Vue lecture

Sleep and the Soul (recueil) – Greg Egan

Cet article ne sera pas une critique mais une note pour vous informer de la sortie d’un recueil de nouvelles de Greg Egan. Depuis quelques années, Greg Egan autopublie sur Amazon ses écrits en regroupant sous la forme de recueil les nouvelles qu’il a publié dans différents magazines anglosaxon.

Il l’avait fait en janvier 2020 avec Instantiation, dans lequel on trouvait quelques excellents textes dont la trilogie Bit Players. Ou encore The Slipway ou le magistral The Discrete Charm of the Turing Machine. L’auteur propose ces recueils en format électroniques ou en format papier, broché ou relié, au choix, et vendus sur Amazon. L’intérêt de ces recueils, si vous lisez l’anglais bien évidemment, est d’accéder aux dernières productions du maître de Perth sans avoir à parcourir toutes les revues anglosaxonnes et sans y être abonné. En ce qui me concerne, il y a un côté collectionneur des écrits d’un écrivain que je considère comme majeur en science-fiction, et dont j’aime garder une trace sur papier.

Depuis le 23 avril 2023, Greg Egan propose sous la même forme un nouveau recueil, Sleep and the Soul. Reprenant les dernières productions de l’auteur, il contient dix nouvelles et novellas :

  1. You and Whose Army?, publiée initialement dans Clarkesworld en 2020. Il s’agit d’une novella que j’ai déjà chroniquée ici, puis traduite pour les éditions Le Bélial’ et qui a été publiée sous le titre Un Château sous la mer dans le Hors-Série n° 4 de la collection Une Heure-Lumière en 2021.
  2. This is Not the Way Home, texte publié en 2019 dans l’anthologie Mission Critical dirigée par Jonathan Strahan. Peu convaincu, j’avais chroniqué ce texte lors de la sortie de l’anthologie.
  3. Zeitgeber, publié chez Tor.com en 2019.
  4. Crisis Actors, publiée en 2022 dans l‘anthologie Tomorrow’s Parties : Life in the Anthropocene de Jonathan Strahan.
  5. Sleep and the Soul, publiée dans Asimov’s Science Fiction en 2021 et chroniquée sur ces pages.
  6. After Zero, publiée dans l’anthologie Phase Change : New SF energies de Matthew Chrulew.
  7. Dream Factory, publiée dans Clarkesworld en 2022.
  8. Light Up the Clouds, publiée dans Asimov’s Science Fiction en 2021
  9. Night Running, publiée dans Asimov’s Science Fiction en 2023.
  10. Solidity, publiée dans Asimov’s Science Fiction en 2022 et chroniquée sur ce blog.

  •  

7 livres de science-fiction qui vous feront réfléchir

La semaine passée, lors d’un weekend chez des amis, j’ai rencontré un professeur de philosophie avec lequel nous avons longuement discuté et échangé nos points de vue sur le roman Dune de Frank Herbert. De par sa renommée mais aussi sa complexité, ce roman est certainement l’un des plus discutés et commentés. En d’autres termes, il fait réfléchir ses lecteurs.  Il y a quelques jours, le site anglophone The Fantasy Review publiait un court article intitulé 7 hard Science Fiction Books that will make you smarter (« 7 livres de hard science-fiction qui vous rendront plus intelligent »). La liste de romans que son auteur propose n’est pas dénuée d’intérêt et si je devais établir une liste sur le même thème, je produirais à peu de choses près la même. Comme son titre l’annonce, elle se consacre uniquement à des romans classés en hard-SF. C’est une évidence, il n’est pas nécessaire qu’un texte s’inscrive dans ce sous-genre souvent réputé pour son exigence pour provoquer les neurones de ses lecteurs – ni même qu’il appartienne à la science-fiction par ailleurs mais c’est là une autre évidence.

Je considère que la science-fiction est une littérature d’idées, un exercice de pensée. Ainsi, tout livre de science-fiction est censé amener ses lecteurs à réfléchir – ce qui est une affirmation forte sans cesse démentie par de nombreux exemples, je le concède. Les auteurs ont le choix des approches narratives. Le dialogue avec le lecteur peut passer par l’émotion, le rire, le simple divertissement, le sense of wonder, ou plus directement par le discours et l’argumentation des idées et des concepts. Cette dernière approche paraitra la plus intellectuelle. Elle sait produire des chefs d’œuvre qui souvent polarisent le lectorat, certains criant au génie d‘autres à l’ennui, selon les attentes de chacun en matière de lecture et de science-fiction.

Lors de ma discussion avec le professeur de philosophe, je n’ai pu m’empêcher de lui recommander quelques romans, et par la même occasion de réfléchir à ceux qui, récemment, m’avaient apporté matière à réflexion, voire avaient changé ma manière de voir les choses. Je vous propose donc une sélection de romans du XXIe siècle uniquement, très intellectuels – ou chiants et sans émotion selon vos critères personnels – qui moi m’ont sérieusement secoué le cerveau. À réserver aux amateurs d’aspirine. Voici donc 7 livres de science-fiction qui vous feront réfléchir.

(Note : le classement des œuvres présentées ci-dessous se fait suivant l’ordre alphabétique des noms des auteurs.)

La Tour de Babylone et Expiration de Ted Chiang

Ted Chiang est l’un des novellistes les plus brillants de notre époque, mais aussi l’un des moins productifs. L’ensemble de son œuvre, soit 17 nouvelles, se trouve réunie à ce jour dans deux recueils publiés chez  Denoël dans la collection Lunes d’encre : La Tour de Babylone (2006) et Expiration (2020). Ces textes explorent des thématiques très diverses allant de la vie artificielle à la rencontre avec des extraterrestres, de l’écologie ou de la nature même de l’existence et de la conscience. Il s’agit de hard-SF de haute volée, écrite avec une plume très fine et souvent poétique.

(Voire mes chroniques détaillées sur La Tour de Babylone et Expiration)


Gnomon de Nick Harkaway

Gnomon est ce que j’appellerais un livre complet, un roman magistral, et l’un des meilleurs textes de science-fiction qu’il m’a été donné de lire. Un peu sommairement présenté comme une mise à jour de 1984 de George Orwell par la presse anglaise lors de sa sortie, Gnomon est bien plus que ça. C’est un labyrinthe intellectuel foisonnant et finement construit à travers quatre époques, qui amène le lecteur à s’interroger sur l’évolution de notre société dans un futur proche et sur la fragilité de la démocratie face aux questions de surveillance et de transparence. Toujours, le diable se cache dans les détails et croire bien faire n’est jamais faire bien.

(Voir mes chroniques détaillées du tome 1 et du tome 2)


Diaspora de Greg Egan

Autre chef d’œuvre de la hard SF, et roman aussi adulé car hors norme que décrié pour sa complexité et son style aride, Diaspora transporte son lecteur dans un futur lointain, très lointain, et une exploration de la galaxie et au-delà, où la vie est essentiellement post-humaine. Il s’agit là d’un tour de force science-fictif du maître de la hard-SF Greg Egan qui y explore la Vie, tout simplement. Si vous pensiez que l’imagination avait des limites, il est possible que Greg Egan vous fasse revoir votre jugement avec ce roman essentiel. Mais il faudra apprécier les plongées extrêmes dans l’univers des sciences.

(Voir ma chronique détaillée de Diaspora.)


Terra Ignota d’Ada Palmer

Plus qu’un roman, il s’agit là d’un cycle de 4 livres en anglais et 5 pour sa version française publiée chez Le Bélial’ : Trop semblable à l’éclair (2019), Sept redditions (2020), La Volonté de se battre (2021), L’Alphabet des créateurs (2021) et Peut-être les étoiles (2021). Ada Palmer y raconte la chute d’une utopie qui sombre dans la guerre mondiale. Complexe, le cycle l’est par des choix narratifs déstabilisants, comme celui d’avoir un narrateur non fiable, des personnages qui ne sont jamais ce qu’on croit, des références constantes à la philosophie du siècle des lumières et à l’Odyssée d’Homère. Il l’est aussi par la pluralité et la profondeur des questions qu’il aborde. L’autrice imagine la société humaine au vingt-cinquième siècle, une société d’abondance dans laquelle le lieu de naissance ne détermine plus la citoyenneté mais où chacun choisit son appartenance à une nation politique, une Ruche, au-delà des considérations géographiques, reléguant la notion de frontière à l’histoire. La question centrale qui s’y pose est de savoir s’il est possible de concevoir une utopie et de la laisser perdurer lorsqu’on réalise ses faiblesses. Au-delà de ces questionnements, le cycle montre ce que permet la science-fiction. C’est une masterclass et l’un des plus grands cycles de SF de notre époque.

(Voir mes chroniques détaillées des tome 1, tome 2, tome 3 et tome 4.)


The Ministry for the Future de Kim Stanley Robinson

The Ministry for the Future n’est pas encore paru en français, mais cela ne saurait tarder. Il s’agit d’un roman sur notre avenir climatique à relativement court terme, à 50 ans, qui propose une réflexion détaillée et à mon avis indispensable sur la possibilité d’offrir un futur viable à l’humanité. Lorsque j’ai lu ce roman, ma première envie fut de l’envoyer à tous nos députés pour qu’ils prennent conscience, avant de réaliser qu’ils n’étaient sans doute pas les personnes les mieux équipées pour le comprendre. C’est par contre un roman essentiel que tout citoyen du monde préoccupé par l’état de notre planète et son avenir proche devrait lire. Comme le dit Kim Stanley Robinson dans son livre : « le futur doit réussir ».

(Voir ma chronique détaillée du roman)


[anatèm] de Neal Stephenson

Neal Stephenson a produit des bons livres, des mauvais livres et un chef d’œuvre. Ce dernier est Anathem publié en français en deux volumes chez Albin Michel Imaginaire sous le titre [anatèm] (2018). Là encore, mais vous l’aurez compris c’est la thématique de ce billet, il s’agit d’une lecture exigeante mais Ô combien gratifiante. [anatèm] embarque le lecteur dans un futur lointain, sur une autre planète, pour suivre les aventures d’un moine et discuter de l’opposition entre le réalisme platonicien, le conceptualisme d’Abélard et la scolastique médiévale, pour finalement proposer une vision du monde au sein d’un multivers. La difficulté vient du vocabulaire inventé qu’il faudra saisir et des considérations philosophiques qui font le sel du roman. Là aussi, c’est un roman brillant qui secoue les méninges.

(Voir mes chroniques des tome 1 et tome 2)


Vision aveugle et Echopraxia de Peter Watts

À l’inverse, Peter Watts n’écrit que des bons livres. Et au sein de cette production exceptionnelle, il existe un diptyque qui se situe au-dessus du reste. Il s’agit des romans Vision aveugle (2009) publié chez Fleuve noir puis réédité chez Le Bélial’ (2021) et Echopraxie (2015) publié chez Fleuve mais qui sera prochainement réédité chez Le Bélial’. À la fois récit de premier contact dans un avenir à moyen terme et réflexion poussée sur la conscience, le cycle Bindopraxia est unique et effrayant. Unique car on n’a pas fait mieux en ce qui concerne l’exploration des notions de conscience et d’intelligence, et effrayant car pour ce faire Peter Watts choisit un point de vue intérieur à travers une galerie de personnages dont les traits psychologiques sont radicalement différents, voire s’opposent. Notre accès à la réalité (s’il en existe une) ne se fait qu’à travers leurs perceptions du monde, forcément fausses. Et c’est en grande partie là-dessus que repose la démonstration. Ces romans sont aussi puissants qu’ils sont sombres et leur lecture laisse des traces indélébiles.

(voir ma chronique détaillée du cycle Blindopraxia)


Et vous alors ? Quels sont les livres de SF qui ont fait vibrer vos neurones récemment ?

  •  

Les Hérétiques de Dune, édition collector – Frank Herbert

Sur Dune, devenue Rakis, une jeune fille

semble pouvoir commander au vers géants.

Sur tout le pourtour de l’Empire,

les égarés de la Grande Dispersion

commencent à revenir.

Que cherchent-ils ? Que fuient-ils ?

Nous y voilà ! Le 23 février, sort en librairie la réédition collector de Les Hérétiques de Dune, cinquième tome du cycle de Dune de Frank Herbert dans la collection Ailleurs et Demain chez Robert Laffont. Ce volume entame la partie finale du cycle et, avec La Maison des mères, fait le récit des événements qui se déroulent 1500 ans après L’Empereur Dieu de Dune et la fin du règne de Leto II. C’est une toute autre histoire qui débute, avec de nombreux nouveaux personnages, et pas des moindres : Darwi Odrade, Teg Miles, Sheana Brugh, Alma Mavis Taraza, mais aussi le toujours fidèle ghola Duncan Idaho et … les Honorées Matriarches, ainsi que de nouveaux enjeux pour la planète Arrakis et l’univers connu.

Pour en savoir plus sur le travail de révision que nous avons effectué sur l’ensemble du cycle avec Fabien Le Roy, je vous renvoie vers les deux articles que j’y ai consacré : pour Dune, et la suite du cycle.

Je vous souhaite une bonne Dispersion lecture !


  • Les Hérétiques de Dune – Robert Laffont, coll. Ailleurs et Demain – 23 février 2023 – Edition collector – Préface de Laurent Nunez – Traduction de Guy Abadia, corrigée et révisée par L’ÉPAULE D’ORION et Fabien Le Roy.

img_20230216_102624570

renaudorion

  •  

Lectures d’avenir – premier semestre 2023

En ce début février, il est temps de se pencher sur ce qu’on va lire au premier semestre de cette année 2023, à travers quelques repérages dans les sorties à venir. Comme toujours, plus on avance, plus on perd en visibilité, mais les choses se décanteront progressivement. Voilà dans tous les cas les premiers livres qui sont sûrs, d’une manière ou d’une autre, de venir de rejoindre ma bibliothèque.


En janvier et février

  • Les Planétaires de John Brunner, sortie le 25 janvier chez Mnémos dans la collection Intégrales (traductions révisées et inédites par Patrick Morgan). Il s’agit d’une lecture en cours pour la revue Bifrost. Ma chronique aurait dû paraitre dans le numéro 110 mais l’ayant reçu tardivement, ce sera sans doute plutôt pour le 111. Cette intégrale contient huit romans !

  • Océanique de Greg Egan – sortie le 16 février aux éditions Le Bélial’. Lu et relu et rerelu, mais c’est pour ma collection egannienne.
  • La séquence Aardtman de Saul Pandelakis, réédition en poche chez ActuSF Hélios le 22 février.
  • Cinq chemins de pardon d’Ursula K. Le Guin (traduction de Marie Surgers), chez L’Atalante le 23 février
  • Eversion d’Alastair Reynolds (traduction de Pierre-Paul Durastanti) chez Le Bélial’ le 23 février. Je l’ai déjà lu en VO, mais une version française traduite par Pipidi ne se refuse pas, et la couverture est vraiment chouette.
  • Les Hérétiques de Dune de Frank Herbert  ((traduction de Guy Abadia, révisée par L’épaule d’Orion et Fabien Le Roy), édition collector, dans la collection Ailleurs et Demain chez Robert Laffont, sortie le 23 février. Ca se passe de commentaire, je pense.


En mars

  • Le Programme Lazare de Brice Reveney. Parution le 1 mars dans la collection Le Rayon Imaginaire chez Hachette Heroes. Un premier roman français dans cette nouvelle collection. Intrigué, je suis.
  • La Tragédie de L’Orque de Pierre Raufast. Une autre lecture pour Bifrost qui aurait dû paraitre dans le numéro 110 mais ne l’ayant pas encore reçu, ce sera probablement remis au prochain numéro. Il s’agit d’un roman de hard-SF français !
  • Sorcier d’Empire (Ars Obscura, t1) de François Baranger. J’ai eu le plaisir de lire le manuscrit de ce roman qui ouvre un cycle de fantasy napoléonienne. C’est énorme ! Parution le 15 mars chez Denoël dans la collection Lunes d’encre.
  • Connexions de Michael L. Flynn (traduction de Jean-Daniel Brèque), à paraitre dans la collection Une Heure Lumière chez Le Bélial’ le 16 mars.
  • Les Cartographes de Peng Shepherd (traduction d’Anne-Sylvie Homassel). Publication le 29 mars chez Albin Michel Imaginaire.
  • La première et la dernière (Noon du Soleil Noir t2) de L.L. Kloetzer. J’ai beaucoup aimé le t1, voici la suite. Sortie le 30 mars.


En Mai

  • Les Terres Closes de Robert Jackson Bennett (traduction de Laurent Philibert-Caillat) chez Albin Michel Imaginaire.

(Illustration à venir)

  • Rossignol d’Audrey Pleynet, dans la collection Une Heure Lumière chez Le Bélial’. L’entrée d’Audrey dans la collection UHL !!!

(Illustration à venir)

  • Houston, Houston, me recevez-vous ? de James Tiptree Jr. (traduction révisée par Jean-Daniel Brèque) dans la collection Une Heure Lumière chez Le Bélial’

(Illustration à venir)


En Juin

  • Les Profondeurs de Vénus de Derek Künsken (traduction de Gilles Goullet). Il s’agit d’une nouvelle série qui se déroule dans l’univers du Magicien Quantique, mais 250 ans avant. Sortie en juin chez Albin Michel Imaginaire.

(Illustration à venir)

Voilà pour le moment mes premiers repérages, mais cette liste sera mise à jour au cours des semaines et mois à venir, en fonction des annonces des éditeurs, des critiques des blogueurs, des rumeurs sur les réseaux et des découvertes fortuites. Repassez de temps à autres.

bib

renaudorion

  •  

Guide des genres et sous-genres de l’imaginaire – Apophis

Personnellement, je n’ai jamais bien compris qu’on range dans le même rayon fantasy et science-fiction. On me rétorquera qu’elles forment avec le fantastique ce que l’on nomme les littératures de l’imaginaire et que leurs lectorats se confondent. Ce qui est au mieux une approximation, au pire un argument commercial.  La science-fiction et la fantasy sont des termes génériques désignant des genres littéraires larges qui regroupent des sous-genres distincts variant beaucoup dans leur approche et leur contenu.

De fait, il existe un véritable foisonnement des dénominations des courants et des sous-genres de l’imaginaire, et de tout un tas de personnes (c’est-à-dire deux ou trois) qui s’écharpent sans jamais réussir à se mettre d’accord. La SFFF, c’est un peu comme le metal, et il ne s’agit pas de confondre le Gothenburg melodic death metal d’At the Gates et le Grindcore de Napalm Death, ça n’a rien à voir.

Alors certes, chaque fois que quelqu’un évoque à voix haute un sous-genre ou un autre dans une convention, il y a un auteur français de fantasy pour lever les yeux au ciel et ricaner, entouré de sa cour à la terrasse d’un café de Nantes. (Ça sent le vécu, non ?).  Ne vous méprenez pas, je trouve cette réaction très saine ! Non pas parce que « Aaaaah, la Littéraaaaaature » mais parce qu’il est bon qu’un auteur ne s’en préoccupe pas. Dans ma courte expérience dans le monde de l’édition, je n’ai rien croisé de plus catastrophique qu’un auteur qui vous envoie un manuscrit en vous disant qu’il a écrit un roman de [insérer ici un sous-genre] à la manière de [insérez ici deux ou trois noms connus dans ledit sous-genre]. Ca arrive très souvent et le résultat est toujours extrêmement pauvre. Donc, chers auteurs, continuez à rire les yeux au ciel sans vous préoccuper des genres et des sous-genres, ce n’est pas ce qu’on attend de vous. Laissez cela à d’autres. Ecrivez votre livre, l’histoire que vous voulez raconter. (Essayez tout de même qu’elle soit intéressante, contrairement à celle de l’auteur dont je mentionnais ci-dessus le ricanement et dont j’ai abandonné la lecture du livre tellement génial que j’en mourais d’ennui).

Face à l’arborescence complexe des genres et des sous-genres du metal ou de l’imaginaire, il existe donc deux attitudes possibles, aussi respectables l’une que l’autre : s’en foutre complètement ou s’y intéresser. Pas plus compliqué que ça.

Si vous vous y intéressez, et souhaitez explorer la taxonomie des littératures de l’imaginaire, il existe un guide écrit par Apophis à partir des très nombreux articles sur le sujet qu’il a publiés sur son blog spécialisé et publié dans une première version numérique en 2018 par Albin Michel imaginaire, puis dans une version révisée et augmentée en ce début 2023 avec pour l’occasion une sortie en version papier.

Le Guide des genres et sous-genres de l’imaginaire (c’est son nom) est une référence en France dans le domaine (j’ignore s’il en existe un équivalent ailleurs, je ne le crois pas). Précisons qu’il ne s’agit pas d’une recherche universitaire prétendant donner de nouvelles définitions à travers une étude phylogénétique des courants qui ont animé les littératures de l’imaginaire, mais d’un guide fournissant de manière détaillée et argumentée, un panorama complet des dénominations qui font plus ou moins consensus, avec tout de même quelques apports pour de nouvelles catégories exotiques, voire des inventions humoristiques comme le zadpunk d’un autre blogueur, Gromovar. L’ensemble est organisé en huit parties de manière à être clair et compréhensible sans se faire des nœuds au cerveau ou se décourager devant la foultitude de termes. Notons que l’ouvrage fournit aussi des outils critiques pour réussir à démêler soi-même l’écheveau, ainsi que de nombreux exemples d’œuvres se rapportant à chaque sous-genre, bien évidemment.

À qui s’adresse ce guide ? Comme je le disais ci-dessus, à toute personne que ça intéresse : lecteurs qui souhaitent découvrir les sous-genres existants, ceux qui cherchent à approfondir la taxonomie et affiner leurs goûts, mais aussi, et peut-être surtout, aux bibliothécaires et libraires qui souhaitent s’armer pour pouvoir répondre de manière précise aux lecteurs en quête d’ouvrages dans des domaines particulièrement ciblés.  Genre : « vous avez quoi en nanopunk ? » (Oui, les lecteurs qui auront lu ce guide vont vous poser des problèmes…)

Je ferai tout de même deux critiques. La première, sur la forme. Sans doute pensé pour être le plus simple possible dans sa présentation, je trouve la mise en page un peu trop minimaliste. Un effort aurait pu être faire pour rendre l’ouvrage un peu plus moderne et visuellement attrayant. La seconde : il n’est jamais question de SF post-éganienne…  ¯\_(ツ)_/¯


  • Titre : Guide des genres et sous-genres de l’imaginaire
  • Auteur : Apophis
  • Publication : 15 février 2023, Albin Michel Imaginaire
  • Nombre de pages : 176
  • Support : papier et numérique

Sur le site de l’éditeur.

renaudorion

  •  

Une science-fiction chinoise post-Trois corps ? – Gwennaël Gaffric

Chen Qiufan et Gwennaël Gaffric – photographie de Christophe Slazak (2022)

L’auteur chinois Chen Qiufan était présent au dernier festival des Utopiales de Nantes (29 oct. – 1 nov. 2022) pour présenter son premier roman, L’île de Silicium, paru en octobre dans la collection Rivages/imaginaire. Lors d’une rencontre organisée par les éditions Rivages, il a revendiqué une science-fiction « post-Liu Cixin » ou « post-Trois corps ». Gwennaël Gaffric, son traducteur et maître de conférence en langues et littératures chinoises, a accepté de revenir pour nous sur cet entretien afin de définir ce qu’est la science-fiction chinoise « post-Trois corps ».


Liu Cixin

Lors d’un échange récent avec l’écrivain Liu Cixin 刘慈欣 (né en 1963), celui-ci me rappelait à quel point il jugeait sa propre production marginale par rapport à la science-fiction chinoise contemporaine. De toute évidence, ce constat n’exprimait pas une position au sein du marché littéraire chinois et mondial – il demeure à ce jour l’écrivain de SF le plus lu dans son pays et au-delà – mais plutôt une observation des tendances actuelles contrastant avec son approche personnelle du genre. Très sollicité et multi-adapté (bandes dessinées, dessins animés, films, séries, expositions…), Liu Cixin et la trilogie qui l’a fait connaître hors de ses frontières, représentent néanmoins une balise, générationnelle et thématique, à partir de laquelle il peut être intéressant d’observer les dynamiques de la science-fiction en Chine aujourd’hui.

Autre écrivain chinois de SF récemment porté à la connaissance du lectorat français, Chen Qiufan 陈楸帆, tenait en 2016, lors d’une convention de SF au Japon, une conférence autour de la « science-fiction chinoise « post-Trois Corps » ». Si je n’ai personnellement pas trouvé trace du contenu de son propos, sa venue à Nantes lors du Festival des Utopiales de 2022 pour la parution de son roman l’Île de Silicium fut l’occasion de l’interroger sur le sujet.

Les réflexions qui suivent reposent donc à la fois sur les discussions que nous avons pu avoir à cette occasion et sur mes propres observations de la production science-fictionnelle actuelle en Chine.

Évidence qu’il convient malgré tout de rappeler, une première différence entre Liu Cixin et des écrivains comme Chen Qiufan (né en 1981), Hao Jingfang 郝景芳 (née en 1984), ou Xia Jia 夏笳 (née en 1984) (pour ne citer que des noms d’auteurs et d’autrices déjà traduit-es en français) est avant tout générationnelle.

Liu Cixin est né en 1963. Son enfance a été marquée par la Révolution culturelle (1966-1976), période sombre pour les arts et les lettres chinois, où les rares œuvres autorisées (fiction réaliste socialiste officielle, mais aussi manuels techniques et ouvrages de vulgarisation scientifique) ont néanmoins marqué durablement toute une génération d’écrivains connus et reconnus, comme Yan Lianke (1958), Su Tong (1963), Yu Hua (1960), Fang Fang (1955) ou encore le prix Nobel de la littérature Mo Yan (1955).

Enfant du maoïsme, Liu Cixin a connu les espoirs du Printemps de la science (1978), mais aussi la campagne contre la « pollution spirituelle » engagée au milieu des années 1980, condamnant entre autres… la science-fiction, jugée nihiliste, bourgeoise et trop occidentale. C’est peu de temps après l’abandon de cette campagne que le jeune Liu Cixin publiera ses premières nouvelles. Il connaît alors un succès d’estime dans le petit monde de la science-fiction, et remporte de nombreux prix. Les historiens de la SF chinoise le présentent comme l’un des « trois généraux » avec deux autres écrivains de sa génération (Han Song 韩松 et Wang Jinkang 王晋康), précurseurs de ce que le chercheur Song Mingwei appelle la « nouvelle vague de la science-fiction chinoise », qu’il fait débuter en 1985 avec le premier roman cyberpunk chinois, écrit par Liu Cixin : Chine 2185 (chef d’œuvre visionnaire qui ne sera malheureusement jamais publié sous format papier).

Les écrivains nés dans les années 1980 ont grandi dans un tout autre contexte : dans une société pansant tant bien que mal les blessures des dernières décennies maoïstes, ils ont connu le lancement des grandes réformes économiques, l’entrée de la Chine dans la mondialisation économique et culturelle, mais aussi les désillusions du capitalisme sauvage et sa collision avec un pouvoir toujours autoritaire.

Hao Jingfang

En 2016, l’écrivaine Hao Jingfang publiait un roman de littérature blanche : Née en 1984 (année de naissance de l’autrice), dont le récit oscille entre la jeunesse d’un père et celle de sa fille, chacun dans leur trentaine, et leur rapport au monde et à la liberté, le premier confronté aux grands bouleversements historiques de son temps, la seconde, à une vie quotidienne en apparence plus paisible et plus monotone, mais néanmoins confrontée aux incertitudes et aux angoisses de son temps : inégalités sociales de plus en plus marquées (un thème qu’elle reprendra dans « Pékin plié »), difficultés des étudiants pour trouver un emploi et une place dans la société (comme dans la nouvelle « L’année du rat », de Chen Qiufan). Liu Cixin dira du roman de Hao Jingfang qu’il donne à voir « un réalisme et une profondeur qui dépassent ses œuvres de science-fiction, abordant des questions psychologiques contemporaines telles que l’anxiété universelle. »

Cette différence générationnelle est en particulier marquante dans les lectures des autrices et des auteurs concernés, et des influences qu’ils revendiquent.

Liu Cixin, se définissant volontiers comme auteur de hard SF, aime à répéter que toute son œuvre n’est qu’un pâle hommage à Arthur C. Clarke. Il raconte aussi souvent comment Jules Verne, qu’il a lu en secret pendant les dernières années de la Révolution culturelle, a éveillé son intérêt pour la science et lui a fait comprendre la toute-puissance de l’imagination littéraire. Mais, comme plusieurs de ses contemporains, il est aussi un grand lecteur de littérature russe, soviétique ou non (il se dit admirateur de Tolstoï) et un lecteur attentif en trouvera sans peine les traces dans ses nouvelles et ses romans.

Les écrivains de science-fiction chinois nés dans les années 1980 citent plus facilement des auteurs japonais, ou parfois sino et afro-américains. Ainsi, le livre de chevet de Xia Jia est Brown Girl in the Ring, de Nalo Hopkison et Chen Qiufan se dit admirateur de Ted Chiang, grand maître de la nouvelle (le format le plus prisé par les auteurs de SF chinoise), lui-même né de parents taïwanais.

La nouvelle scène de la SF chinoise est d’ailleurs traversée par des tendances communes avec la SF euro-américaine : une littérature puisant davantage dans les sciences humaines que dans les sciences naturelles, éclatée dans une multitude de sous-genres (silkpunk, steampunk, solapunk, biopunk…), brouillant les frontières avec les autres genres de l’imaginaire, et accordant une visibilité inédite aux autrices (outre Hao Jingfang et Xia Jia, on peut citer Chi Hui 迟卉, Gu Shi 顾适, Mu Ming慕明, Tang Fei 糖匪, Regina Kanyu Wang  王侃瑜, toutes récipiendaires de prestigieux prix de SF…) alors que les écrivaines étaient tout à fait absentes des magazines de science-fiction chinois dans les années 1990-2000).

La diversité des acteurs du champ de la SF, de même que celle de leurs influences, expliquent en partie des différences de thématiques entre la génération actuelle et la précédente.

Liu Cixin et des auteurs de son âge, comme Wang Jingkang ou Xing He 星河, consacrent une grande partie de leurs œuvres à explorer les mystères encore non résolus de la science, extrapolant la plupart du temps leurs réflexions à une échelle universelle. En effet, si la Chine est présente dans leurs œuvres, c’est souvent par commodité scénaristique, et la Chine qu’ils donnent à voir n’est souvent qu’une diapositive du monde. Enfants de la Guerre froide, ils mettent certes fréquemment en scène la méfiance et la peur de l’altérité (humaine ou non-humaine), mais ils invitent presque toujours à leur dépassement et à retrouver un certain sens du commun et du dialogue, sur Terre ou dans l’Univers.

Or comme l’écrit Xia Jia, « la fin de la Guerre froide et l’intégration accélérée de la Chine dans le capitalisme mondial dans les années 1990 ont en effet entraîné le pays dans un processus de changement social dont l’exigence ultime était l’application des principes du marché à tous les aspects de la vie sociale, ce qui s’est manifesté en particulier par le choc et la destruction que la rationalité économique a infligés aux traditions [1] », déjà très ébranlées par une décennie de Révolution culturelle.

Dans ce processus de mondialisation et d’uniformisation culturels, des auteurs comme Chen Qiufan ou Xia Jia tentent quant à eux de retourner au local et au folklore. La Chine et ses avatars culturels, religieux et mythologiques, y sont donc bien plus visibles que dans les œuvres de Liu Cixin, dont la nationalité ou la langue des personnages est rarement déterminante. Par contraste, les frictions, les collisions et les fusions entre technologie et religion sont récurrentes dans les œuvres de Chen Qiu Fan et de Xia Jia (comme en attestent « Six histoires de la Fête du Printemps de 2044 » de Xia Jia ou L’île de silicium, de Chen Qiufan).

En cela, la génération d’auteurs de SF chinois née dans les années 1980 partage une partie des préoccupations de certains auteurs américains de SF afro ou asio-descendants : enrichir une science-fiction traditionnellement eurocentrée d’images et de codes culturels non-occidentaux. Ainsi Xia Jia tente-t-elle d’esquisser ce que serait une science-fiction aux caractéristiques « chinoises », la rapprochant par exemple des histoires de fantômes classiques [2].

Enfin, si la génération des auteurs nés dans les années 1980 se fait plus directement critique des inégalités sociales en Chine, c’est certes peut-être parce que ses représentants sont plus engagés que ne l’est Liu Cixin, mais aussi et surtout parce que leur focalisation n’est pas la même : si Liu Cixin est devenu l’un des héros (malgré lui ?) du soft power chinois actuel, ce n’est pas parce que le politique est absent de ses œuvres, mais parce que le contexte spatio-temporel de ses intrigues est plus flou et/ou plus lointain, historiquement et géographiquement. À l’opposé – et quand l’appareil de censure le leur permet – des auteurs comme Chen Qiufan, Hao Jingfang et Xia Jia situent plus volontiers leurs histoires dans des contextes sociaux et géographiques plus marqués.

Même si Liu Cixin demeure sans conteste la figure la plus médiatique de la scène contemporaine de la SF chinoise, les auteurs de la génération des « post-80 » ne sont toutefois pas boudés par la société civile et multiplient les projets en partenariat avec le monde technologique et industriel. L’exemple le plus parlant est peut-être l’ouvrage I.A 2042 – Dix scénarios pour notre futur, co-écrit par Chen Qiufan avec Kai-fu Lee, ancien président de Google China et pionnier des recherches sur l’intelligence artificielle.

Autre phénomène important témoignant encore un peu plus du caractère transmédiatique de la SF chinoise contemporaine, la « cyber-littérature » (littérature produite sur et pour le web) représente une proportion non négligeable de la production littéraire actuelle et touche un lectorat sans doute bien plus conséquent que celui des récits de science-fiction publiés sous forme imprimée. Au-delà du succès commercial et populaire de ces plateformes regroupant des centaines de milliers d’œuvres (!), ce sont aussi les habitudes de lecture, d’écriture et de publication qui se retrouvent bouleversées par ces nouvelles pratiques, qui renforcent notamment l’importance de la participation des lecteurs et des interactions entre plusieurs médias.

Mais comme pour la littérature plus traditionnelle, la cyberlittérature est elle aussi sévèrement soumise au contrôle des censeurs. Comme j’avais l’occasion de l’écrire ailleurs, « le moment où le régime chinois s’intéresse le plus à sa science-fiction est peut-être aussi le moment où elle désire le plus garder la main sur son futur. Malgré l’intérêt manifesté pour le genre, la censure fait toujours rage et, comme on le sait, le régime se durcit depuis l’arrivée de Xi Jinping au pouvoir en 2012. Il y a bien sûr de quoi se réjouir de la curiosité éprouvée à la fois en Chine et ailleurs pour la science-fiction chinoise, tout en gardant à l’esprit que plus la politique s’intéresse à la littérature, plus celle-ci est exposée… » [3]

C’est peut-être en ce sens qu’un auteur comme Chen Qiufan appelle de ses vœux un nouvel élan pour la SF chinoise, non pas tant pour saper l’héritage d’un auteur essentiel, mais pour (re)faire de la science-fiction un moyen de faire bouger les lignes et d’accompagner le changement social.


[1] Xia Jia, “What Makes Chinese Science Fiction Chinese?”, tr. Ken Liu, Tor, https://www.tor.com/2014/07/22/what-makes-chinese-science-fiction-chinese/.

[2] Voir référence précédente. On mesure à la lecture de cet article toute la difficulté éprouvée par Xia Jia de donner ne serait-ce qu’une ébauche de ce que serait une science-fiction « chinoise », car toute tentative de définir par une littérature par des traits culturels et nationaux est voué à la généralisation excessive…

[3] Gwennaël Gaffric, « Histoire et enjeux de la science-fiction sinophone », Monde chinois, vol.3, n°51-52, 2017 , p.12-13. Pour les lectrices et les lecteurs qui souhaiteraient en savoir un peu plus, je renvoie à ce numéro spécial de la revue le Monde chinois et au numéro spécial sur la SF en Asie de l’Est de la revue Res Futurae : https://journals.openedition.org/resf/759.


L’île de Silicium – Chen Qiufan – Rivages – 12 octobre 2022 – traduction de Gwennaël Gaffric – 448 pages.

l-ile-de-silicium

renaudorion

  •  

« SF post-eganienne»… de quoi parle-t-on ?

L’auteur canadien Rich Larson est publié en France par les éditions Le Bélial’ qui aiment le présenter comme « le fer de lance d’une SF post-eganienne ». L’expression a provoqué chez quelques lecteurs un haussement de sourcil et une certaine incompréhension. Une réaction couramment lue ici et là a été « je ne vois rien de Greg Egan chez cet auteur !». C’est la source du quiproquo. Lorsqu’on parle de SF post-eganienne, on ne sous-entend pas par là que l’œuvre ainsi qualifiée copie ou même s’inspire de la rigueur du pape de la hard-SF Greg Egan, mais qu’elle s’inscrit dans un courant de la science-fiction qui dérive historiquement et philosophiquement de l’approche initiée par l’auteur australien dans les années 90.

Pour définir ce qu’est la SF post-eganienne, il nous faut donc observer comment historiquement différents mouvements s’articulent les uns par rapport aux autres et considérer les courants sous un angle ‘phylogénétique’. C’est ce que je me propose de faire dans cet article, de manière extrêmement succincte, car les liens réels qui sous-tendent l’émergence des courants sont complexes et seul un travail de recherche de niveau universitaire serait à même de traiter le sujet en profondeur et dans sa diversité. Et si l’on veut parler de Greg Egan, il nous faut évidemment parler d’abord de hard-SF.

Très brièvement, la hard-SF est un courant de la science-fiction dans lequel les technologies décrites doivent être compatibles avec l’état des connaissances scientifiques du moment. Il a connu son essor durant l’Âge d’or de la science-fiction aux Etats-Unis, notamment sous l’influence de l’éditeur John W. Campbell qui, dès lors qu’il eut la direction du magazine Astounding, exigea des auteurs qu’il publiait une précision scientifique poussée dans leurs écrits (tout du moins avant qu’il ne s’intéresse aux pseudo-sciences). Les  auteurs les plus reconnus du premier âge de la hard-SF, Isaac Asimov, Robert A. Heinlein, et Arthur C. Clarke, possèdent tous une formation scientifique. La hard-SF s’intéresse alors principalement aux sciences dites dures. Mais si les progrès scientifiques et technologiques, souvent considérés de manière positive, sont au cœur de la construction du genre, ils sont souvent des outils et non véritablement le sujet des récits. Le remarquable Rendez-vous avec Rama d’Arthur C. Clarke (1973), qui est un des piliers du genre, est avant tout un roman d’aventure enrichi de faits scientifiques, dans lequel la démarche scientifique est l’outil de résolution d’un problème. Des auteurs comme Alastair Reynolds (L’espace de la révélation, House of Suns), et Andy Weir (Seul sur Mars, Projet dernière chance), par exemple, sont les héritiers directs à notre époque d’Arthur C. Clarke.

La hard-SF 1.0 associée à l’Âge d’or et à des penchants politiques conservateurs s’étiole toutefois progressivement dans les années 60 lorsqu’en réaction un nouveau courant, la New Wave, apparaît. (Le terme hard-SF est en fait lui-même inventé en 1957 pour qualifier une catégorie des textes de SF face au nouveau courant émergent.) La New Wave of science-fiction s’inspire du post-modernisme et s’éloigne des sciences dures pour se tourner vers la psychologie et les sciences sociales, tout en mettant l’accent sur l’expérimentation littéraire. (À ce propos, Robert Louit, traducteur de J.G. Balard et de Philip K. Dick, disait de la spéculative-fiction de ces deux auteurs qu’elle « penchait plutôt du côté de Freud que d’Einstein ».) De nature plus politique, proche des contrecultures des années 60 et 70, la New Wave va directement inspirer la naissance d’un nouveau genre au début des années 80 : le cyberpunk.

Le cyberpunk nait véritablement en tant que courant littéraire avec la publication du Neuromancien de William Gibson en 1984. Il s’agit alors d’une SF dystopique qui s’intéresse essentiellement à la culture underground et à l’effondrement politique et économique des sociétés futuristes ultracapitalistes dans un avenir à court terme. Bien que très éloigné des préoccupations de la hard-SF, le cyberpunk va toutefois produire une révolution dans le genre en plaçant l’informatique, les réseaux, le cyberespace, les implants et le transhumanisme au centre des préoccupations. Les sous-genres dérivés tels que le biopunk ou le nanopunk vont prolonger l’œuvre à d’autres sciences.

Au même moment, l’éditeur britannique David Pringle lance un appel dans le magazine Interzone à créer une nouvelle hard-SF radicale qui s’intéresserait autant à la physique qu’à la biologie et à la sociologie, et aux conséquences des développements scientifiques et technologiques sur l’humain. Cet appel est à l’origine du renouveau de la hard-SF dans les années 90 dont Greg Egan n’a pas tardé à devenir le principal artisan.

Greg Egan est lui-même un enfant du cyberpunk. Ou, plus précisément, il s’inscrit dans un héritage « post-cyberpunk » (je mets ici des guillemets car le post-cyberpunk est aussi le nom d’un sous-genre auquel Greg Egan n’appartient pas). Il publie son premier roman de science-fiction en 1992 sous le titre Quarantine (Isolation,2000). Quarantine est un roman cyberpunk, mais Egan y ajoute un twist quantique. Le développement de la SF eganienne se fait dans un premier temps essentiellement à travers les nouvelles qu’il publie dans le magazine Interzone. Greg Egan est avant tout un moraliste. Ses préoccupations sont la science et son éthique, en tant que sujet, et les conséquences des nouvelles technologies sur l’humain et son identité. Un parfait exemple est le roman La Cité des permutants qui, à partir d’une thématique cyberpunk, la numérisation des consciences, pousse la logique à son terme et examine la notion même de conscience et d’identité. Greg Egan va s’intéresser par la suite tout autant à la physique et à l’informatique qu’à la biologie et la sociologie. (Il faudrait ici faire une étude détaillée des œuvres de Greg Egan. Cela a été fait en grande partie dans l’essai Greg Egan de Karen Burham publié en 2014, et dont l’esprit de cet article est inspiré.) Pour paraphraser la troisième loi d’Arthur C. Clarke, on peut dire que toute technologie suffisamment avancée devient une nouvelle de Greg Egan.

Tout ceci nous amène à aujourd’hui. Si Greg Egan se distingue par une approche extrêmement poussée envers les sciences et l’exactitude mathématique, au point d’être parfois considéré comme illisible, plus souvent par les critiques que par les lecteurs, ce n’est généralement pas le propos des auteurs ‘post-eganiens’. Ceux-ci ne reviennent pas sur les démonstrations, qu’ils prennent pour acquises, mais retiennent de l’œuvre d’Egan une forte crédibilité scientifique, un positionnement hard-SF en opposition avec des formes littéraires plus libres au sein de la science-fiction, une partie de l’héritage cyberpunk, et l’approche moraliste de l’auteur pour examiner d’un point de vue éthique les enjeux des nouvelles technologies pour l’humain à plus ou moins long terme. Il s’agit donc pour eux de mettre leurs personnages face à des situations générées par l’émergence d’une technologie disruptive, mais compatible avec les connaissances actuelles, et d’en extrapoler à hauteur d’homme, en tant qu’individu, les conséquences, parfois dramatiques. La technologie n’y est pas seulement un gadget ou une solution à un problème, mais un sujet de discussion. C’est en cela qu’on peut qualifier la science-fiction écrite par Rich Larson ou Ray Nayler, et en France par Audrey Pleynet, de science-fiction post-eganienne.

PS : cet article a reçu des critiques de la part de certains spécialistes du domaine. Je répète donc ce que je disais en introduction : il ne s’agit pas ici de fournir un texte ouvrant sur une thèse universitaire, mais d’expliquer très brièvement un terme employé par un éditeur. J’ai bien conscience qu’il manque de précision, regorge de raccourcis, et ne propose aucune thèse révolutionnaire ni ne fait preuve de grande originalité. Ce n’est pas le but.

renaudorion

  •  

Journal d’une révision de traduction : Un Feu sur l’abîme de Vernor Vinge

Je me souviens, c’était un lundi. Camille Racine, éditrice responsable de la collection Ailleurs et Demain chez Robert Laffont, nous faisait part des projets de rééditions pour l’année 2022. Au programme, Hypérion de Dan Simmons en version reliée collector (sortie le 22 septembre) et Un feu sur l’abîme de Vernor Vinge qui doit paraître le 13 octobre. Puisque qu’avec mon partenaire de crime Fabien Le Roy nous avions réalisé la révision de l’ensemble du cycle de Dune de Frank Herbert, Camille a souhaité nous consulter sur la nécessité ou non de réviser les traductions de ces deux textes. Il nous est rapidement apparu qu’il n’y avait aucun besoin de toucher à celle d’Hypérion. Quant à Un Feu sur l’abîme… Fabien et moi avons décidé d’évaluer indépendamment le prologue du roman et de proposer chacun de notre côté des révisions possibles. Nos deux versions comparées proposaient de nombreuses corrections nécessaires et complémentaires.  Camille a donc pris la décision de nous confier la tâche d’une révision complète du texte. Fabien et moi allions, comme pour le cycle de Dune, à nouveau travailler à quatre mains sur le plus connu des romans de Vernor Vinge. Pourquoi à quatre mains ? Parce l’expérience sur Arrakis nous avait montré que notre approche était complémentaire, moi intervenant plus facilement sur des questions techniques et de terminologie et Fabien sur la tournure des phrases, et que nous apprécions de travailler ensemble, tout simplement.

Je vous propose dans cet article un regard en coulisses pour expliquer comment et pourquoi nous avons révisé cette traduction.

À chaque roman son histoire et les raisons qui ont amené à la révision de Dune puis des cinq autres livres du cycle ont été expliquées ici et . Pourquoi réviser la traduction proposée par Guy Abadia en 1994 pour Un feu sur l’abîme ?  A Fire Upon the Deep (dans la version  originale) a été publié aux Etats-Unis en 1992, un an avant que Vernor Vinge ne publie un article séminal sur la singularité technologique en popularisant le terme : « The Coming Technological Singularity: How to Survive in the Post-Human Era » dans la revue Whole Earth Review (1993). La singularité désigne le moment hypothétique où l’évolution technologique dépassera la capacité humaine à la contrôler, notamment par l’avènement de l’intelligence artificielle. À partir de ce moment, le futur de la civilisation deviendra totalement imprédictible. Un feu sur l’abîme est un roman post-singularité qui imagine un avenir lointain dans lequel l’espèce humaine est très largement dépassée technologiquement par des intelligences artificielles devenues l’égal des dieux. Mais Vernor Vinge y ajoute un twist. Il imagine que le niveau de développement technologique des différentes civilisations peuplant la Galaxie est soumis à la géographie : plus vous êtes éloignés du centre galactique, plus les technologies sont avancées. Plus vous vous en rapprochez, et plus celle-ci deviennent physiquement impossibles. La Voie Lactée se divise ainsi en trois grandes zones : les Profondeurs inconscientes, au plus proche du centre galactique, les Lenteurs et l’En-delà sur le pourtour.

Pour replacer les choses, rappelons-nous que le CERN n’ouvre sa première connexion à internet qu’en 1989, et que le World Wide Web n’est rendu accessible au grand public qu’en 1993. Internet envahi le monde alors que Guy Abadia planche sur la traduction du roman de Vernor Vinge. Si depuis, la terminologie informatique a imprégné la culture mondiale, ce n’était en 1994 pas encore le cas. Il est évidemment question dans Un Feu sur l’abîme d’informatique, de code, d’entités numériques et de réseaux de communication. Ces entités numériques sont issues de codes informatiques extrêmement développés. Vernor Vinge imaginait dès 1992 un réseau de communication à l’échelle de la galaxie, l’équivalent de nos tchats aujourd’hui, et des pages entières du roman sont écrites sous forme de communications sur des réseaux de diffusion communs. (Notons que la même idée avait été proposée à l’identique en 1983 par Vonda McIntyre dans le roman Superluminal.) Il a donc fallu adapter, pour la moderniser et la rendre plus compréhensible aujourd’hui, la terminologie. Un exemple simple : là où Guy Abadia faisait référence à des « recettes » pour parler de code informatique, nous avons choisi de parler d’ « algorithme », plus parlant à notre époque. De même pour « crypte » qui n’a pas de sens dans ce contexte et devient « cryptage » dans la révision. « Communicateur » devient « visiophone ». Nous avons mis à jour très largement tous les termes techniques et ce dans le but de fluidifier la lecture d’un roman très dense en information et très pointu quant aux concepts scientifiques et techniques dont il fait l’usage.

Un Feu sur l’abîme est aussi un space opera, et la terminologie technique ne se limite pas, loin de là, au registre de l’informatique et des réseaux. Elle concerne aussi le voyage spatial et les modes de propulsion des engins spatiaux. C’est d’autant plus important que, comme je l’expliquais précédemment, le niveau de technologie utilisable dans la galaxie dépend de l’endroit où vous vous trouvez. Pour un voyage allant de l’extérieur vers l’intérieur, ce que vont faire les personnages du roman, vous devrez utiliser plusieurs modes de propulsion qui vont du plus avancé au plus primaire, et pour ainsi dire finir à la rame. Vernor Vinge a convoqué dans son roman un peu toute l’histoire de la SF dans ce domaine en faisant appel à différents types de propulsion : le moteur-fusée à propulsion chimique, qui est celui de notre époque, utilisable n’importe où et notamment dans l’atmosphère des planètes, les moteurs torches à fusion nucléaire, introduit par Robert A. Heinlein en 1953 dans la nouvelle Sky Lift et repris depuis de nombreux textes dont Hypérion de Dan Simmons, les statoréacteurs à collecteur Bussard ou ramscoop en anglais (comme chez Larry Niven, Carl Sagan, Poul Anderson, ou encore Alastair Reynolds), et enfin l’hyperpropulsion, solution favorite pour des voyages plus rapides que la lumière en SF. Ces différents termes n’étaient que confusément retranscris dans la traduction originale. Le terme anglais ramscoop, par exemple, n’était tout simplemement pas traduit. Nous avons rétabli le sens en utilisant « statoréacteurs à collecteur Bussard », ou « statoréacteurs Bussard », et encore plus simplement « statoréacteurs ». L’ultradrive de Vernor Vinge était traduit par « ultra-poussée ». Ultradrive est un terme équivalent à hyperdrive, plus souvent utilisé en SF. Nous avons préféré « ultrapropulsion » pour garder la spécificité du roman. De la même manière, « les sarcophages cryotechniques » de Guy Abadia sont devenus des « capsules cryogéniques », terme plus approprié et plus courant de nos jours.

Le même travail a été conduit sur la terminologie propre à différents domaines, dont la navigation maritime (!), et en particulier à la biologie. Le terme « race », incorrect, a été remplacé par « espèce » là où il le fallait. Autre exemple, « Papilles oculaires », a été remplacé par « ocelles ». Un terme particulier posait un problème de traduction. Il s’agit de Brood Kenner qui désigne une technique de sélection des individus pour former des groupes compatibles dans le cadre d’un élevage. Guy Abadia a créé un néologisme qui, pour des raisons d’étymologie, me dérangeait : « mulpathie ». Nous l’avons remplacé par le plus parlant « assemblage sélectif » et désigné ses pratiquants par le terme d’ « assembleurs ».

Un des changements les plus importants à travers le texte a été de mieux caractériser la description d’une espèce extra-terrestre présente dans le roman et nommée les Cavaliers des Skrodes. Il s’agit d’une espèce végétale, qu’on peut voir comme une sorte de bonzaï ornemental qui se déplace sur une planche à roulettes. Abadia avait malencontreusement utilisé les mots « tentacules » et appendices » pour désigner leurs membres, ce qui amenait à se faire une mauvaise représentation de ces créatures originales. Nous avons remplacé ces deux termes par « tiges », « vrilles », « frondes » et « frondaison » afin de mieux représenter les Cavaliers.

Ceci m’amène à évoquer des changements de noms qui nous avons introduits dans cette révision. Le premier concerne un des Cavaliers des Skrodes nommé précédemment « Coquille bleue ». Nous l’avons désormais appelé « Cosse bleue » pour rappeler son origine végétale. (Blueshell en anglais, shell signifiant aussi bien coquille que cosse.). D’autres noms ont été modifiés. Une partie du roman se déroule sur une planète occupée par une civilisation dont les membres sont les Dards. L’un des personnages principaux de cette civilisation est nommé Le Sculpteur (woodcarver). La ville créée par Le Sculpteur est désignée dans la version originale par la forme possessive woodcarver’s. Ne disposant pas de cette option en français, Abadia a utilisé le nom « Le Sculpteur » pour le personnage comme pour la ville, ce qui amenait à une certaine confusion, voire à des contresens. Nous avons opté pour une solution simple, et élégante à mon avis, qui est de garder « Le Sculpteur » pour désigner le personnage et d’adopter « Sculpture » pour la ville. Un autre personnage important de cette civilisation est Le Dépeceur (traduction de Flenser en anglais). Étonnamment, Abadia avait choisi d’utiliser aussi bien « Le Dépeceur » comme titre, et « Flenser » comme nom propre, ce qui introduisait parfois une certaine confusion. Nous avons préféré n’utiliser que « Le Dépeceur ». D’autres noms de civilisations ou groupes de personnes n’étaient pas non plus traduits, notamment dans les communications cryptées sur le réseau. Fabien Le Roy a fait un formidable travail de transcription de la poésie de ces noms. Je vous laisse apprécier le résultat : Twirlip devient « Tourne-bouche » ; Motley Hatch, « Couvée bigarrée » ; Windsong , « Chant-du-vent » ; Shortstop, «  Brefarrêt » ; Debley Down,  « Debley-le-bas », etc. Personnellement, je trouve ça superbe.

En parallèle à ces changements d’ordre technique qu’il est aisé de rapporter dans le cadre de cet article, le texte a largement été remanié, rendu plus clair, fluide et compréhensible. Je ne peux évidemment vous en donner le détail. Un tel compte rendu ferait très exactement la taille du roman. Mais je peux ici encore expliciter un aspect de notre travail. Nous avons porté un soin particulier au niveau de langage utilisé par les différents protagonistes de l’histoire. Le thème principal du roman Un Feu sur l’abîme est d’illustrer de différentes manières la confrontation d’une civilisation donnée à une technologie très avancée et a priori inconcevable. Je pense qu’on peut faire un rapprochement entre le roman de Vernor Vinge, et l’essai Guns, Germs, and Steel publié en 1997 par Jared Diamond, dans lequel le géographe lie le niveau développement des sociétés à leur occupation géographique sur les continents, pour des raisons de ressources essentiellement, et montre les dégâts historiquement induits par la rencontre de niveaux technologiques très différents.

Dans Un Feu sur l’abîme, les civilisations galactiques, dont les humains, sont confrontées à la menace d’une ancienne intelligence artificielle. Deux enfants humains échappent à un massacre et trouvent refuge sur la planète des Dards, proche du centre galactique, et dotée d’un niveau technologique de type médiéval. Cette partie du livre donne au roman une coloration fantasy, bien qu’il s’agisse indéniablement de science-fiction. Les Dards vont ainsi eux-aussi être confrontés à une technologie très avancée, celle des humains. Cette confrontation passe aussi par le langage. Celui des IA n’est pas le même que celui des humains, avec des différences notables entre le langage des enfants et celui des adultes, différent celui des espèces extra-terrestre plus avancées, et plus différent encore de celui des Dards. La traduction originale avait tendance à effacer ces différences, pour faciliter la lecture, alors que la version originale en anglais les marque. Nous avons choisi de retravailler cet aspect pour se rapprocher de la VO et distinguer nettement les capacités de chacun à exprimer certaines idées et manier les concepts technologiques. Je pense que nous y avons réussi. Mais ce sera aux lecteurs, à vous, de le confirmer.


Un Feu sur l’abîme, Venor Vinge. Robert Laffont, collection Ailleurs et Demain. Traduction révisée par L’épaule d’Orion et Fabien Le Roy. Couverture d’Aurélien Police. 672 pages. À paraître le 13 octobre 2022.

« Dans une galaxie où l’évolution technologique et les lois qui la gouvernent dépendent de la place que vous y occupez, il est risqué de s’aventurer en dehors de votre zone.

Lorsque la jeune et ambitieuse civilisation humaine libère accidentellement une ancienne intelligence artificielle, celle-ci – la Perversion – menace l’Univers tout entier.

Sans le savoir, deux adolescents rescapés du naufrage d’un vaisseau détiennent entre leurs mains le salut de millions d’espèces intelligentes. Mais ils échouent sur une planète primitive et ceux qui peuvent leur venir en aide se trouve à des milliers d’années-lumière.

Une terrible course contre la montre s’engage alors… »

un-feu-sur-labime

renaudorion

  •  

[Billet d’humeur] Le livre, ce produit de luxe.

Une fois n’est pas coutume, je m’autorise un billet d’humeur sur ce blog. Dans cet article paru hier dans Actuallité, on apprend que le ministère de la Culture a fixé à 3€ le montant minimum obligatoire pour l’expédition des livres. Ce qui signifie que lorsque vous achèterez un livre en ligne, il vous faudra débourser 3€ supplémentaires. Ce montant sera réduit à 1 centime pour les commandes de plus de 35€. L’intention de cette réglementation, en apparence, est de contrer la concurrence faite aux libraires par les grands acteurs du commerce en ligne. Ceux-ci, jusqu’ici, prenaient en charge les frais d’envoi. Ils n’auront plus à le faire et le coût devra désormais être assuré par le lecteur. De fait, cette règlementation va profiter à ces grands distributeurs. Les plus petits, eux, vont souffrir. Plus encore, les petites maisons d’édition, qui ne bénéficient pas d’une distribution importante en librairie et vendaient leurs livres eux-mêmes directement à leurs lecteurs, vont souffrir. Ainsi que les auteurs. Une fois encore, la loi favorise les grosses structures de diffusion et les grandes maisons d’édition aux dépens des plus modestes. Cela aboutira à une réduction de l’offre accessible aux lecteurs et à une réduction de l’attractivité du livre. Ce dont, à ce moment de son histoire, il se serait bien passé. Non, il n’y aura pas plus de lecteurs dans les librairies. Il y aura juste moins de lecteurs.

La vitrine de la librairie spécialisée Le Nuage vert à Paris, ce matin.

En répercussion de la crise du papier, en cette fin d’année les livres en grand format vont allégrement dépasser la barre symbolique des 25€. Gros lecteur, je n’ai personnellement pas les moyens d’ajouter 3€ à ce prix déjà élevé. Par chance, j’habite en région parisienne et j’ai un accès relativement facile à des librairies spécialisées dans lesquelles je vais pouvoir continuer à commander et acheter des livres. Mais je suis aussi client des services d’achat en ligne. Notamment auprès des maisons d’édition indépendantes dont j’achète les livres via leurs sites, souvent en précommande, dans le but de les soutenir. Je grouperai donc mes achats afin de dépasser le seuil des 35€. Rien de dramatique donc. Mais il y aura tout de même conséquence. Je limiterai désormais les achats compulsifs, auxquels je m’adonnais avec plaisir car ils me fournissaient l’occasion de découvertes heureuses, et qui au final constituaient une partie importante de mes achats. En lieu et place, je privilégierai les achats réfléchis, sages, vers des valeurs sûres et moins aventureuses.

Puisque nous sommes sur un blog, parlons aussi des conséquences sur les chroniques qui seront ici publiées, quand bien même cela est dérisoire. Vous l’avez peut-être noté, je chronique moins de livres en VO depuis quelques temps. Cela est dû aux difficultés d’achat de livres en Angleterre depuis le Brexit. J’ai dû donc revenir au format électronique qui est loin d’être un format que j’apprécie. Moins de livres lus donc. En ce qui concerne les lectures en VF, l’achat groupé auprès des éditeurs introduira mécaniquement un temps de délai entre la parution du livre et sa chronique.  Je ne précommanderai plus, mais j’attendrai quelques mois afin de faire des commandes pour plusieurs ouvrages. Les chroniques seront donc publiées au fil de l’eau, tout aussi régulièrement mais plus tardivement. (Seuls les livres reçus en service-presse, c’est-à-dire ceux publiés par Albin Michel Imaginaire puisqu’il s’agit du seul éditeur dont je reçois régulièrement des SP, pourront encore être chroniqués au moment de leur sortie.)

Voilà. Rien de dramatique, juste un billet d’humeur. Les vrais problèmes sont ailleurs. Keep reading.

renaudorion

  •  

Neil Clarke, récompensé par le prix Hugo

Le weekend dernier, dans la nuit de dimanche à lundi pour nous, a eu lieu à Chicago la remise des Hugo, prix littéraire américain créé en 1953 et considéré comme le plus prestigieux dans le domaine de la science-fiction et de la fantasy. Le prix est attribué dans plusieurs catégories, par vote ouvert aux adhérents de la World Science Fiction Society.

Neil Clarke est un éditeur américain qui a lancé en 2006 le magazine en ligne Clarkesworld. Tous les mois, il publie entre 6 et 8 nouvelles de science-fiction, principalement, et de fantasy, plus occasionnellement, gratuitement accessibles en ligne, avec de plus en plus régulièrement des versions audios des textes. Après avoir été nominé 10 fois dans la catégorie « meilleur éditeur professionnel de format court », en 2012, 2013, 2014, 2016, 2017, 2018, 2019, 2020, 2021 et 2022, Neil Clarke a enfin obtenu le prix cette année. Il était plus que temps.

Vous ne l’avez peut-être pas noté, mais je vous ai parlé de très nombreuses fois de Clarkesworld sur ce blog, à l’occasion de chroniques de nouvelles. Le magazine de Neil Clarke est pour moi ce qui se fait de mieux à l’heure actuelle dans le monde anglosaxon en ce qui concerne la publication de textes courts, et tous les premiers du mois, je lis avidement les nouvelles parutions. La raison est que je considère que la nouvelle, en plus d’être la quintessence du genre, est aussi le laboratoire de la science-fiction. Un magazine comme Clarkesworld est non seulement un précurseur, mais aussi un fort indicateur des tendances du genre. Neil Clarke lui-même déclare dans l’éditorial du numéro de septembre du magazine : « Often, where short fiction goes, the rest of the field eventually follows. » C’est là le cœur des choses et à ce titre, Neil Clarke est l’un des éditeurs le plus influents du genre.

Pour s’en convaincre, il suffit de regarder la liste des auteurs, connus ou inconnus à l’époque,  dont il a publié les nouvelles – dont certaines ont été récompensées par des prix prestigieux comme le Hugo, le Nebula ou encore le Locus –  depuis la création du magazine : Ken Liu, Greg Egan, Rich Larson, Peter Watts, Ray Nayler, Alastair Reynolds, Hannu Rajaniemi, Lavie Tidhar, Sam J. Miller, Catherynne M. Valente, Elizabeth Bear, Jeff Vandermeer, Caitlin R. Kiernan, Mary Robinette Kowal, Yoon Ha Lee, Mike Resnik, Nnedi Okorafor, N.K. Jemisin, Kij Johnson, Aliette de Bodard, Ian McDonald, Vandana Singh, Nancy Kress, Joe Haldeman, Sarah Pinsker, Robert Charles Wilson, Pat Cadigan… et même Ursula Le Guin, et encore tant d’autres.

Neil Clarke est un découvreur de talents, et un faiseur dans le genre. On reproche souvent à la science-fiction américaine d’être refermée sur elle-même, ignorante du reste du monde. Là encore, Neil Clarke s’est imposé comme un précurseur. Il y a quelques années, il déclarait : « l’avenir de la science-fiction est international ». Joignant le geste à la parole, il a très tôt ouvert les pages du magazine à des auteurs venus du monde entier, et Clarkesworld propose très régulièrement des textes d’auteurs chinois, indiens, etc. Neil Clarke est d’ailleurs éditeur d’une anthologie des meilleurs textes de science-fiction chinoise « New Voices in Chinese Science Fiction ».

Bref, si vous vous intéressez à la science-fiction moderne et si vous lisez l’anglais, même un peu, je vous invite à jeter un œil à Clarkesworld.

Couverture de Raja Nandepu pour le numéro de septembre 2022

cw_192_800

renaudorion

  •  

10 autrices incontournables de la science-fiction

Certains d’entre vous peut-être s’en souviennent, il y a deux ans, au mois de Juillet 2020, la blogueuse Nevertwhere lançait à travers la blogosphère un appel, que dis-je, un cri. Faisant le constat que sous l’appellation d’incontournables des littératures de l’imaginaire les médias généralistes proposaient toujours et encore les mêmes titres, le plus souvent des vieilleries totalement déconnectées de la réalité de la production actuelle pourtant riche, Nevertwhere invitait les blogueurs à dresser une liste d’incontournables écrits au XXIe siècle. Cet appel rencontra un vif succès et chacun proposa ses choix. Comme tant d’autres je me suis prêté à l’exercice et l’article né de cette initiative reste à ce jour l’un des plus consultés de ce blog. Cette année, Nevertwhere récidive et nous propose de dresser une liste des autrices de SFFF les plus influentes. Principe : 10 ouvrages ou 10 autrices. Ne doutons pas qu’à nouveau les propositions soient des plus variées.

En ce qui me concerne, ce ne fut pas simple, car il y avait beaucoup de noms d’autrice et de textes à mettre dans une telle liste. Mais il faut faire des choix. Plutôt que tenter de dresser une liste des autrices marquantes, ou influentes, ou incontournables, j’ai choisi de construire une liste basée uniquement sur le plaisir de la lecture, tout en proposant des textes anciens et plus récents. Sans plus de justification que les liens vers les chroniques – car ce qui importe encore une fois c’est le texte et rien que le texte – voici mon choix selon le format une autrice et une œuvre, suivant l’ordre chronologique de publication des textes.

  • Ursula K. Le Guin. Les Dépossédés.

Ursula K. Le Guin est la grande dame de la science-fiction américaine, que ce soit pour ses romans ou ses nouvelles, ou pour son approche de l’écriture. Son influence est incommensurable et sa place dans cette liste était une évidence. Choisir une de ses textes plutôt qu’un autre relève de la gageure. Mais pour moi, ce sera Les Dépossédés, un roman fondamental et politique. Il a été réédité en version collector en 2022 chez Robert Laffont dans la collection Ailleurs et Demain.

Autre grande dame de la science-fiction américaine, Octavia E. Butler a produit une œuvre marquante par la finesse de son écriture et la profondeur de sa pensée. Liens de sang est un livre qui m’a énormément marqué. Il a été réédité dans une traduction révisée en 2021 au Diable Vauvert.

En SF francophone et féministe, le nom d’Elizabeth Vonarburg est incontournable. Son chef d’œuvre est Chroniques du pays des mères. Il a été réédité en 2019 chez Mnemos.

Si vous passez régulièrement sur les pages de ce blog, vous savez mon amour pour la hard-SF. Dans ce domaine, une autrice brille particulièrement, il s’agit de Nancy Kress. Elle a notamment écrit un texte stupéfiant, Shiva dans l’ombre, que l’on trouve en français dans le recueil Danses aériennes publiées en 2017 chez Le Bélial’.

La plus grande plume de la science-fiction française est Catherine Dufour. Et ceci ne souffre aucun débat. Son chef d’oeuvre cyberpunk Le Goût de l’immortalité a été publié en 2005 chez Mnémos, puis repris au Livre de Poche en 2007.

Nouvelle arrivante dans le domaine de la science-fiction, Ada Palmer a foudroyé le monde avec la série Terra Ignota qui s’ouvre avec le roman Too like the Lightning. La traduction française a été publiée à partir de 2019 chez Le Bélial’. Ada rules !

L’univers de Caitlin R. Kiernan est sombre, dérangé, et dérangeant. L’autrice trempe sa plume dans le plus noir des poisons. Ses explorations des thèmes lovecraftien ne laissent personne totalement sain d’esprit après lecture. La traduction de la novella Agents of Dreamland a été publiée en 2020 dans la collection Une Heure-Lumière chez Le Bélial’.

Nouvelle plume en fantasy et fantastique, l’autrice britannique Priya Sharma a déjà reçu plusieurs fois le prix Shirley-Jackson pour ses novella. Ormeshadow a été publié en français en 2021 dans la collection Une Heure-Lumière chez Le Bélial’.

Une découverte récente pour moi, l’autrice britannique Claire North possède un talent d’écriture qui impressionne dès les premières lignes. Le premier volume de sa trilogie La Maison des Jeux vient d’être publié en français dans la collection Une Heure-Lumière chez Le Bélial’.

Audrey Pleynet est certainement l’une des plus prometteuses nouvelles plumes françaises en science-fiction. Publiée dans différentes anthologies et récemment dans la revue Bifrost, sa nouvelle Quelques Gouttes de thé parue dans l’anthologie Revenir de l’avenir en 2020 a remporté le prestigieux prix Rosny Aîné.

autricesincontournablessfff

renaudorion

  •  

Lectures d’avenir – deuxième semestre 2022

En ce début juillet, il est temps de se pencher sur ce qu’on va lire au second semestre à travers quelques repérages dans les sorties à venir. Comme toujours, peu de visibilité côté des éditeurs français, plus côté anglosaxons. Mais ce n’est pas une raison pour s’endormir. Allez, hop !


Juillet

Juillet est le mois pauvre de l’année, donc pas grand-chose à paraitre. Mais tout de même…

Le 8 juillet sort chez ActuSF Summerland d’Hannu Rajaniemi sous une traduction d’Annaïg Houesnard. Il s’agit d’une publication attendue depuis longtemps et j’avais eu l’occasion de vous dire déjà tout le bien que je pense de ce formidable roman lors de sa publication en VO.

Notons aussi la sortie en VO d’Ymir de Rich Larson, mais comme il sortira bientôt en VF chez Le Bélial’, on va patienter un peu…


Août

Le 25 août, sort dans la collection Une Heure-Lumière chez Le Bélial’ La Millième Nuit d’Alastair Reynolds, traduction de Laurent Queyssi. Il s’agit d’une novella qui s’inscrit dans l’univers du roman inédit en français House of Suns. Espérons que l’éditeur poursuive avec la publication de ce roman extraordinaire.

Encore le 25 août, Monsieur Toussaint Louverture nous propose une réédition de La Maison des feuilles de Mark Z. DANIELEWSKI.

Toujours le 25 août, le Bélial’ réédite La Cité des permutants de Greg Egan, sous la traduction de Bernard Sigaud et une couverture d’Aurélien Police.

Le 31 août, la collection Le rayon Imaginaire chez Hachette nous propose la réédition de La Maison aux mille étages de Jan Weiss. (La dernière édition française date de 1974).

À la même date, la collection Albin Michel Imaginaire nous proposera Les Chants de Nüying d’Emilie Querbalec, deuxième roman de l’autrice dans la collection, après le très remarqué Quitter les monts d’Automne.


Septembre

En septembre, le 15, nous verrons la sortie d’un nouveau tome des adaptations de Lovecraft en manga par Gou Tanabe : Les chefs d’œuvre de Lovecraft – Le Molosse.

Le 15 septembre, dans la collection Parallaxe chez Le Bélial’ paraitra Neuro-Science-Fiction de Laurent Vercueil.

En septembre sortira chez Le Bélial’ Ymir de Rich Larson en français, sous une traduction de Pierre-Paul Durastanti.

Le Voleur de Claire North, suite de l’excellent Le Serpent, est annoncé pour le 22 septembre chez Le Bélial’

Le 28, la collection Albin Michel Imaginaire sortira Unity d’Elly Bangs.


Octobre

Le 6 octobre sortira au Diable Vauvert, l’Aube d’Octavia E. Butler, premier tome de la série Xenogenesis. À ne rater sous aucun prétexte.

En octobre, Peut-être les étoiles, cinquième et dernier tome de la série terra Ignota d’Ada Palmer, toujours traduit par Michelle Charrier. Lu en VO pour ma part, c’est énorme !


Novembre et décembre

Peu d’information sur les sorties lointaines.

Le 24 novembre verra la sortie de Children of Memory d’Adrian Tchaikovsky. Il s’agit du troisième volume dans la série Children of Time. Il est attendu avec impatience.

summerland_vf

renaudorion

  •  

Cinq livres de science-fiction ou de fantasy à lire à la plage cet été

Nous sommes enfin en été ! Alors qu’on se remet à peine des canicules précoces ou des violents orages qui leur font suite, il est temps de penser aux vacances et avec elles à l’incontournable question : que lire cette année sur la plage ou à l’ombre des pins, au bord de la piscine en sirotant un mojito ou dans la cave en regardant pousser son blob ? Comme tous les ans, je vous propose une liste de cinq (six en fait) ouvrages de science-fiction ou fantasy publiés cette année, qui me semblent parfaitement convenir comme lectures estivales, afin de s’agiter mais pas trop les neurones. Il y en a pour tous les goûts.


Le Serpent de Claire North et Opexx de Laurent Genefort

Pourquoi ne prendre qu’un livre lorsqu’on peut en emporter deux ? Surtout si ce sont des romans courts. Je vous propose pour commencer la lecture de deux novellas, d’un peu plus de cent pages chacune, d’autant qu’en ce mois de juin court l’opération promotionnelle Une Heure Lumière qui vous permettra pour l’achat de ces deux titres de vous voir offrir le hors-série Des Bêtes fabuleuses de Priya Sharma.

Le Serpent de Claire North : nous sommes à Venise en 1610 et Thene est invitée à rejoindre la Haute Loge de la Maison des jeux, là où les échiquiers sont politiques et où tombent les empires. Cette novella a toutes les qualités d’un grand roman de fantasy. Il s’agit d’une lecture délicieuse pour l’été. Voir la chronique complète.

Le Bélial’, coll. Une Heure-Lumière, trad. Michel Pagel, 160 pages, 10,90€

Opexx de Laurent Genefort. Changement radical de décor avec cette novella qui nous propulse vers des mondes étrangers à travers la galaxie pour suivre un soldat un peu spécial pour des opérations extérieures. La grande réussite du texte de Genefort est qu’il n’est pas du tout ce qu’il semble être de premier abord et propose une jolie réflexion sur l’altérité. Voir la chronique complète.

Le Bélial’, coll. Une heure Lumière, 120 pages, 8,90€


Widjigo – Estelle Faye

Quoi de plus indiqué lors des grandes chaleurs que de s’offrir une petite promenade rafraîchissante. Mais attention au Widjigo. Estelle Faye nous promène dans un récit historique qui sombre rapidement dans l’horreur glaciaire. Parfait pour les longues soirées estivales. Voir la chronique complète.

Albin Michel Imaginaire, 256 pages, 18,90€


Mary Toft ou la reine des lapins – Dexter Palmer

Un autre roman historique qui dérape rapidement vers le bizarre. Mary Toft ou la reine des lapins est un superbe roman, à l’intelligence remarquable, qui, sous le couvert du récit d’un étrange fait divers, propose une réflexion fine sur notre époque et ses travers cognitifs. Voir la chronique complète.

Table ronde, trad. Anne-Sylvie Homassel, 448 pages, 24€


La Nuit du Faune – Romain Lucazeau

Dans ce conte philosophique, c’est une balade à travers l’univers à la rencontre de multiples formes de vies à laquelle nous convie Romain Lucazeau. C’est un roman brillant, qui fait réfléchir. Histoire de ne pas revenir bête de ses vacances. Voir la chronique complète.

Albin Michel Imaginaire, 256 pages, 17,90€


Projet Dernière chance – Andy Weir

Terminons par le plus fun, le dernier roman d’Andy Weir (l’auteur de seul sur Mars) qui revient avec un récit spatial drôle, malin, et fun de bout en bout. C’est l’option mojito de cette liste : Voir la chronique complète.

Bragelonne, trad. Nenad Savic, 480 pages, 22€.


En bonus : je signale aussi la sortie cette année en format poche d’Anatèm de Neal Stephenson. Il s’agit de l’un des romans de science-fiction les plus ambitieux de ces 20 dernières années. Voir la chronique complète.

Le livre de Poche, trad. Jacques Collin, tome 1, 800 pages, 9,40€; Le livre de poche, trad. Jacques Collin, tome 2, 672 pages, 8,90€

img_0060

renaudorion

  •