Vue lecture

Pour un mouvement technocritique en bibliothèque

Les modes technologiques n’épargnent plus les médiathèques. A chaque innovation ou nouvelle mode numérique, nous avons cédé aux sons des sirènes en espérant apparaître dynamiques, modernes, désirables auprès de nos publics.  On a eu les réseaux sociaux, les tablettes, les imprimantes 3d et les espaces de fabrication numériques et aujourd’hui on a l’IA. La même musique se répète et continuera de se répéter probablement avec la future trend digitale à venir. Cette dynamique illustre parfaitement ce que raconte Julie Brillet dans le podcast des deux copains connards dans un bibliobus. Nous avons renoncé, en tant que profession, à avoir une posture technocritique. Nous avons embrassé béatement les nouveaux outils les uns après les autres sans avoir de réflexion politique, éthique et critique du recours à tous ces outils. Bien entendu individuellement, il y a des collègues sensibles à ces questions-là et qui essaient d’intégrer ces réflexions dans leur pratique. Mais si la méthode du colibri portait ses fruits, on en verrait les effets. 

A l’heure de la prédominance des GAFAM et des conséquences politiques et sociales qu’ils représentent, à l’heure des IA génératives et de ce qu’elles impliquent en terme de désinformation et de cybermalveillance, à l’heure de la crise climatique que nous traversons et de la consommation de ressources que représentent ces technologies, devons-nous encore à appréhender le numérique de la même manière ? On a longtemps pensé que l’acquisition des outils numériques, parfois obtenus après de longs moments à convaincre les décideurs pour obtenir des budgets, était un projet en soi pour finalement laisser le matériel prendre la poussière au fond d’un tiroir à l’image d’un enfant lassé de jouer avec son dernier jouet. Certes il a fallu une phase de découverte et un temps d’adaptation et c’est le recul de plusieurs années qui permet d’avoir ce regard critique sur les technos. Mais ce regard critique n’est pas porté collectivement, il n’y a pas de réflexion collective et de proposition d’actions pour repenser nos pratiques professionnelles en profondeur.

Est-ce éthique d’acheter du matériel fabriqué dans des conditions d’exploitation dignes de l’époque de Germinal ? Est-on ok d’utiliser des services d’une entreprise qui vend les siens à des Etats pour faire la guerre et massacrer des populations ? Est-il sain d’être présents sur des plateformes sociales qui laissent délibérément la haine se propager et l’extrême droite diffuser ses idées nauséabondes ? Les exemples ne manquent pas mais tout cela nous avons oublié de l’intégrer dans nos réflexions entre nous, dans nos journées d’étude, dans nos publications, dans nos communiqués. Nous avons, sciemment ou non, décidé de fermer les yeux et de recourir à des services et des outils dont le projet politique est diamétralement opposé à ce que représentent les bibliothèques. En effet, les établissements de lecture publique sont des instruments au service de la citoyenneté, de la diversité et de fait la tolérance et du respect de la différence. Les entreprises de la tech visent à satisfaire l’appétit de leurs actionnaires et conquérir toujours plus de parts de marché.

L’IA est le sujet à la mode et dicte l’agenda médiatique. Profitons de la hype autour de ces technos pour éviter de reproduire nos erreurs. N’alimentons pas la bulle spéculative autour des IA génératives révolutionnaires qui transforment notre quotidien en nous rapprochant un peu plus d’un monde à la frontière entre Matrix et Terminator. Pour l’instant, les effets qu’on voit de l’IA c’est des images et des promesses extraordinaires pour réussir à obtenir des levées de fonds nécessaires. Remplissons notre mission d’éducation aux médias et à l’information en accompagnant les publics, en expliquant comment ça fonctionne, l’impact écologique que représente l’IA. Si on veut montrer et former à l’utilisation des prompts, faisons tourner des IA en local et open source tant qu’à faire. Ne fantasmons pas l’impact et les possibilités de l’IA en bibliothèque pour la production de notices bibliographiques ou de la recommandation de contenus. Nous disposons déjà des ressources et des compétences nécessaires pour remplir ces missions.

Ne cédons plus aux sirènes du technosolutionnisme, laissons la place à un numérique éthique, raisonné et citoyen. Ce n’est pas la course à l’utilisation de la dernière techno à la mode qui nous rendra plus attrayant ou moderne auprès de nos usagers mais plutôt notre capacité à prendre du recul, accompagner, faire réfléchir sur l’impact et les conséquences du numérique sur notre société.

  •  

ChatGPT : quels risques pour les bibliothèques ?

Amel Boudina, une consœur de la ville de Laval, a publié une tribune sur l’intelligence artificielle et plus précisément le phénomène ChatGPT d’OpenAI. Elle s’interroge sur les risques que peut faire planer cette techno sur les bibliothèques. Je vous invite à lire l’article, il y a plusieurs éléments que je partage mais je souhaitais poursuivre la réflexion en nuançant certains de ses propos. En effet, d’après Amel, le rôle des bibliothécaires n’est pas menacé par le développement de l’IA. Si l’avenir nous dira si elle avait raison, une chose est sûre, c’est que notre métier en est impacté et reconfiguré comme cela s’est déjà produit avec d’autres technologies de l’information et de la communication.

« Elles sont aussi un troisième lieu où les gens peuvent se rassembler, discuter et partager leurs idées. »

C’est devenu un lieu commun de le dire mais les bibliothèques ne sont plus uniquement des lieux dans lesquels on vient emprunter ou consulter des collections physiques. L’action culturelle est devenue un axe majeur des établissements. Aussi malin que puisse être en apparence ChatGPT, l’IA n’est pour le moment pas capable d’organiser des ateliers ou des rencontres. Bibliothèque 1 – ChatGPT 0

« Malgré tous les avantages que l’intelligence artificielle peut offrir aux bibliothèques, elle ne pourra jamais les remplacer. Non seulement les bibliothèques permettent d’avoir accès à des documents qui ne peuvent pas être trouvés en ligne, mais elles offrent aussi des programmes et services qui ne pourront jamais être automatisés, tels que l’accès à l’expertise d’un bibliothécaire.« 

L’assertion sur les documents qu’on ne trouverait que dans les bibliothèques est, à mon sens, de moins en moins vraie. (Sauf bien entendu pour ce qui concerne des collections patrimoniales ou liées à la recherche scientifique). Au regard de l’évolution des pratiques culturelles numériques et la montée en puissance du streaming, la valeur ajoutée des bibliothèques ne réside plus uniquement dans la capacité à fournir un accès à un document. Mais Amel a raison quand elle parle de l’expertise des bibliothécaires. Pour le moment, ChatGPT donne l’illusion d’exactitude. Or, en testant un peu l’IA, on réalise rapidement qu’elle peut apporter des réponses qui n’ont pas de sens.

J'ai demandé à ChatGPT la différence entre un rhinocéros et un mug de café. L'IA cherche à apporter une réponse structurée en comparant deux choses qui n'ont rien à voir.

Cependant, rappelons que ChatGPT a été ouvert massivement au public très récemment. Le fonctionnement de cette IA repose sur le machine learning et chaque question qu’on lui pose l’entraîne et l’améliore (Nous sommes toustes des travailleur-euses du clic). Attendons encore quelques mois ou années pour voir si l’IA peut être capable de développer une véritable expertise sur certains sujets. Enfin, OpenAI a annoncé réfléchir à mettre en place une offre payante avec plus de fonctionnalités. Cette offre sera peut-être moins artificielle et plus intelligente.

« Ces derniers offrent une assistance personnalisée et un savoir-faire qui ne peuvent être fournis par aucune technologie. Ils peuvent comprendre les intérêts et les besoins des lecteurs et leur fournir des recommandations et des conseils sur mesure, en plus d’aider à trouver des informations qui ne sont pas disponibles en ligne. »

Je ne sais pas quoi lire, Eurêkoi ou Le Guichet du savoir sont des services personnalisés qui s’adaptent à la personne qui sollicite le service. C’est d’ailleurs un argument utilisé par la BPI et Eurêkoi pour mettre en avant la recommandation humaine plutôt qu’une recommandation algorithmique qui serait moins capable d’identifier précisément les besoins informationnels ou documentaires d’un individu. Mais comme je l’évoquais précédemment, ChatGPT est encore jeune et manque d’entraînement pour proposer une recommandation sur mesure. Toutefois avant de vanter la supériorité de l’humain sur la machine, il ne faut pas oublier le contexte de la demande. Par exemple, pour le service Eurêkoi, l’usager-ère est invité-e à préciser le périmètre de sa demande : livre/film, plutôt roman ou BD, plutôt adulte ou enfant puis par un processus d’entonnoir, l’utilisateur-rice est amené-e à affiner sa demande de conseil pour aider les bibliothécaires à lui apporter une réponse personnalisée. Dans le cadre de ChatGPT, ces étapes intermédiaires ne sont pas définies en amont. Il faut préciser des éléments pour que l’IA puisse apporter une réponse. Mais dans le fond, dans les deux systèmes, il y a besoin de ces étapes intermédiaires pour pouvoir suggérer un contenu adapté et personnalisé. Mais je crois qu’on a tendance à fantasmer l’IA en lui attribuant des supers pouvoirs qu’elle n’a pas, peut-être à cause de la SF qui présente des dispositifs totalement autonomes : de KITT dans K2000 à Jarvis dans Iron Man en passant par HAL9000 dans Odyssées de l’espace.

Je demande à ChatGPT de me recommander un livre à lire. Dans un premier temps, sa réponse est très vague et généraliste. En précisant ma demande, ChatGPT me propose trois titres plus précis.
Je demande à ChatGPT de me recommander un livre à lire. Dans un premier temps, sa réponse est très vague et généraliste. En précisant ma demande, ChatGPT me propose trois titres plus précis

« Enfin, les bibliothécaires peuvent aider les lecteurs à naviguer à travers la confusion et les informations contradictoires trouvées sur internet et fournir des informations fiables et précises. »

Ici, Amel pointe un élément très important qui fait écho aux missions d’éducation aux médias et à l’information des bibliothèques. Depuis quelques temps, les bibliothécaires se sont engagé-es dans la lutte contre la désinformation et accompagnent les usager-ères afin de les aider à acquérir les compétences informationnelles nécessaires pour identifier une fake news. Entre les deep fake et des agents conversationnels comme ChatGPT, les acteurs de la désinformation disposent d’un boulevard pour diffuser des infox. Plutôt que de représenter une menace pour nous, l’IA devient au contraire un moyen de mettre en avant nos compétences en matière de sélection et de validation de l’information. L’enjeu majeur actuellement, et qui inquiète notamment le milieu de l’enseignement, est de parvenir à savoir si un texte a été écrit par une IA ou par un humain. Bien que ChatGPT ne soit pas parfait et qu’on puisse identifier des incohérences, des redondances ou des contresens qu’une personne ne ferait pas, les outils de détection automatisée sont encore insuffisants pour détecter un faux texte produit par une IA.

« Quoi qu’il en soit, «aucune méthode, ni aucun modèle de détection [automatisé] ne sera fiable à 100%», juge Irene Solaiman. Raison pour laquelle elle «recommande toujours d’utiliser un cocktail de méthodes de détection, et non une seule.»

Libération, Comment détecter qu’un texte a été écrit par une IA ?

« L’intelligence artificielle peut aussi servir à trier et à classer les livres, administrer les demandes, fournir des informations aux usagers tout en améliorant le système de recherche, organiser le système de catalogage, ainsi qu’à fournir des recommandations personnalisées aux utilisateurs, dans la mesure de ses capacités. »

Je pense que ce point est un peu prématuré. D’une part, certaines IA reposent sur l’apprentissage profond (deep learning) et l’apprentissage automatique (machine learning). Grosso modo, elles ont besoin d’être alimenté par une quantité gigantesque de données pour pouvoir apprendre et évoluer. Pour comprendre qu’un chat est un chat, il faut des millions de photos de chats sous des angles différents pour que l’IA qui fait tourner Dall-E, Midjourney ou Stable Diffusion comprenne ce qu’est un chat. D’autre part, et cela rejoint le point précédent, en bibliothèque nous n’atteignons pas la masse critique suffisante de données et d’utilisateur-rices pour entraîner une IA qui pourrait améliorer le système de « recherche et organiser le système de catalogage et fournir des recommandations personnalisés aux utilisateur-rices ». Enfin, pour pouvoir proposer ce genre de services, il faudrait que nos prestataires implémentent ces technologies dans leurs produits. Au regard des coûts que cela représente et de la puissance de calcul nécessaire pour faire tourner une IA, est-ce que les entreprises du secteur seront prêtes à consentir à cet investissement ?

« L’IA ne peut pas offrir une assistance personnalisée aux usagers. Elle ne peut pas aider les lecteurs à trouver des informations spécifiques au contexte de leur demande et leur donner des conseils et des suggestions adaptés à leurs exigences particulières. Cela demande une subtilité détenue seulement par les humains. »

La question de la qualité de la réponse délivrée par une IA est à relativiser. En effet, si on prend l’exemple des moteurs de recherche et en particulier de Google, on constate que ce sont les premières réponses apportées par le moteur de recherche qui génèrent un engagement de la part de l’internaute qui clique sur les premiers résultats. Sont-ce les meilleures réponses ou les plus pertinentes ? Non, ce sont celles qui bénéficient du meilleur référencement par le moteur de recherche. Pire, Google est passé du statut de moteur de recherche à moteur de résultats. En saisissant une requête dans la barre de recherche, Google délivre une réponse immédiatement en reprenant des éléments d’un site dont il trouve la réponse la plus adaptée. Mais sur quels critères l’algorithme de Google s’appuie-t-il pour délivrer cette réponse ? Pour reprendre les mots d’Amel, il ne donne ni de conseils ni de suggestions adaptés aux exigences particulières des usager-ères qui pourtant se contentent, globalement, des éléments de réponse apportés.

Je pense que la situation est un peu prématurée pour préjuger de l’impact réel de ChatGPT. Il faut également souligner que pour le moment, l’IA d’OpenAI n’est pas tellement intégrée à d’autres écosystèmes numériques. Cela se met en place progressivement. Notons que Microsoft prévoit d’intégrer ChatGPT à son moteur de recherche Bing. Cette intégration qui est directement orientée contre Google vise à « répondre de façon ciblée à l’internaute » et en apportant des réponses à partir de données postérieures à 2021 (pour l’instant ChatGPT ne s’appuie que sur des informations publiées en ligne avant 2021). Il existe également un client desktop pour Windows, MacOS et Linux ou même une extension pour le navigateur Chrome qui propose des résultats de recherche fournis par ChatGPT. Enfin, la dernière étape consisterait à implémenter ChatGPT dans d’autres écosystèmes comme celui des applications que nous utilisons massivement au quotidien. (Edit du 16/01 : les choses semblent s’accélérer du côté des iPhone.) En d’autres termes, plus les internautes seront soumis à des expériences dans lesquelles interviennent ChatGPT, plus l’IA s’améliorera et plus ielles s’adapteront aux réponses fournies.

Pour conclure, je ne pense pas que chatGPT représente une menace pour les bibliothèques. Si ChatGPT n’est pas intégré à d’autres écosystèmes, ce ne sera qu’un épiphénomène dont la hype laissera la place à un autre outil disruptif qui fera à son tour couler de l’encre. En revanche, si les entreprises du web l’intègrent à leurs propres outils, cela pourra reconfigurer le domaine de la recherche d’informations. En partant du principe que les internautes développent des pratiques cumulatives, ce n’est pas exagéré de penser que nous pourrons coexister à côté de ce genre d’outil. De plus, ces IA sont le fruit d’un long processus de développement et l’aboutissement d’un travail humain qui peut comporter des biais, qui interroge sur les modalités de sélection de l’information par l’IA et donc qui invite à s’inscrire dans une démarche d’éducation critique de recherche de l’information. Nous ne sommes donc pas menacé-es par ChatGPT. La véritable menace pour nous, à court ou long terme, c’est plutôt les réductions budgétaires et les postes non renouvelés qui ne nous permettent pas de pouvoir poursuivre nos missions et intégrer de nouveaux services afin d’être en phase avec les usages actuels et les problématiques contemporaines de la société. Mais ça, c’est un autre sujet. 

  •  

Et si les bibliothèques se mettaient aux chatbots ?

Chatbot by Mohamed_Hassan / pixabay.com
Chatbot by Mohamed_Hassan / pixabay.com

Assistants virtuels, intelligence artificielle, chatbots, nous serions désormais entrés dans l’ère de l’interaction homme-machine. La domination des smartphones dans nos usages numériques, notamment les applications de messagerie instantanée, contribue à l’explosion des services de robots conversationnels. Médiamétrie rappelait récemment que « les applications de messageries sont celles qui rencontrent le plus grand succès« . Ce contexte est donc propice à l’émergence de chatbots qui sont une opportunité pour les entreprises ou les marques d’engager une relation personnalisée et permanente avec leurs communautés ou leur clientèle. Qui n’a pas utilisé l’assistant virtuel de La Poste, de son opérateur téléphonique ou de son fournisseur d’électricité ? En effet, le marché des chatbots grimpe en flèche en particulier depuis que Facebook a ouvert en 2016 sa plateforme aux robots. En 2017, on estimait à 100 000 le nombre de chatbots disponibles via Messenger. Et pourquoi les bibliothèques regarderaient passer le train ?

Les avantages du chatbot

En 2018, une étude rapportait que les internautes appréciaient la disponibilité du service. D’après les personnes interrogées, 64% d’entre-elles étaient satisfaites d’avoir un service accessible 24h/24h. Lorsque la bibliothèque est ouverte, le chatbot n’est peut-être pas indispensable. En revanche, pendant les temps de fermeture de l’établissement, cela peut-être une solution efficace pour apporter une réponse à des usagers. Toujours d’après l’étude citée plus haut, 55% des personnes sondées apprécient le fait d’obtenir des réponses simples aux questions posées pour lesquelles la réponse d’un humain n’apporte pas de valeur ajoutée informationnelle. L’étude montre d’ailleurs que le contexte d’utilisation d’un chatbot est relativement varié et qu’un certain nombre de situations peut être transposé au monde des bibliothèques :

  • Obtenir une réponse rapide en cas d’urgence (37 %) ; => Est-ce que la bibliothèque est ouverte ?
  • Résoudre une réclamation ou un problème (35 %) ; => Je n’arrive pas à me connecter à mon compte adhérent
  • Obtenir des réponses ou des explications détaillées (35 %) ; => Est-ce que vous avez ce document ?
  • Trouver un chargé de service client humain (34 %) ;
  • Faire une réservation (33 %) ; => Je n’arrive pas à effectuer une réservation sur le site de la bibliothèque
  • Payer une facture (29 %) ;
  • Acheter un article basique (27 %) ;
  • Obtenir des idées et des inspirations d’achat (22 %) ;
  • Rejoindre une mailing list (22 %) ; => Est-ce que vous avez une newsletter ? 
  • Communiquer avec plusieurs marques via un seul programme (18 %) ;
  • Acheter un produit coûteux (13 %)

Il me semble qu’il faut envisager le chatbot comme un intermédiaire qui pourra aiguiller l’usager vers un bibliothécaire. Bon nombre des questions qui nous sont posées concernent des informations pratiques liées au fonctionnement de l’équipement. Ainsi, le recours à un chatbot pourrait être une solution pour libérer le bibliothécaire qui peut dès lors se concentrer sur des actions de médiation.

Pourquoi un chatbot en bibliothèque ?

Au delà des quelques éléments évoqués précédemment, c’est aussi une conséquence logique pour les bibliothèques qui disposent d’une page Facebook. (Ça permet de couper court à toute remarque – justifiée –  sur la question des données personnelles.) D’après la page Bibliopédia consacrée aux bibliothèques sur Facebook, en 2016 on compte plus de 440 établissements présents sur Facebook. (Il s’agit d’une estimation car ce sont les bibliothèques qui se sont signalées. Toutes les bibliothèques qui ont une page Facebook ne l’ont probablement pas fait). C’est donc un moyen de continuer à interagir avec son public en lui proposant un outil qui correspond à ses pratiques numériques. C’est aussi l’occasion pour la bibliothèque de diversifier ses canaux d’informations. On compte beaucoup sur le site de la bibliothèque pour nous adresser à nos usagers. Cependant, il ne faut pas oublier que le site de la bibliothèque n’est pas un instrument de conquête de nouveaux publics. Il est utilisé par les personnes qui nous connaissent et nous fréquentent déjà. Or, en recourant à des outils comme les médias sociaux, nous multiplions nos chances d’atterrir à travers les pérégrinations numériques des internautes. Par la magie de la sérendipité ou d’un clic sur un post partagé, un internaute a la possibilité de tomber sur la page Facebook de la médiathèque et de son chatbot.  Cela ne signifie pas que la personne interagira nécessairement avec nous mais que nous avons mis en place le contexte favorable pour le faire car on lui propose un service qui s’inscrit dans son écosystème de pratiques numériques. Enfin, c’est aussi le moyen de faire découvrir des services aux usagers. Dans mon exemple, j’ai créé un scénario où l’internaute cherche un livre mais ne sait pas lequel. Son interaction avec le chatbot enclenche une réponse qui lui parle d’Eurêkoi. (On peut appliquer cette logique là aux ressources numériques)

Eurêkoi via le chatbot
Eurêkoi via le Chatbot

Comment ça marche ?

Plusieurs services en ligne proposent de développer un chatbot. Le site codeur.com a publié un article recensant 8 services en ligne accessibles sans avoir besoin d’être un développeur. C’est évidemment un argument à prendre en compte. Les bibliothèques ont désormais la possibilité de proposer des services relativement simple d’utilisation. Pour mes tests, je me suis servi du service Chatfuel qui a l’avantage d’être gratuit. D’autres services sont gratuits mais sont limités en fonction du nombre d’utilisateurs du chatbot. En testant cet outil, on déconstruit un mythe sur l’intelligence artificielle. Le chatbot n’a rien d’intelligent, il suffit de concevoir des scénarios d’usages et de construire des réponses adéquates. Un peu comme l’épisode Bandersnatch de la série Black Mirror, il faut définir des arcs narratifs qui correspondent à des situations dans lesquelles les usagers poseront des questions :

L’arbre posté par u/alpine sur Reddit // Source : Reddit
                           L’arbre posté par u/alpine sur Reddit // Source : Reddit

Prise en main de Chatfuel

Cet outil repose sur un système de briques qu’il faut assembler en fonction de la situation qui est définie. Chaque bloc serait comme une page d’un site web. Il est en anglais mais reste relativement compréhensible. Au bout de quelques heures d’utilisation, on arrive à appréhender Chatfuel et surtout comprendre comment associer les blocs. Le point le plus difficile réside dans l’élaborations des scénarios qui reposent sur des situations fictives. Plus vous arrivez à en imaginer, plus votre chatbot sera opérationnel et susceptible de répondre à large éventail d’usages. Chatfuel dispose d’un tableau de bord qui rassemble l’ensemble des briques que vous avez créées. Il se présente de la façon suivante :

Tableau de bord de Chatfuel
                                              Tableau de bord de Chatfuel

Sur cette capture d’écran, vous pouvez apercevoir les différentes catégories que j’ai définies :

  • Infos pratiques (Horaires, inscription, adultes, différents statuts d’usagers…)
  • Cinéma (Comédie, Thriller, SF… Je ne sais pas quoi regarder)
  • Livres (Policier, poésie, roman, Je ne sais pas quoi lire)
  • BD (BD adultes, BD enfants, BD SF…)
  • Problèmes (compte, prolongation, assistance…)

Ce n’est évidemment pas exhaustif en particulier pour les genres selon les supports. Cette démonstration est une preuve de concept dont l’objectif est de démontrer l’intérêt de ce genre d’outil et que cela fonctionne. D’ailleurs, les réponses qui renvoient vers des recommandations de contenus sur le site de la bibliothèque impliquent de disposer de permaliens pour être sûr que l’internaute arrive sur la bonne page peu importe le moment où il clique sur le lien.

Une fois que vous avez créé vos briques de réponses, il faut définir des situations pour activer telle ou telle brique en fonction de la demande de l’internaute. Et c’est là qu’on mesure qu’une intelligence artificielle est vraiment artificiellement intelligente…Par exemple, imaginons le cas où l’internaute dit « Bonjour » pour engager une conversation avec le chatbot. Il existe de multiples manières pour l’internaute de dire bonjour, il peut dire « salut, hey, hi, hello, coucou, bonsoir… », il faut donc anticiper les différents formes possibles pour que le chatbot comprenne qu’on le salut.

Entraînement de l'IA
                                                Entraînement de l’IA

Cette question conduit à une autre interrogation : que fait le chatbot si l’internaute écrit n’importe quoi ou quelque chose qui n’a pas de réponse programmée ? Chatfuel a pris en considération cette éventualité et propose une fonctionnalité qui permet au chatbot de répondre un message par défaut quand ce cas de figure se présente. Démonstration :

Le chatbot répond quand il ne comprend pas
Le chatbot répond quand il ne comprend pas

La capture d’écran montre qu’une réponse automatique est envoyée quand un internaute saisit du texte incompréhensible. Dans l’exemple, ci-dessus, on voit que j’ai programmé le bot pour qu’il rebondisse en proposant d’autres actions possibles pour ne pas laisser l’usager sans solution.

Je vous sens trépigner d’impatience et vouloir tester le bousin. Vous pouvez l’essayer en vous rendant sur cette page et en lançant une conversation avec le bot ! Je le répète, c’est un dispositif de test pour évaluer la faisabilité. Il y a des lacunes (notamment dans le choix des sections proposées) mais qui sont liées au site de la bibliothèque qui ne permet pas de construire des requêtes trop fines. Comme vous pouvez le voir sur la capture d’écran précédente, on peut insérer un simulateur de saisie (les trois petits points qui bougent quand une personne est en train d’écrire), je ne l’ai pas rajouté partout. Je n’ai pas intégré certains rebonds pour relancer ou pour conclure (ex: Ai-je répondu à votre problème ?). L’objectif n’était pas de concevoir un outil prêt à lis en production mais bien d’explorer les fonctionnalités proposées par Chatfuel et essayer de mettre en place des combinaisons. Le test s’avère plutôt concluant et démontre que les outils de chatbot offrent un champ d’actions possibles important pour aider et accompagner des usagers.

En attendant que les robots nous remplacent, adoptons-les !

L’article Et si les bibliothèques se mettaient aux chatbots ? est apparu en premier sur Biblio Numericus.

  •