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Reçu avant avant-hier L'épaule d'Orion

Les Terres closes (Les Maîtres enlumineurs T.3) – Robert Jackson Bennett

20 mai 2023 à 11:32

Chapitre final de la trilogie des maîtres enlumineurs de Robert Jackson Bennett, à la suite de Les Maîtres enlumineurs (2021) et Le Retour du hiérophante (2022),  Les Terres closes est paru chez Albin Michel Imaginaire le 26 avril 2023. Si le deuxième volet accusait quelques longueurs et présentait un ventre mou, il ne s’agissait, comme on le pressentait, que de préparer le terrain à l’ultime envoi, induire le changement d’échelle pour élever les enjeux et, enfin, rejoindre la stratosphère dans Les terres closes. Et si en termes de rythme et de spectacle on n’est pas déçu, si en terme narratif cette conclusion est des plus satisfaisantes, le final de la trilogie dévoile aussi ses fondements et éclaire l’œuvre dans sa totalité.

Terry Pratchett avait avancé que la science-fiction n’était que de la fantasy avec des boulons. C’est une définition avec laquelle je suis évidemment en désaccord. Arthur C. Clarke avait énoncé que toute science suffisamment avancée était indiscernable de la magie. Là, on s’en rapproche un peu plus. Larry Niven avait réenchéri en proposant l’inversion selon laquelle toute magie suffisamment avancée est indiscernable de la science. Nous y sommes. La fantasy que propose Robert Jackson Bennett est une fantasy à boulons, dans laquelle la magie sert d’allégorie à la science et les enluminures aux technologies. De fait, c’est en lisant ce troisième volet que j’ai pleinement réalisé que le propos sous-jacent à la trilogie des Maîtres enlumineurs était ni plus ni moins qu’une alerte sur l’utilisation des nouvelles technologies, alors qu’en y réfléchissant un peu, c’était évident depuis le début. L’originalité de Les Maîtres enlumineurs, unanimement salué par ses lecteurs, a été de fondre en une seule entité littéraire le cyberpunk et la fantasy. Les enluminures magiques y étaient présentées semblables à des lignes de codes, on y parlait à) mots couverts de transhumanisme et de digitalisation des esprits. Mais Robert Jackson Bennett ne s’est pas arrêté à ce simple artifice de projection allégorique, et si on relit le cycle dans sa globalité, on prend conscience que c’est une histoire critique de l’évolution des technologies et de leur utilisation, bonne ou mauvaise, qui est proposée. La série s’ouvrait sur une explication des enluminures à inscrire sur une roue pour la faire tourner et déplacer des charriots dans les rues de la cité de Tevanne. Nous partions donc de la roue, symbole souvent utilisé, « mème » pour utiliser un vocable moderne, de la naissance des technologies humaines. Ces technologies connaissaient une évolution rapide dans Le Retour du hiérophante, et aboutissent aux robots géants, à des navires immenses parcourant les océans, aux appareils volants, aux téléphones portables, aux missiles à tête chercheuse, aux cités dans le ciel et plus encore dans Les Terres closes. Toute une panoplie imaginée par l’auteur et derrière lesquelles, derrière la magie, on devine aisément les équivalents dans notre monde au présent, où dans les tropes propres à la science-fiction.

Se déroulant huit années après Le Retour du hiérophante, la cité de Tevanne a été perdue et les réfugiés se sont regroupés à Giva, une diaspora sans territoire constituée d’une flotte de navires, une société utopie basée sur l’empathie. La technologie du jumelage, développée dans Le Retour du hiérophante, est désormais utilisée pour produire des esprits de ruche. C’est la naissance d’une nouvelle civilisation, rendue possible par l’utilisation de nouvelles technologies. Mais Giva est en guerre contre l’ennemi qui a émergé à la fin de Le Retour du hiérophante. L’ennemi, d’une puissance quasi inimaginable a lui aussi développé ses propres technologies qui, si elles sont d’un niveau plus avancé, ne sont pas très différentes de celles utilisées par Giva. Au centre du roman, se trouve donc cette opposition entre l’utilisation qui est faite des nouvelles technologies d’un côté et de l’autre de la guerre qui oppose deux visions du monde. L’ennemi, que l’on peut voir comme une intelligence bioartificielle, constatant que ce monde qui n’a apporté que mort et souffrance, prône une approche radicale et un reset complet. Giva, évidemment, ne souhaite pas disparaître et croit en une transformation possible, qu’elle met en œuvre. C’est le récit de cette opposition épique que Les Terres closes  raconte en la portant à un niveau rarement atteint. C’est l’affrontement des hommes et des dieux pour la sauvegarde de la création, ni plus ni moins. Et Robert Jackson Bennett ne s’encombre d’aucune retenue pour livrer au lecteur du grand spectacle tout en continuant inlassablement à tresser de multiples allégories et en proposant divers niveaux de lecture. L’auteur n’épargne pas ses personnages, la situation le réclame. Et si la fin est cruelle, elle se veut aussi porteuse d’un immense espoir. Cette fin, d’ailleurs, ultime clin d’œil, est tout ce qu’il a de plus science-fictionesque.

Les Terres closes conclut magistralement le cycle, élucide tant les origines que le parcours, livre une allégorie des plus lucides, et offre au lecteur un spectacle inouï. Une grande réussite.


D’autres avis : Quoi de neuf sur ma pile, Le Nocher des livres, Sometimes a book,


  • Titre : Les Terres Closes
  • Série : Les Maîtres enlumineurs
  • Auteur : Robert Jackson Bennett
  • Publication originale : Locklands, juin 2021 chez Del Rey
  • Publication française : 26 avril 2022, Albin Michel Imaginaire
  • Traduction : Laurent Philibert-Caillat
  • Couverture : Didier Graffet
  • Nombre de pages : 688
  • Support : papier et numérique

Le Retour du Hiérophante (Les Maîtres enlumineurs T.2) – Robert Jackson Bennett

8 mai 2023 à 14:53

Alors que sort Les Terres closes, troisième volume de la trilogie des Maîtres enlumineurs de Robert Jackson Bennett publiée chez Albin Michel Imaginaire et débutée avec le très remarqué Les maîtres enlumineurs, j’ai enfin fini de lire Le Retour du Hiérophante, le deuxième volet de ladite trilogie.  Soit un an et demi après sa sortie. Pourquoi tant de temps ? Vous savez, si vous lisez régulièrement ces pages, le peu d’entrain que j’ai à lire de la fantasy, il faut vraiment m’y pousser, voire me tordre les bras, mais ce n’est pas tout. L’auteur est aussi responsable. Je suis longtemps resté englué dans ce roman qui montre tous les défauts qui souvent affectent les tomes 2 des trilogies, à quelques exceptions près. Ceux-ci font figure de roman de transition, entre un lancement tonitruant et un final explosif, et ont la délicate mission de porter un changement d’échelle et une redéfinition des enjeux. Nous sommes dans un schéma classique avec un arc narratif qui voit les héros être testés avant qu’ils ne se révèlent… plus tard. Bref, le ventre mou, quasi inévitable, c’est là qu’il loge.

Les Maîtres enlumineurs avait posé le monde et les personnages. Le roman de Jackson Bennett se distinguait par une fantasy qui puisait de manière totalement assumée dans les thématiques du cyberpunk, et proposait un système de magie directement inspiré des algorithmes informatiques. (Notons que le français Alexis Flamand avait déjà proposé un système similaire dans le Cycle d’Alamänder.). De ce système, l’auteur explore toutes les possibilités en filant la métaphore. Et c’est ce qui fait en grande partie l’intérêt de la série des Maîtres enlumineurs. Pour le reste, le scénario est classique et suit les aventures d’un petit groupe d’aventuriers aux talents multiples qu’ils utilisent pour monter cambriolages et autres arnaques contre les puissantes maisons commerciales qui dirigent la cité de Tevanne, avec pour vague espoir de faire tomber le système.

 L’action dans Le Retour du Hiérophante se déroule trois ans après Les Maîtres enlumineurs. La Maison Candiano est tombée et ses territoires ont été récupérés par la maison concurrente, les Michiel. Sancia, Orso, Bérénice et Gregor ont fondé leur propre startup, Interfonderies, installée dans les Communs (Commons an anglais, le nom jouant avec le terme Creative Commons). À la manière des logiciels libres, Sancia et sa bande propose une alternative à la magie copyrightée et marchande en constituant d’une bibliothèque partagée pour combattre les grands groupes. Autour d’eux, tout un ensemble de micro-entreprises indépendantes se développe dans le quartier. À ce niveau tout comme à d’autres, Robert Jackson Bennett pousse plus loin encore le parallèle entre magie et monde de l’informatique.  Le roman débute par une longue introduction dans la ligne droite du premier volet et, de manière très classique là encore, fait le récit d’un casse organisé par la petite bande contre une des maisons majeures de Tevanne. Mais bientôt, un problème d’une toute autre envergure se pose, à savoir le retour d’un mythe, d’une légende, d’un dieu, le premier des Hiérophantes. Crasedes Magnus, mort depuis longtemps, a été ramené à la vie et se dirige vers la cité. Et lui, qui a fait tomber plus d’un empire, ne vient pas là pour faire des emplettes.

« On parle d’enluminer le temps, l’une des plus puissantes permissions de toute la réalité, pas de voler la recette du ris de veau. »

Cresades a tout du méchant archétype, voire caricatural. Il a des raisons personnelles, et qui seront expliquées, d’en vouloir au monde tel qu’il existe et a décidé de le changer, quelles qu’en soient les dommages occasionnés, pour en faire un monde « meilleur ».  Le Retour du Hiérophante est le récit de l’affrontement épique entre lui et le groupe de Sancia. Car pour faire monter les enjeux et mener la magie à des niveaux stratosphériques, il faut faire étalage des immenses pouvoirs de Crasedes qui manipule la fabrique de la réalité et même du temps, jusqu’à la démesure. Traduction pour les joueurs d’AD&D : nous ne sommes plus dans la catégorie Gros Bill, nous sommes passés directement au Legends & Lore. Face à ce déchargement de magie, le groupe de Sancia tourne en rond, impuissant. Et c’est là que l’histoire s’englue. L’essentiel du livre est consacré à des discussions sans fin et des actions préparatoires à la rencontre ultime qui rappellent les phases quelque peu ennuyantes des campagnes de JdR qui tire en longueur. Il faudra attendre les derniers chapitres pour retrouver un rythme qui appelle à tourner les pages et faire évoluer une situation restée longtemps bloquée. Le fait est que la fin change beaucoup de choses. Et si Crasedes aime à répéter pendant tout le livre qu’on trouve toujours plus puissant que soi, tous découvrent qu’on trouve aussi toujours plus méchant.

Ce deuxième tome accuse donc un coup de mou, connait des longueurs, mais il fallait en passer par là pour redistribuer les cartes et atteindre le troisième volet, Les Terres Closes, dont il se dit qu’il est bien. Ce sera une lecture prochaine.


D’autres avis : Apophis (sur la VO), Quoi de neuf sur ma pile, les lectures du Maki, L’imaginarium électrique, Le Nocher des livres, La bibliothèque d’Aelinel, Au Pays des Cave Trolls, Les Chroniques du Chroniqueur, L’ours Inculte, et plein d’autres.


  • Titre : Le Retour du Hiérophante
  • Série : Les Maîtres enlumineurs
  • Auteur : Robert Jackson Bennett
  • Publication originale : Shorefall, 21 avril 2020 chez Del Rey
  • Publication française : 1 octobre 2021, Albin Michel Imaginaire
  • Traduction : Laurent Philibert-Caillat
  • Couverture : Didier Graffet
  • Nombre de pages : 603
  • Support : papier et numérique

Vie contre vie, histoire de la souffrance 2 – Tristan Garcia

28 avril 2023 à 13:55

En janvier 2019, Tristan Garcia publiait le premier volume d’une fresque ambitieuse, une Histoire de la souffrance, avec Âme dont je vous parlais sur ces pages très récemment. Le 30 mars dernier, sortait le second volet, Vie contre vie. J’avais trouvé Âme époustouflant, à la fois viscéral et érudit. Il y soufflait une liberté littéraire jusque dans la violence qu’il mettait à nu. Si Vie contre vie prend la suite, ce deuxième mouvement s’avère très différent, tout en s’inscrivant dans une évidente continuation. Dans le premier, le récit était celui de la souffrance subie par des personnages martyrs dont on suivait les multiples incarnations à travers les siècles. Vie contre vie marque le temps de la rébellion, celui où l’humanité, dont c’est ici l’histoire somme toute qui est contée, cherche et se donne les moyens de lutter contre la souffrance, allant s’opposer à ses propres traditions et modes de pensée. C’est le temps de l’émergence des idées, de la science.

Les liens qui tendent la fresque sont plus franchement dessinés que dans Âme, et qui tiennent entre elles les histoires, et les siècles, sont multiples et s’étendent à travers les strates qui forment la continuité entre le récit et l’Histoire. Le fil directeur est la médecine, ainsi que les différentes formes qu’elle a pu prendre à ses balbutiements. Vie contre vie en fait le récit depuis l’an 1010 où Muhammad le chirurgien imagine en Andalousie (Al-Andalus) l’anesthésie qui libérera les patients de la souffrance. Ce ne sont que les prémices de ce qui deviendra la médecine moderne des siècles plus tard mais ses idées rejoignent et complètent  Al-Tasrif, le traité de chirurgie d’Abu al-Qasim. Les hommes passent mais les écrits restent et celui-ci passera de main en main, maintes fois recopié et traduit, à travers les siècles, accompagnant les chapitres et les personnages que Tristan Garcia compose brillamment. Ce sont neufs récits, de l’Andalousie au début du XIe siècle jusqu’à l’Angleterre du XVIIIe siècle où, à la Lunar Society de Birmingham, la chimie, toute jeune pratique scientifique, nourrit une nouvelle fois le rêve de vaincre la souffrance. Neufs récits où l’on croise en 1168, à Jérusalem, Guillaume de Tyr, précepteur du jeune Baudouin, qui découvre la maladie de son pupille qui deviendra roi ; Kekmet le traducteur et Uyi le bourreau qui accompagnent à travers l’empire mongol un nouveau-né, réincarnation de Gengis Khan ; Eliška, jeune apprentie sorcière jetée au fond d’un puits en Bohème, en 1298, dans le formidable chapitre Hexen (morceau de bravoure littéraire de la première à la dernière ligne).

Et son âme, s’il en a une, est ici.
Je la veux.
[…]
« Où est passée ton âme ? »
Et je la vis.
[…]
Gourmande, j’ouvris la bouche pour la lui gober.
[…]
Elle n’avait pas bon goût : elle était fade, hélas, et je fus déçue, une fois de plus.

En 1312, dans l’empire Manden (Mali), on lit une succession de contes dont les personnages sont un baobab, un criquet, un ver, un âne, un poisson, un oiseau puis un jeune homme sensible qui devint roi et partit vivre le rêve d’un autre. En 1520, au Mexique, on apprend l’histoire de la princesse aztèque Xhotic et de son ennemie espagnole Dolores. Nous allons deux fois au Brésil, entre les XVII et XVIIIe siècle sur les pas des esclaves africains. Et enfin à Birmingham.

Dans Âme, Tristan Garcia réinterprétait les contes et les mythes, dans Vie contre vie, il revisite l’histoire. Profitant de la relativité des récits moyenâgeux, imprégnés de croyances et de superstitions, il en joue, invente, jusqu’à s’immerger dans la fantasy. Le sujet est propice au mélange des genres, on y croise des sorcières, de la magie, des possessions et toujours l’ombre des dieux qui font tant défaut aux hommes que ces derniers n’y croient plus et s’en détournent pour aller chercher la rédemption ailleurs. Vie contre vie fait le récit du progrès en mouvement, cherche l’espoir dans la connaissance, dresse une cartographie des idées et en démontre la continuité. Il fait parler les hommes, les plantes, les animaux. Il fait parler la vie. Les fils s’entremêlent et le récit acquiert en complexité et en densité. J’avais trouvé Âme époustouflant, Vie contre vie est encore plus impressionnant. L’écriture est magnifique et l’auteur livre, pages après pages, des moments de littérature saisissants. Extraordinaire.

Le dernier texte ouvre l’avenir à la chimie, à l’électricité et aux machines. Ce n’est qu’un début. Le troisième volume est attendu avec impatience.


D’autres avis : Gromovar,


  • Titre : Vie contre vie
  • Série : Histoire de la souffrance (2/3)
  • Auteur : Tristan Garcia
  • Edition : Gallimard, 30 mars 2023
  • Nombre de pages : 704
  • Support : papier et numérique

Noon – La Première ou dernière – L.L. Kloetzer

13 avril 2023 à 11:35

C’était l’an dernier que sortait Noon du Soleil noir, roman de fantasy, sword and sorcery dit-on dans les cercles érudits, hommage au cycle des épées de Fritz Leiber, écrit à quatre mains par les Kloetzer, Laure et Laurent. Ces deux là jouaient sur la corde nostalgique de nos adolescences et séduisaient avec ce premier roman qui, sans rien laisser en suspens, promettait du bout de l’épée une suite aux aventures du duo Noon-Yors dans la Cité de la toge noire, une Lankhmar revisitée. On ne badine pas avec les promesses de magicien, surtout faites sous des cieux noirs, et le 30 mars de chez nous est sorti un second volet aux éditions le Bélial’ sous le titre La première ou la dernière.

Revendiquant son héritage de façon transparente, le premier tome s’en éloignait aussi rapidement pour tracer sa propre voie et donner corps à ses personnages principaux. Le tandem Noon le sorcier et Yors le guerrier fonctionnait parfaitement, à la manière de Holmes et Watson, notamment grâce à un choix narratif rendant le récit par la voix de Yors, héros vieillissant et terre à terre, qui apportait au lecteur à la fois son ignorance à l’endroit des arcanes et sa connaissance de la Cité, ainsi que la franchise et l’humour nécessaires à suspendre l’incrédulité face à un Noon mystérieux et clairement éloigné de notre monde.

« Les maîtres des ombres ne sont pas du matin. »

Ce deuxième volet ne change pas la recette qui s’avère toujours aussi pertinente, d’autant que les choses se compliquent. Les Kloetzer saisissent l’opportunité d’un deuxième ouvrage pour mener le cycle – puisqu’on peut désormais parler d’un cycle, si l’on prend à la lettre la promesse à nouveau faite d’une suite à la suite (c’est même dit dans les remerciements) – vers des horizons plus élevés et, sous l’impulsion créatrice des deux L., les enjeux s’envolent. Il est désormais question de complots politiques, de mensonges et d’assassinats. Dans une course au pouvoir au sein de la Cité de la toge noire, des protagonistes inconscients et peu scrupuleux jouent avec des forces qui les dépassent et mettent en branle une série d’événements aussi peu perceptibles aux yeux des profanes que lourds de conséquences pour la cité. Des vies seront perdues et d’autres changées à jamais. Il faudra les talents de Noon pour sauver la ville et sa population au bord du cataclysme. Le mécanisme du duo tourne maintenant à plein régime. Noon et Yors se complémentent pour reposer plus que jamais l’un sur l’autre. Le mystère autour de Noon ne fait que grandir, inquiète, et sa nature profonde, sous le regard bienveillant mais non moins déconcerté de Yors, se révèle toujours plus étrangère à notre monde. Qui est donc vraiment Noon ?

Pour en savoir plus, il faudra attendre le troisième volet, et il est certain que nous serons au rendez-vous. L.L. Kloetzer nous offrent là encore un roman de fantasy classique mais généreux, ludique et ample. Pour parfaire le tout, un Nicolas fructus en très grande forme illustre l’ouvrage de très nombreux dessins, bien plus que dans le premier volume, et régale les yeux du lecteur. C’est superbe.


D’autres avis : Gromovar, Lorhkan, Ombrebones, Au Pays des Cave Trolls,


  • Titre : La première ou dernière
  • Série : Noon
  • Auteurs : L.L. Kloetzer
  • Illustrations : Nicolas Fructus
  • Publication : 30 mars 2023, Le Bélial’
  • Nombre de pages : 416
  • Support : papier et numérique

Le Maître – Claire North

14 janvier 2023 à 11:27

Accompagnés de la voix d’un mystérieux narrateur, nous étions à Venise en 1610 et nous suivions Thene dans Le Serpent. Puis nous fumes à Bangkok en 1938 et nous suivions Burke dans Le Voleur. À la fin de ce deuxième tome de la trilogie de La Maison des jeux, Claire North nous dévoilait le Grand Jeu qui se jouerait, celui où La Maîtresse des Jeux se verrait devoir défendre son titre. Nous sommes désormais ici et maintenant, et l’échiquier est le monde. Le Maître conclut la trilogie. Il sort le 19 janvier dans la collection Une Heure Lumière chez Le Bélial’.

Une ville, un pays, la planète, à chaque tour l’enjeu croit. Les volumes précédents ont fait monter les enchères, révélant qu’une partie toujours plus vaste se jouait en arrière-plan et Claire North disséminait discrètement des indices qui s’assemblent dans Le Maître. La partie d’échec finale se devait donc d’être à la hauteur. Il y a toutefois un danger à faire se reposer une série sur la promesse d’un toujours plus grand, toujours plus fort. C’est celui de la surenchère absurde au point d’y perdre la crédibilité du récit. Et dans Le Maître, surenchère il y a. Inévitablement. Claire North ne pouvait faire autrement dans une trilogie où, depuis les premières pages, elle nous dit que des royaumes se jouent aux tables de sa mystérieuse Maison des jeux.

« Des gouvernements chutent et des économies déclinent. Des banques s’effondrent, des ordinateurs tombent en panne, des militaires se rebellent, des frontières se ferment, des contrats partent à vau-l’eau, des oléoducs s’assèchent, des satellites brûlent, des hommes meurent, le monde tourne et la partie continue. »

La crainte du dérapage dans la folie des grandeurs a habité les premiers instants de ma lecture de ce troisième tome tant attendu, je dois bien l’avouer. Mais Claire North sait ce qu’elle fait et elle assume son récit, en se montrant subtile dans la démesure. Elle joue complètement de la surenchère promise et ne montre aucune retenue dans la débauche de moyens qu’elle jette dans le Grand Jeu. Les sommes dépensées de part et d’autre par les deux adversaires sont sidérantes. Le nombre d’hommes sacrifiés l’est encore plus. Des armées s’affrontent aussi bien sur terre que dans les airs. Des ministres tombent, des généraux meurent, les mafias et les assassins s’écharpent, et les services secrets ou de police s’enflamment. À ce point d’absurde que rapidement on le dépasse, comprenant que ni l’enjeu de la partie qui se joue ni celui du roman n’est véritablement là. Le Grand jeu ne connait pas de raison autre que la sienne propre.

Ainsi, Argent, ce personnage qu’on devinait être le narrateur depuis le début se dévoile et affronte La Maîtresse des Jeux pour gagner La Maison, et à travers elle les rênes de la destinée du monde. Pour gagner, il faut abattre l’autre, tout simplement. Les adversaires n’ont que deux choix pour mener cette partie. Se cacher ou courir. La Maîtresse, dont les moyens sont infiniment supérieurs choisit la première option, tandis qu’Argent n’en a d’autre que courir. Narrateur jusqu’au bout, c’est le récit d’Argent à la première personne que l’on suit alors qu’il s’échappe et parcourt le monde dans une fuite sans fin, évitant de près la mort à chaque étape. Préparé depuis des siècles, le Grand Jeu va durer une dizaine d’années. Autant de destructions, de pertes de vie car l’histoire du monde ne saurait s’écrire autrement que dans la violence jusqu’à ce que sur l’échiquier, où tout et tout le monde est un pion à jouer, le roi tombe.

Le Maître est une conclusion pour le moins explosive et grandiose à la trilogie. On y retrouve les personnages croisés précédemment, chacun à un rôle à jouer, et toutes les pièces s’assemblent. Tel un joueur d’échec stratège et patient, Claire North a savamment construit son récit depuis Le Serpent. La partie mise en scène est un prétexte à dénuder l’humanité et le fonctionnement du monde pris dans la dynamique brutale des contraires qu’ils soient politiques, philosophiques, économiques ou simplement humains. La logique affronte les émotions et l’intellect les sentiments. Qui écrira l’Histoire est affaire de choix personnel,… ou de hasard. On ne pouvait écrire mieux pour terminer là une trilogie enthousiasmante tant par sa construction que dans son écriture. Avec La Maison des jeux, Claire North nous offre une grande histoire nourrie par un regard acerbe et cruel sur le monde et l’humanité. Une très belle réussite.


D’autres avis : Yuyine, Au Pays des Cave Trolls, l’Albédo,


  • Titre : Le Maître
  • Autrice : Claire North
  • Série : La Maison des Jeux
  • Traduction : Michel Pagel
  • Illustration : Aurélien Police
  • Publication : 19 janvier 2023, coll. Une Heure-Lumière, Le Bélial’
  • Nombre de pages : 160
  • Support : papier et numérique

renaudorion

Léopard noir, loup rouge – Marlon James

8 octobre 2022 à 11:42

Le 28 septembre, Albin Michel a publié, hors collection de genre, un roman d’une absolue radicalité. Ce roman est Léopard noir, loup rouge de l’auteur jamaïcain Marlon James qui a reçu le prix locus du meilleur roman d’horreur en 2020. Il s’agit d’un roman de fantasy dont le cadre est une Afrique imaginaire que quelques indices d’ordre géographique, culturel et religieux identifient clairement comme le continent que l’on connait, une Afrique moyenâgeuse comme on parlerait d’une Europe moyenâgeuse pour désigner la fantasy classique et blanche qui voit des chevaliers combattre des dragons. Cette Afrique imaginaire est peuplée de créatures extraordinaires, de pouvoirs magiques, de sorciers et de guerriers, de croyances et de mythes. L’Afrique, continent générateur de fantasmes, a depuis longtemps été le cadre fécond de récits imaginaires dans les œuvres littéraires et/ou cinématographiques d’auteurs, africains ou autres, utilisant les mythes comme source d’inspiration. L’originalité n’est ainsi pas forcément dans le cadre, mais dans la voix. L’originalité du roman de Marlon James est dans sa forme narrative qui tranche radicalement avec le récit classique ou moderne, européen ou américain, pour s’inscrire dans la tradition orale des griots. Là encore, certains me diront que ça a déjà été fait par d’autres. Je ne sais pas, je n’ai pas lu tous les livres. Ce qui est certain, c’est que je n’avais jamais lu un livre comme celui-là.

Incipit : « L’enfant est mort. Il n’y a plus rien à savoir. »

Le récit est celui de Pisteur, un homme sans autre nom affublé d’un don, celui de posséder un odorat lui permettant de traquer une proie aussi loin et aussi longtemps qu’il le faut, jusqu’à l’obsession. Ce récit il le fait depuis la prison dans laquelle il est enfermé à un inquisiteur. Pisteur lui raconte l’entièreté de sa vie, sa jeunesse, ses souffrances, ses haines, ses amours déballés au fil des chapitres. Les premiers sont des contes, qui à la fois plantent le personnage dans tous ses excès, et le monde dans toute sa cruauté. Le récit est sombre, très sombre. Léopard noir, loup rouge n’est pas un roman pour les enfants. Pisteur n’est pas un narrateur fiable. Sur le mode oral, il dit, redit, se répète et se contredit. Enjolive, se place au centre, déforme les faits, digresse, cache et ment mais dit tout ce qu’il a à dire. C’est par son regard, ses mots, ses perceptions et ses émotions, complexes et cruelles, sa propre quête d’identité, lui qui en est dépourvu, qu’on accède à l’histoire.

L’histoire est celle d’une quête,  comme dans tout roman de fantasy qui se respecte, qui voit Pisteur rejoindre un groupe de mercenaires à la recherche d’un enfant.  C’est l’histoire de ces personnages extraordinaires, un homme-léopard changeant de forme à loisir, un géant, une sorcière, une déesse…, une panoplie de personnages hauts en couleurs, magiques, mythiques, venus de divers horizons dans cette Afrique imaginaire et de différentes cultures. N’ayant pas été circoncis à l’âge requis, Pisteur lui-même est considéré du point de vue des traditions mi-homme mi-femme. Les histoires des personnages s’entrecroisent, se font et se défont. Ce sont des histoires de trahisons et de mensonges car nul n’est qui il prétend être au sein de ces mercenaires inévitablement appelée à exploser. Dans cet univers, les relations amoureuses ou amicales sont cruelles, les haines sont tenaces. Et derrière la quête, au-delà de l’enfant, il y a le grand récit des luttes de pouvoirs qui largement dépassent les humains et les non-humains. Le bien, le mal, la morale ne sont pas les moteurs du récit.

Pour entrer dans cet univers sombre à souhait, où la violence est la vie, où les mythes sont réalités et où le dit est plus important que le geste, il faut oublier sa propre culture, son histoire, sa logique, ses référents. Le trait de génie de Marlon James est de déconstruire le récit pour réinventer le monde et son langage. La lecture de Léopard noir, loup rouge est éprouvante à plus d’un égard et aussi étourdissante qu’elle est hypnotique. Léopard noir, loup rouge est un livre total, entier, qui invente ses propres raisons et sa propre existence. C’est un geste littéraire radical, et en cela un livre indispensable. C’est une voix nouvelle, originale, qui ouvre un univers littéraire qui est désormais à explorer. Un tournant, peut-être, sans doute, on l’espère.

Il existe une suite, pour le moment non traduite, et la saga doit se décliner en trilogie. L’histoire sera dite par d’autres personnages, d’autres subjectivités.


D’autres avis : Justaword, Gromovar,


  • Titre : Léopard noir, loup rouge
  • Auteur : Marlon James
  • Traduction : Héloïse Esquié
  • Publication : 28 septembre 2022, Albin Michel, sous la direction de Francis Geffard
  • Nombre de pages : 704
  • Support : papier et numérique

renaudorion

Je suis le rêve des autres – Christian Chavassieux

5 septembre 2022 à 12:22

Court roman de fantasy, Je suis le rêve des autres est un texte poétique et intimiste qui suit le thème du voyage initiatique en se tenant éloigné des clichés du genre. Il a été publié en mars 2022 chez Mu, devenu label Mnémos il y a deux ans. Si l’on suit le travail de son directeur Davy Authuil, on ne s’étonnera pas de voir le nom de Christian Chavassieux entrer au catalogue de la collection. Dernier roman d’un auteur multidisciplinaire – ses œuvres allant du théâtre au roman historique, en passant par la science-fiction pour laquelle il a reçu le prix Planète-SF des bloggeurs pour Les Nefs de Pangée (2015) –  Je suis le rêve des autres s’inscrit pleinement dans la ligne éditoriale Mu. À l’heure où l’on voit de plus en plus d’éditeurs et d’auteurs de littérature blanche lorgner du côté de l’imaginaire, Davy Authuil a fait la démarche inverse qui consiste à se rapprocher de la littérature blanche pour construire des ponts avec l’imaginaire. Les textes ainsi produits ont une saveur bien particulière, car nous avons là des auteurs qui possèdent les codes du genre, science-fiction ou fantasy, et les détournent pour explorer d’autres territoires littéraires.

Agé de 8 ans, Le jeune Malou a fait un rêve aux résonances mystiques si prégnantes que les sages de son village voient en lui un reliant, c’est-à-dire un porte-parole choisi des esprits pour communiquer les souffrances des vivants. Pour confirmer le don, tant espéré par les siens, Malou doit se rendre au temple de Benatia rencontrer les sages du conseil des conseils. Le vieux Foladj est désigné pour l’accompagner dans ce périple qui lui fera traverser le grand continent de la Pangée. Je suis le rêve des autres est le récit d’une quête, le voyage initiatique d’un enfant élu qu’un vieux guerrier accompagne à la rencontre de son destin. Mais la quête est fragile, l’enfant pas encore élu et le vieux guerrier trop fébrile.  

« Le corps de Foladj n’était plus utile à la fabrication des légendes et le monde des vivants se consolait déjà de son évaporation dans les limbes. »

Ainsi, Christian Chavassieux joue de nos attentes et propose un récit radicalement différent. Le récit se déroule dans un lointain futur, si lointain que les hommes ont eu le temps de partir vers les étoiles avant de revenir sur une Terre au continent unique reformé. Christian Chavassieux revient dans l’univers qu’il a décrit dans Les Nefs de Pangée, des siècles plus tard et les choses ont bien changé. Les grandes épopées, les guerres et les légendes appartiennent au passé. On ne trouvera dans Je suis le rêve des autres que leur évocation. S’ils rencontrent en route quelques difficultés, l’essentiel n’est pas là, mais dans le récit intimiste de la relation qui se noue entre Foladj dont la vie est tournée vers le passé et le jeune Malou qui n’a que la vie devant lui, une vie dont il ne sait encore ce qu’elle lui réserve et qui, il le découvrira, n’est pas aussi déterminée que tous semblent le penser. La quête mystique devient celle de l’identité, une rédemption pour Foladj et une transmission pour Malou.

« Les heures pulvérisaient les braises du jour qu’avait répandues la prodigalité du soleil ; d’autres heures bâtissaient des voutes adamantines venues avec la nuit.»

L’autre aspect du roman que j’évoquais en introduction est sa poésie. Elle est au cœur de l’écriture de Christian Chavassieux. Au risque d’en faire trop, mais c’est à prendre ou à laisser. Pour apprécier le texte, le lecteur devra apprécier ce choix esthétique, et c’est ce qui rend le roman unique en son genre. Je suis le rêve des autres invite ainsi le lecteur à l’émerveillement, message central s’il en est, et par-delà les ombres du monde à se tourner vers la prodigalité du soleil. Roman sensible et optimiste, Je suis le rêve des autres est un baume apaisant.


D’autres avis : Yuyine, Justaword, Yossarian,


  • Titre : Je suis le rêve des autres
  • Auteur : Christian Chavassieux
  • Publication : 18 mars 2022, chez Mu (label Mnemos)
  • Nombre de pages : 170
  • Support : papier et numérique

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Noon du soleil noir – L.L. Kloetzer

30 juin 2022 à 14:09

Vous savez, lecteurs fidèles et attentifs de ces pages, combien il est rare que je lise de la fantasy. Non pas que je méprise le genre, j’en ai lu, beaucoup, jusqu’à m’en lasser. Bref, de manière générale la fantasy ne m’intéresse pas, ou plus. De manière générale, la fantasy n’intéresse pas non plus les éditions Le Bélial’, que je considère à titre personnel comme le plus important pourvoyeur de textes de science-fiction de qualité aujourd’hui en France. Il vous suffira, lecteurs attentifs et fidèles de ces pages, de constater le nombre de livres publiés par cette maison d’édition et chroniqués sur l’épaule d’Orion pour vous convaincre d’une certaine convergence d’intérêt et de goût. Ainsi, lorsque Le Bélial’ se décide à publier un roman de fantasy, je fais l’effort de m’y intéresser.  Ainsi, j’ai lu Noon du soleil noir de Laure et Laurent Kloetzer.

Soyons tout à fait honnêtes, je savais à l’avance sur quel territoire je m’avançais puisque l’ouvrage est présenté comme un hommage au cycle des épées de Fritz Leiber. Or ce cycle, avec ceux d’Elric de Melniboné et d’Hawkmoon de Michael Moorcock, fait partie des lectures qui ont bercé mon adolescence. Ce sont aussi les cycles qui ont fortement inspiré Gary Gygax lorsqu’il a créé le jeu de rôle Donjons et Dragons. Autant de références qui sont pour moi des madeleines de Proust. C’est sur cette corde, vibrante de nostalgie pour une époque de découverte et d’émerveillement, que joue le Noon des Kloetzer, en tout cas en ce qui me concerne.

C’est dans la Cité de la toge noire, autre nom de la Lankhmar de Leiber, que se rencontrent le vieux mercenaire Yors, devenu guide de la ville pour visiteurs étrangers prêt à délier leur bourse, et le jeune mage fantasque Noon fraichement débarqué. Le roman raconte, par la voix singulière de Yors, leurs aventures dans les rues de la cité alors que Noon tente de s’y installer comme sorcier pour gagner quelques pièces d’or, et la formation de ce duo improbable qui, au fil des pages, ressemble de moins en moins au couple formé par Fafhrd et le Souricier Gris chez Leiber et de plus en plus au couple formé par le docteur Watson et le détective Sherlock Holmes chez sir Arthur Conan Doyle.

Chose promise, le roman du couple Kloetzer délivre du Sword and Sorcery revisité, empli de références que les lecteurs coutumiers des classiques du genre ne manqueront pas de relever. Les joueurs de JdR seront en terrain connu et l’on entend littéralement les dés rouler à mesure qu’on tourne les pages. Noon du soleil noir ne digresse pas, va à l’essentiel en ligne droite, est porté par une écriture qui, à l’image de la ville dépeinte, présente juste ce qu’il faut de fioriture pour exciter l’imagination sans la plomber. Ajoutez à cela les très belles et nombreuses illustrations de Nicolas Fructus qui accompagnent le texte et vous voilà à parcourir les rues de la Cité de la toge noire en guettant chaque pas dans votre dos. C’est une fantasy qui n’a d’autre prétention qu’offrir à ses lecteurs un moment de plaisir un poil nostalgique, là encore dans la bonne mesure, en évitant les écueils de l’hommage trop forcé. C’est limpide, honnête, et très plaisant. Les Kloetzer nous annoncent une suite. Sans hésitation, je monte à bord, larguez les amarres, je serai des vôtres.


D’autres avis sur la blogosphère : Apophis, Lorhkan, Gromovar,


  • Titre : Noon du soleil noir
  • Auteur : L.L. Kloetzer
  • Parution : 9 juin 2022, Le Bélial’
  • Illustrations : Nicolas Fructus
  • Nombre de pages : 288
  • Format : papier et numérique

Présentation du livre sur le site de l’éditeur.

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Cinq livres de science-fiction ou de fantasy à lire à la plage cet été

21 juin 2022 à 16:37

Nous sommes enfin en été ! Alors qu’on se remet à peine des canicules précoces ou des violents orages qui leur font suite, il est temps de penser aux vacances et avec elles à l’incontournable question : que lire cette année sur la plage ou à l’ombre des pins, au bord de la piscine en sirotant un mojito ou dans la cave en regardant pousser son blob ? Comme tous les ans, je vous propose une liste de cinq (six en fait) ouvrages de science-fiction ou fantasy publiés cette année, qui me semblent parfaitement convenir comme lectures estivales, afin de s’agiter mais pas trop les neurones. Il y en a pour tous les goûts.


Le Serpent de Claire North et Opexx de Laurent Genefort

Pourquoi ne prendre qu’un livre lorsqu’on peut en emporter deux ? Surtout si ce sont des romans courts. Je vous propose pour commencer la lecture de deux novellas, d’un peu plus de cent pages chacune, d’autant qu’en ce mois de juin court l’opération promotionnelle Une Heure Lumière qui vous permettra pour l’achat de ces deux titres de vous voir offrir le hors-série Des Bêtes fabuleuses de Priya Sharma.

Le Serpent de Claire North : nous sommes à Venise en 1610 et Thene est invitée à rejoindre la Haute Loge de la Maison des jeux, là où les échiquiers sont politiques et où tombent les empires. Cette novella a toutes les qualités d’un grand roman de fantasy. Il s’agit d’une lecture délicieuse pour l’été. Voir la chronique complète.

Le Bélial’, coll. Une Heure-Lumière, trad. Michel Pagel, 160 pages, 10,90€

Opexx de Laurent Genefort. Changement radical de décor avec cette novella qui nous propulse vers des mondes étrangers à travers la galaxie pour suivre un soldat un peu spécial pour des opérations extérieures. La grande réussite du texte de Genefort est qu’il n’est pas du tout ce qu’il semble être de premier abord et propose une jolie réflexion sur l’altérité. Voir la chronique complète.

Le Bélial’, coll. Une heure Lumière, 120 pages, 8,90€


Widjigo – Estelle Faye

Quoi de plus indiqué lors des grandes chaleurs que de s’offrir une petite promenade rafraîchissante. Mais attention au Widjigo. Estelle Faye nous promène dans un récit historique qui sombre rapidement dans l’horreur glaciaire. Parfait pour les longues soirées estivales. Voir la chronique complète.

Albin Michel Imaginaire, 256 pages, 18,90€


Mary Toft ou la reine des lapins – Dexter Palmer

Un autre roman historique qui dérape rapidement vers le bizarre. Mary Toft ou la reine des lapins est un superbe roman, à l’intelligence remarquable, qui, sous le couvert du récit d’un étrange fait divers, propose une réflexion fine sur notre époque et ses travers cognitifs. Voir la chronique complète.

Table ronde, trad. Anne-Sylvie Homassel, 448 pages, 24€


La Nuit du Faune – Romain Lucazeau

Dans ce conte philosophique, c’est une balade à travers l’univers à la rencontre de multiples formes de vies à laquelle nous convie Romain Lucazeau. C’est un roman brillant, qui fait réfléchir. Histoire de ne pas revenir bête de ses vacances. Voir la chronique complète.

Albin Michel Imaginaire, 256 pages, 17,90€


Projet Dernière chance – Andy Weir

Terminons par le plus fun, le dernier roman d’Andy Weir (l’auteur de seul sur Mars) qui revient avec un récit spatial drôle, malin, et fun de bout en bout. C’est l’option mojito de cette liste : Voir la chronique complète.

Bragelonne, trad. Nenad Savic, 480 pages, 22€.


En bonus : je signale aussi la sortie cette année en format poche d’Anatèm de Neal Stephenson. Il s’agit de l’un des romans de science-fiction les plus ambitieux de ces 20 dernières années. Voir la chronique complète.

Le livre de Poche, trad. Jacques Collin, tome 1, 800 pages, 9,40€; Le livre de poche, trad. Jacques Collin, tome 2, 672 pages, 8,90€

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