ligne considère que les établissements de lecture publique contribuent à cannibaliser des ventes de livres. La domination d’Amazon est déjà un problème connu dans le domaine du numérique mais il apparaît que la situation de monopole de l’entreprise a aussi des conséquences sur la capacité des gens à pouvoir accéder à des oeuvres. Amazon représente une menace pour les librairies, est-ce au tour des bibliothèques d’être inquiètes ?

Amazon fait la pluie et le beau temps dans le secteur du livre numérique. Il occupe une position stratégique en étant à la fois libraire, éditeur, vendeur de matériel de lecture et même bibliothécaire. Si jusqu’à présent les bibliothèques américaines étaient peu concernées par l’entreprise, la situation a changé avec cette déclaration de guerre. Et il semblerait que les bibliothécaires américains en ont totalement conscience. L’association américaine des bibliothèques considère qu’Amazon représente « la plus grande menace » pour les bibliothèques.

Si certains considèrent qu’Amazon est libre de définir les conditions de vente de ses livres, l’auteur rappelle les enjeux démocratiques et citoyens que représentent cette décision. En effet, tout le monde n’a pas les moyens de pouvoir acquérir des livres et constituer sa bibliothèque personnelle. En étant ouverte à tous, souvent gratuitement, les bibliothèques permettent de concrétiser ce principe d’égalité en fournissant un accès égal et équitable entre chaque individu. Un autre exemple en lien avec l’actualité permet de souligner la gravité de la décision d’Amazon. Michael Blackwell, responsable d’une bibliothèque, cite l’exemple d’une personne qui se retrouve au chômage à cause du Covid 19 et qui souhaiterait lire des livres pour acquérir de nouvelles compétences et retrouver le chemin de l’emploi. Une personne dans cette situation ne pourrait pas se tourner vers sa bibliothèque parce qu’elle ne pourrait pas lui proposer ce genre de livres qui pourrait être vendu par Amazon. Avec son refus, le GAFAM contribue à réserver la culture et l’accès aux savoirs à une catégorie privilégiée de la population. Dans un contexte de multiplication des plateformes numériques, qui a les moyens de pouvoir s’abonner à chacune d’entre elles pour avoir accès à un large éventail de l’offre éditoriale ? Les bibliothèques sont donc définitivement un moyen d’y parvenir.

En outre, la politique d’Amazon transforme le droit d’auteur en un droit d’éditeur en confisquant à l’auteur le choix d’autoriser ou non la diffusion de son oeuvre. Certains auteurs publiés par Amazon ne sont d’ailleurs pas particulièrement alignés sur la position d’Amazon.

Pollan, lauréat du prix James Beard, qui a publié en 2019 Caffieine en exclusivité sur le service de livre audio Audible a déclaré qu’il n’était pas au courant que son livre n’était pas disponible dans les bibliothèques. « Si cela tenait qu’à moi, il le serait ».

https://www.washingtonpost.com/technology/2021/03/10/amazon-library-ebook-monopoly/

Par ailleurs, exclure les bibliothèques au motif qu’elles pourraient nuir aux intérêts économiques des auteurs est une ineptie quand on sait que les bibliothèques américaines payent les livres bien plus chers que les particuliers. Elles peuvent payer « entre 40 et 60 dollars pour un livre numérique et même plus de 100 dollars pour un livre audio à succès. »

Enfin, dans le contexte sanitaire où les bibliothèques ont surinvesti le livre numérique et les contenus numériques pour pouvoir continuer à proposer leurs services pendant les confinements, le choix d’Amazon apparaît définitivement comme une déclaration de guerre.

Source : Washington Post

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Les bibliothèques, le parent pauvre du livre numérique

Confinement jour 14, j’entame un troisième billet d’humeur sur les bibliothèques pendant la crise sanitaire liée au Covid-19. Les deux premiers sont à lire ici et . Ce nouvel article est consacré à la question des livres numériques.

Franck Riester à deux doigts d’inventer PNB

Je souhaite que nous développions, avec tous les acteurs de la filière du livre, un accès facilité et grand public au livre audio et au livre numérique. #COVIDー19

— Franck Riester (@franckriester) March 19, 2020

Tout le monde le dit et le répète, avec le confinement, nous avons plus de temps notamment pour lire. Les bibliothèques qui proposent un accès à des livres numériques constatent une augmentation du nombre d’utilisateurs. On ne peut que s’en réjouir et espérer que cette tendance s’inscrive dans la durée une fois la situation normale rétablie.

Cependant, ce succès ne saurait cacher les difficultés et les barrières qui se dressent pour proposer un service de qualité aux usagers. Le modèle d’accès et les conditions de prêts sont une véritable gabegie. Cela fait des années que ces critiques existent mais ce n’est véritablement qu’aujourd’hui qu’on mesure les difficultés qu’elles représentent. D’ailleurs même quand la presse parle de PNB, ça ne donne pas vraiment envie :

Le confinement accélère la mue numérique des bibliothèques, Télérama

Supplier les éditeurs

Une fois de plus, les bibliothèques se retrouvent dans une position où ils doivent réclamer aux éditeurs d’assouplir les conditions de prêts pour faire face à la demande croissante des usagers. 

Lorsque nous, bibliothécaires, achetons aux éditeurs une licence nous permettant de réaliser 30 prêts, nous ne pouvons en prêter que 5 simultanément et, pour en prêter 5 autres, nous devons attendre que les lecteurs aient « rendu » les 5 premiers. Si nous voulons en prêter 10, il faut acheter une 2e licence, 15 une troisième..

https://www.livreshebdo.fr/article/un-appel-aux-editeurs-pour-assouplir-les-regles-du-pret-numerique-en-bibliotheque

En période de crise, comme celle que nous traversons, le non sens du modèle de PNB est encore plus flagrant. Ce modèle réintroduit un mécanisme de rareté artificielle qui est l’antithèse du numérique caractérisée par une ubiquité de l’accès. En outre, la gestion des DRM, au bout de 6 ans d’existence du service, n’est toujours pas résolue. On peut m’opposer l’arlésienne de LCP mais pour l’instant Adobe est toujours de la partie. Enfin, le système de jetons prouve une nouvelle fois que c’est un modèle défavorable aux finances des collectivités territoriales.

« Pendant ce temps à Vera Cruz »*

Des éditeurs n’hésitent pas à mettre à disposition des titres de leurs catalogues pendant la durée du confinement.

Et nous, nous devons supplier le SNE d’accepter de bien vouloir assouplir les conditions du modèle de PNB pour pouvoir faire face à la demande d’usagers qui se tournent vers les bibliothèques pour obtenir des livres numériques. Cela en dit long sur le rapport de confiance entre le SNE et les bibliothèques.

Bon confinement et prenez soin de vous !

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Coronavirus, le virage manqué des bibliothèques ?

#RestezChezVous est le mot d’ordre. En raison de la crise sanitaire que traverse le pays, une bonne partie de la population est contrainte au confinement. Cette crise est intéressante à plus d’un titre et représente un événement important pour les bibliothèques.

Les métiers indispensables à la vie de la Nation

Un des grands problèmes que notre profession a dû mal à surmonter est la vision bibliocentrée des professionnels. Combien pensent que la bibliothèque est le centre de gravité de la vie des individus ? Il suffit de regarder les thèmes de journées d’étude, de congrès et de la presse professionnelle pour mesurer l’étendue du problème. Certes, ce réflexe est légitime mais il est aussi ce qui nous a éloigné d’une partie des usagers. Des situations exceptionnelles comme celle que vivons actuellement mettent en lumière ce problème.

Nous ne sommes pas indispensables à la vie de la Nation ni à celle des individus. Si c’était le cas, une loi imposerait à chaque commune d’avoir un établissement de lecture publique. Le taux d’inscription des usagers serait également bien plus haut. Certes nous sommes utiles, nous pouvons permettre à des individus de trouver des ressources qui leur permettront de transformer leur vie. Mais nous ne sommes pas indispensables. Croire que nous le sommes est une fois de plus l’expression du syndrome du bibliocentrisme.

Ce bibliocentrisme a pu sembler se justifier au siècle dernier. Avant le développement des usages numériques du 21ème siècle, les bibliothèques jouissaient d’un monopole sur l’accès aux savoirs et aux connaissances. A travers leurs collections, elles étaient les seules à pouvoir garantir l’accès à l’information aux individus. Mais ce tropisme des collections constituant l’ADN d’une partie de la profession devrait être résolu.

« Ce tropisme de la collection chez les bibliothécaires fait oublier que l’existence d’une collection imprimée n’est que la conséquence de la rareté de l’espace disponible dans les bâtiments que sont les bibliothèques. Le numérique permet de briser cette rareté, ce qui déplace l’enjeu de la collection vers la médiation des contenus. »

Source : Silvere Mercier

D’avoir fait des collections l’alpha et l’oméga de la profession sans prendre en compte l’évolution des usages et les progrès des technologies de l’information et de la communication conduit les bibliothèques à être reléguées en deuxième division en cas de crise comme celle du coronavirus qui nous contraint au confinement.

L’indispensable médiation

A l’heure où le web fournit un accès à une quantité illimitée de contenus, l’enjeu réside dans la capacité à pouvoir accompagner dans le choix. L’abondance de ressources disponibles induit la question du choix. Comment faire pour choisir, pour accéder, pour découvrir dans un océan de contenus ?

La crise de confinement que nous vivons révèle très précisément ces enjeux. Nous disposons d’un temps supplémentaire exceptionnel que nous devons combler. Avec des plateformes de musique proposant plusieurs dizaines de millions de titres, avec des services de vidéos à la demande avec un catalogue dont le temps de visionnage dépasse l’ensemble d’une vie, des plateformes de jeux vidéo en illimité, l’accès aux contenus n’est définitivement plus un problème. Tout le monde a compris que tout se jouait désormais dans l’accompagnement et le recommandation… sauf peut-être les bibliothécaires.

Les sites de presse spécialisée ou généraliste ont depuis longtemps compris la nécessité de proposer un accompagnement au choix. Bien évidemment, je mentirai en disant que les bibliothèques n’ont rien fait de similaire. J’ai vu passer des posts sur les réseaux sociaux qui recommandent des contenus à leurs usagers. Cependant, il s’agit souvent de renvois vers des ressources numériques auxquelles sont abonnées les bibliothèques. En effet, beaucoup de bibliothèques vont profiter de l’occasion pour faire de la promotion de leurs ressources numériques mais pas de la médiation. Elles communiquent en indiquant que plus 15000 livres sont disponibles en version numérique à télécharger. On retrouve à nouveau cette logique de collections et non pas la tentative de faire coïncider un besoin informationnel/documentaire avec des ressources. (Ex: 3 pour tablettes à télécharger pour occuper vos enfants, 5 sites pour vous aider à assurer la continuité pédagogique à la maison, 8 jeux vidéo pour faire passer le temps…).

Accès verrouillé VS accès ouvert

Promouvoir un accès à des plateformes de livres numériques (chut, chut, pas de marques) de la bibliothèque, c’est prendre le risque d’avoir des usagers qui restent sur le carreau et n’arrivent pas à télécharger leur epub en raison des difficultés d’accès des usines à gaz qu’on a l’habitude de proposer. Pour accéder à ce genre de contenus, les usagers doivent saisir leur identifiant, leur mot de passe, créer un compte Adobe Digital Editions pour gérer les DRM, ne pas avoir oublié le mot de passe s’ils avaient déjà créé leur compte… Toutes les étapes pénibles qu’on a l’habitude de gérer au quotidien auprès des usagers ne pourront certainement pas se faire à distance en période de confinement. En ne proposant que cette catégorie de ressources, nous risquons de nous couper d’une partie des usagers qui vont bénéficier d’un accès ultra simplifié à des plateformes commerciales voire illégales.

Par ailleurs, le modèle économique des plateformes comme PNB est contradictoire avec la période que nous vivons. Ces ressources numériques s’appuient sur des systèmes de jetons attribués par titre. Autrement dit elles reposent sur la rareté. Au-delà de la limite fixée par les éditeurs, il faudra racheter le livre. Comment faire pour acheter des documents en période de confinement ? Comment faire signer un bon de commande ? Encore une fois, le prisme des collections nous met hors-course. Alors que Canal + propose un accès gratuit pendant la période de confinement, ainsi que le média Les jours, des plateformes de podcasts, des éditeurs de manuels scolaires, l’Opéra de Paris… est-ce que les éditeurs qui proposent des titres via PNB vont supprimer le nombre de jetons pour permettre un accès le plus large possible le temps du confinement ? L’initiative de Publie.net mérite d’ailleurs d’être saluée. Pendant 15 jours, une partie du catalogue est accessible gratuitement et diminue le prix de l’abonnement.

Prendre le train en marche

Il n’est pas trop tard et nous pouvons collectivement essayer de prendre le virage numérique des usages. Ce n’est pas de proposer des ressources numériques qui feront de nos bibliothèques des établissements modernes. Notre résilience réside dans notre capacité à comprendre les enjeux de la médiation numérique des savoirs. Je ne dis pas qu’il faut arrêter de nous concentrer sur les collections, je dis qu’il faut qu’on rajoute une nouvelle corde à notre arc. Il faut qu’on intègre véritablement dans nos activités bibliothéconomiques le web et les contenus qu’il fournit. Nous devons être en phase avec les pratiques actuelles des individus qui reposent sur une connexion internet mobile. Inscrivons-nous dans l’écosystème de leurs usages en concevant des dispositifs de médiation adaptés. Cette voie sera la seule voie qui nous permettra de justifier notre utilité.

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Les ressources numériques, l’épine dans le pied des bibliothèques

Les ressources numériques en bibliothèque
Les ressources numériques en bibliothèque

A quelques jours d’intervalles, nos collègues du Québec ont produit deux documents plutôt intéressants relatifs à la médiation numérique des savoirs. Le premier s’intitule Guide d’initiatives de médiation numérique en bibliothèque au Québec et ailleurs et le second Livres et Ressources numériques en bibliothèques publiques : quoi faire pour que ça marche ! A la lecture de ces documents, on peut se rassurer en constatant que les bibliothécaires du Québécois rencontrent les mêmes problématiques que nous : Comment rendre appropriables par les usagers les ressources numériques acquises par les bibliothèques ?

L’importance de la médiation numérique

Ces deux documents n’apportent pas d’éléments particulièrement nouveaux à la théorie de la médiation numérique. Mais ils constituent une synthèse concrète et complémentaire au livre consacré à la médiation numérique écrit par Lionel Dujol et Silvère Mercier. Plusieurs cas pratiques sont évoqués dans ce guide : le livre numérique, Wikipédia, heure du conte, ressources numériques… La valeur ajoutée du Guide d’initiatives de médiation numérique en bibliothèque au Québec et ailleurs réside notamment dans sa forme. Pour chaque idée de dispositif, la fiche reprend le contexte, le ou les objectifs, le public cible, les moyens humains, financiers et techniques, les supports de communication employés, la durée du dispositif ainsi que quelques éléments de retours sur l’expérience. A ce titre la fiche consacrée à la mise en avant des ressources numériques par l’intermédiaire de billets de blog est particulièrement utile. Cette fiche analyse les points qui méritent, d’après les bibliothécaires, d’être améliorés pour être plus efficaces (rythme de publication, pronom personnel employé, longueur des billets). Il ne faut pas oublier qu’un dispositif de médiation numérique s’évalue ! Les fiches insistent également sur des points cruciaux dans la réussite d’un projet de médiation numérique qui ne sont parfois pas suffisamment pris en compte. Il s’agit notamment de la formation en interne nécessaire pour atteindre l’objectif fixé en amont. Si elle ne garantit pas à tous les coups la réussite, la formation de l’ensemble de l’équipe au fonctionnement d’une ressource ou de son contenu est un prérequis indispensable car elle garantit la capacité des agents à pouvoir effectuer dans un second temps la médiation humaine auprès des usagers. Le second document Livres et ressources numériques en bibliothèques publiques consacre d’ailleurs toute une page à la formation du personnel qui est présentée comme :

« un préalable indispensable pour une intégration optimale des ressources numériques à l’offre de services des bibliothèques. Elle garantit un premier niveau de promotion et de soutien auprès des usagers. »

Les dispositifs passerelles sont souvent suggérés pour mettre en valeur les ressources numériques proposées par une bibliothèque. L’idée est de rematéraliser ce qui n’est pas visible pour montrer l’existence de la ressource et suggérer l’envie à l’usager de se l’approprier. Plusieurs stratégies peuvent être mises en oeuvre pour accroître la visibilité d’une ressource (flyers, affiches, écran de veille des ordinateurs, totems, des fantômes, des pastilles sur les exemplaires physiques « Existe en numérique »…). Les idées ne manquent pas. La médiathèque départementale d’Ille-et-Vilaine avait proposé quelques astuces pour faire connaître les ressources numériques. Redonner corps aux ressources immatérielles est une chose sur lesquelles nous pouvons agir pour favoriser l’appropriation par les usagers. Cependant, il existe un autre facteur à prendre en compte et sur lequel nous n’avons pas la main. Il s’agit de l’accès et de l’ergonomie de la ressource à laquelle nous donnons accès. Si la ressource nécessite un mot de passe et un identifiant différent, s’il y a des DRM qui compliquent le processus de téléchargement, si ce n’est pas multi-plateformes, tout cela constitue des obstacles qu’aucun dispositif passerelle ne sera en capacité de surmonter.

Et si on faisait le bilan des ressources numériques ?

Depuis une dizaine d’années d’expérience des ressources numériques, on constate qu’il est toujours difficile de valoriser ces contenus acquis à prix d’or. La question de la rematérialisation des ressources pour compenser leur caractère immatériel est une préoccupation toujours présente.

Où est-ce qu’on a raté ? Comment expliquer cette nécessité et cette difficulté de promouvoir nos ressources en ligne à l’heure où l’écran demeure le support privilégié pour accéder à des contenus culturels ? Qu’est-ce qui explique qu’on soit encore obligé de montrer nos sites web aux usagers et que ces derniers répondent « Ah, je ne savais pas que vous aviez un site » ? Pourquoi la possibilité que la bibliothèque propose des contenus numériques ne soit pas devenue une évidence pour les usagers ? On est tous à la recherche de la solution miracle qui fera exploser les statistiques d’utilisation de telle ou telle ressource. (Mais avons-nous cette même exigence avec les autres supports qui constituent les collections d’une bibliothèque ?)

Une partie de la réponse se trouve dans la stratégie que les bibliothèques ont menée pendant plusieurs années : acquérir des ressources numériques issues d’écosystèmes isolés des pratiques de consommation culturelle des internautes. Les méthodes d’accès et de consultation étaient trop différentes et ont constitué des barrières. Nous avons voulu reproduire le monopole dont nous jouissions dans l’écosystème physique pour fournir un accès aux documents. On a voulu accumuler et fournir un accès en contrôlant et en régulant pour avoir le sentiment d’être indispensable. Or il est incontestable que les internautes n’ont pas besoin de nous pour accéder à des œuvres en ligne. La cause de cette réaction trouve peut-être son origine dans le caractère nouveau qui nous a pris de court et on a appliqué par réflexe les mêmes mécanismes qu’on connaissait et qu’on maîtrisait.

Mais cela a été une erreur dont on mesure encore les effets aujourd’hui. On a rejeté le web et les ressources dont il dispose et sur lesquelles on aurait pu construire des dispositifs de médiation numérique. On aurait pu demander à nos prestataires de développer des outils et des interfaces adaptés à un travail de curation favorisant la dissémination des contenus repérés sur le web. Par ailleurs les bibliothèques sont investies dans le web de données (dont l’objectif est d’améliorer la visibilité et la réutilisation des données) mais on a raté le coche concernant la réutilisation des contenus du web. Il n’est pas trop tard, nous pouvons encore réagir en proposant des parcours répondant à des besoins informationnels ou de divertissement. Il faudra peut-être pour cela réussir à s’affranchir des ressources numériques.

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J’ai testé Libby, l’application de livres numériques de la NYPL

J’ai déjà parlé de l’application Libby portée par OverDrive qui permet aux bibliothèques américaines de proposer des livres numériques à leurs usagers. La force d’OverDrive est d’avoir su développer une application qui facile l’expérience utilisateur et qui contraste avec l’usine à gaz qu’on connaît en France avec PNB et la DRM d’Adobe. J’ai eu l’occasion de tester l’application et vous propose un compte rendu en images.

Installation et configuration

L’appli se télécharge depuis le store Android ou iOS (Microsoft aussi) et présente un affichage plutôt agréable. La navigation au sein de l’appli est plutôt fluide et ergonomique. Avant de commencer à télécharger des livres numériques, il faut configurer l’appli en choisissant quelques options en fonction de la situation de l’utilisateur : est-ce qu’on a une carte de bibliothèque :à quelle bibliothèque est-on rattaché :est-ce qu’on lit sur Kindle ou depuis son smartphone:

Une fois cette étape effectuée, il suffit de saisir son numéro de carte et son mot de passe (le même que pour accéder à son compte lecteur). L’usager est authentifié et n’a pas besoin de créer un compte Adobe pour gérer la DRM :Les livres numériques sont protégés par verrou mais l’opération est totalement transparente pour l’utilisateur. L’expérience utilisateur est bien plus satisfaisante que la solution PNB proposée en France. La procédure ressemble par bien des aspects à celle proposée pour les livres numériques équipés de la DRM allégée LCP :

Télécharger un livre numérique

Après avoir renseigné son compte lecteur, on accède au catalogue de la bibliothèque numérique. La page d’accueil propose des nouveautés, une sélection réalisée par des bibliothécaires (thématiques, par prix littéraires), des entrées par genre, par public :Il y a bien évidemment un moteur de recherche par titre, auteur, mot-clé… La recherche par auteur renvoie les différents titres classés par genre et par format (livre numérique ou livre audio). Des filtres permettent également d’affiner la recherche (date, format, langue, compatibilité…) :Les notices affichent parfois une icône qui renseigne sur le statut d’un livre. (Bientôt disponible, s’il y a une liste d’attente, combien d’exemplaires disponibles…). On touche du doigt une des limites du modèle du livre numérique en bibliothèque à savoir la reproduction d’une rareté artificielle dans un écosystème d’abondance introduite par la mise en place des verrous numériques :Pour emprunter son livre, il suffit de cliquer sur la notice et sur « Borrow » (emprunter). Un message apparaît pour indiquer la durée du prêt ainsi que le nombre d’emprunts possibles. On peut lire directement le livre !

Gestion du prêt et fonctionnalités

Libby propose un certain nombre de fonctionnalités au sein même de l’appli. L’utilisateur peut par exemple prolonger son prêt, rendre le livre :ou encore envoyer son livre numérique pour le lire sur un autre appareil :

 

 

 

 

 

 

L’appli intègre des fonctionnalités classiques qu’on retrouve dans la plupart des applis de lecture de livres numériques : bookmark, navigation par chapitre, choisir sa police (y compris pour les DYS) :une fonction de recherche ainsi qu’un dictionnaire :En conclusion, Libby est une appli qui présente un certain nombre d’atouts pour lire des livres numériques. Elle dispose d’une interface plutôt satisfaisante qui correspond aux standards actuels en matière de design et d’ergonomie. Pour un service de bibliothèque, cela mérite d’être souligné. Concernant le fonds, l’appli fournit un accès à plus de 167 000 titres (livres numériques et audio). Je n’ai pas regardé dans le détail mais cela serait intéressant de voir s’il y a des titres issus de l’autoédition. Le point fort de Libby est la facilité de son utilisation et le soin d’éviter de passer par l’étape DRM pour les usagers. Ce n’est pour autant pas idéal car la présence de ces verrous peut conduire à des situations surprenantes où l’usager doit attendre son tour pour pouvoir récupérer son fichier numérique qui est par essence duplicable à l’infini. Le quota d’emprunt est assez souple car il permet d’emprunter jusqu’à 12 documents. Enfin, il y a une question qui reste en suspens à savoir la politique de confidentialité et l’utilisation des données des utilisateurs. Aucune mention à cet égard sur l’appli ou sur le site dédié. D’après l’application Exodus Privacy qui analyse les traqueurs et les permissions demandées par les applications. Elle recense un traqueur Google CrashLytics qui est utilisée par les développeurs pour récupérer des rapports de bugs et connaître également le nombre de personnes qui utilisent en direct l’appli. Concernant les permissions, Libby accède à la position géographique de l’appareil. Mais cela est certainement utilisé dans le cadre d’une politique de géoblocking (être autorisé à utiliser le service uniquement sur un territoire défini).

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