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Les bibliothèques, leur dette technique et ses conséquences

2 juillet 2021 à 07:00

Les bibliothèques ont accumulé depuis des années une dette technique en se concentrant sur la fourniture de ressources et de contenus numériques dissimulés derrière des remparts technologiques.

Pendant des années, on s’est concentré à faire la promotion de plateformes qui sont inutilisables, constituées d’obstacles qui ont de quoi dissuader les usagers. DRM, mots de passe multiples, plugins spécifiques à installer sur sa machine, exclusion des machines sous Linux…

On a passé du temps à produire des tutos, des guides, à faire de l’accompagnement, des portes ouvertes, des démos… pour que les usagers réussissent à utiliser ces plateformes. Tout ce temps consacré à faire du service après-vente nous a empêché de mettre nos forces ailleurs. Les semaines, les mois, les années sont passées et nous nous sommes habitués aux obstacles et à l’expérience utilisateur dégradée en se disant que de toute façon on ne pouvait pas concurrencer les plateformes commerciales. Pendant qu’une minorité dénonçait les menottes numériques, les accès à jetons et les licences limitées dans le temps, les usagers ont développé leur pratiques culturelles numériques en dehors des bibliothèques. Les usages liés à la SVOD sont clairement installés et vont continuer à se développer. Nous payons aujourd’hui notre dette technique.

Ecopons avec notre SEO

Comme on pouvait s’y attendre, la crise du Covid a provoqué une accélération des usages numériques. Le baromètre du numérique 2021 indique que 92 % de la population se connecte à internet, soit 4 points de plus que l’an dernier. Cette évolution concerne notamment les seniors et les personnes peu ou pas diplômées (85 % → 91 % pour les personnes niveau BEPC et 55 → 66 % pour les non diplômés). Avons-nous enregistré une hausse aussi significative du nombre d’adhérents ou de l’utilisation des ressources numériques qu’on paye à prix d’or? Alors même que nous étions le seul équipement culturel ouvert pendant la crise sanitaire ! Nous payons notre dette technique.

Nous disposons du recul et de l’expérience pour faire le bilan. Je pense que nous avons arrêté de défendre l’intérêt général (les plus à l’aise avec le numérique de nos usagers arriveront à utiliser ces plateformes) et avons accepté de proposer un simulacre d’expérience de ressources numériques. Pendant que nous avons consacré notre énergie à montrer que nos plateformes de streaming sont incroyables, nous avons oublié de nous concentrer sur le fonctionnement du web et du principe même du référencement.

Avec nos usines à gaz, nous avons oublié de nous intéresser au parcours de navigation qui permet à un internaute de tomber sur une ressource. Nous ne nous sommes pas préoccupés de notre SEO.

Ce terme défini l’ensemble des techniques mises en œuvre pour améliorer la position d’un site web sur les pages de résultats des moteurs de recherche (SERP)

https://www.seo.fr/definition/seo-definition

Mettons-nous un instant dans la peau d’un usager qui recherche des films en streaming gratuit. Une requête qui a été fréquemment utilisée pendant le premier confinement.

Google Trends révèle l’importance des recherches de films en streaming pendant le premier confinement

En saisissant les mots-clés « film streaming gratuit » on s’aperçoit que les bibliothèques et leurs ressources numériques font partie du darkweb…Pas un site de médiathèque ni d’un prestataire de médiathèque ne remonte dans les résultats de recherche.

Aucun site de bibliothèque

Même si on rajoute « légal »….

CQFD. Nous sommes invisibles. A notre décharge, nous ne sommes pas entièrement responsables de cette situation mais en sommes complices. Nous avons fait confiance aux fournisseurs de plateformes, nous avons découvert des nouvelles façons d’acquérir et de proposer ces ressources dématérialisées, nous avons cru que l’abonnement à une ressource numérique suffisait à faire entrer la bibliothèque dans l’ère du 2.0. Mais nous avons été pris au piège et nous payons aujourd’hui notre dette technique. La médiation numérique appuyée sur une activité de production de contenus encadrée par des règles de l’écriture web et du référencement naturel aurait pu changer la donne.

Sommes-nous indispensables ?

J’ai déjà eu l’occasion d’exprimer mon point de vue sur l’indispensabilité des bibliothèques. C’est d’ailleurs le thème du prochain congrès de l’ABF. Cette question rhétorique est une coquetterie bibliocentrée. Il est peu probable que la conclusion de cette grand-messe réponde par la négative. Mais je pense que notre crise identitaire nous conduit à nous poser de mauvaises questions ou à prendre de mauvaises décisions. L’année de crise sanitaire a accentué cette perte de sens.

Consacrer un temps fort professionnel sur un concours de toilettes me paraît totalement déconnecté des préoccupations de la majorité de la population. En particulier pendant une période où nous avons été en contact avec les usagers qu’à travers le click and collect. Je ne vais pas me faire des amis mais j’ai l’habitude et les commentaires en-dessous de l’article sont ouverts.

C’est très sympa d’écrire sur les murs des toilettes mais si on veut défendre l’inclusion, peut-être qu’il faudrait faire un concours des sites de bibliothèques RGAA réellement accessibles ? Ou faire un concours des bibliothèques qui promeuvent la gratuité ? Ou un concours qui dénoncent les amendes en cas de retard des documents ? Ou bien encore des bibliothèques qui demandent des cartes d’identité et des justificatifs longs comme le bras pour s’inscrire ? Ou encore le palmarès des initiatives envers les publics non-francophones ? Au vu des attaques régulières contre les migrants, ce serait peut-être bien de se positionner en faveur de cette partie de la population parce que la diffusion des connaissances et le droit à l’accès à l’information ne connaissent pas de frontière.

Sans vouloir défendre mes marottes (mais un peu quand même) le dernier baromètre du numérique indique que les internautes sont préoccupés par la protection des données personnelles. (1/3 des internautes) Quand est-ce qu’on décide collectivement de s’emparer de cette problématique ? Pourquoi y-a-til un silence radio des associations professionnelles quand le gouvernement annonce un dispositif de surveillance de masse ? Sauf si on considère que la construction du citoyen peut se faire sous l’oeil d’un Etat panoptique, je ne comprends pas que la profession ne se mobilise pas sur ces sujets.

La vie privée et les données personnelles semble préoccuper les internautes

Les bibliothécaires américains commencent à s’interroger sur le futur des collections de DVD au regard du développement des usages liés à la SVOD. Allons-nous continuer à regarder le train passer et à faire comme l’industrie musicale et le développement du mp3 au tournant des années 2000 ? Il ne tient qu’à nous de nous emparer des problématiques de notre temps pour retrouver du sens dans notre action et montrer à la population que nous sommes utiles et peut-être indispensables.

Bel été à tous et prenez soin de vous !

Données personnelles, sécurité et services en ligne

7 mai 2020 à 12:19

Le site Choose Privacy Every Day animé par des bibliothécaires américains a récemment publié un billet VIRTUAL PROGRAMMING AND PATRON PRIVACY. Cet article invite les bibliothécaires à se poser les bonnes questions avant de proposer des services en ligne aux usagers. Au cours du confinement, nous avons recommandé beaucoup de contenus en ligne à nos usagers. Mais avons-nous pris suffisamment au sérieux la question de l’utilisation de leurs données personnelles ? J’ai publié un thread sur Twitter que je partage ici en guise d’archivage. En effet, l’espérance de vie d’un tweet est relativement courte.

Coronavirus, le virage manqué des bibliothèques ?

18 mars 2020 à 15:21

#RestezChezVous est le mot d’ordre. En raison de la crise sanitaire que traverse le pays, une bonne partie de la population est contrainte au confinement. Cette crise est intéressante à plus d’un titre et représente un événement important pour les bibliothèques.

Les métiers indispensables à la vie de la Nation

Un des grands problèmes que notre profession a dû mal à surmonter est la vision bibliocentrée des professionnels. Combien pensent que la bibliothèque est le centre de gravité de la vie des individus ? Il suffit de regarder les thèmes de journées d’étude, de congrès et de la presse professionnelle pour mesurer l’étendue du problème. Certes, ce réflexe est légitime mais il est aussi ce qui nous a éloigné d’une partie des usagers. Des situations exceptionnelles comme celle que vivons actuellement mettent en lumière ce problème.

Nous ne sommes pas indispensables à la vie de la Nation ni à celle des individus. Si c’était le cas, une loi imposerait à chaque commune d’avoir un établissement de lecture publique. Le taux d’inscription des usagers serait également bien plus haut. Certes nous sommes utiles, nous pouvons permettre à des individus de trouver des ressources qui leur permettront de transformer leur vie. Mais nous ne sommes pas indispensables. Croire que nous le sommes est une fois de plus l’expression du syndrome du bibliocentrisme.

Ce bibliocentrisme a pu sembler se justifier au siècle dernier. Avant le développement des usages numériques du 21ème siècle, les bibliothèques jouissaient d’un monopole sur l’accès aux savoirs et aux connaissances. A travers leurs collections, elles étaient les seules à pouvoir garantir l’accès à l’information aux individus. Mais ce tropisme des collections constituant l’ADN d’une partie de la profession devrait être résolu.

« Ce tropisme de la collection chez les bibliothécaires fait oublier que l’existence d’une collection imprimée n’est que la conséquence de la rareté de l’espace disponible dans les bâtiments que sont les bibliothèques. Le numérique permet de briser cette rareté, ce qui déplace l’enjeu de la collection vers la médiation des contenus. »

Source : Silvere Mercier

D’avoir fait des collections l’alpha et l’oméga de la profession sans prendre en compte l’évolution des usages et les progrès des technologies de l’information et de la communication conduit les bibliothèques à être reléguées en deuxième division en cas de crise comme celle du coronavirus qui nous contraint au confinement.

L’indispensable médiation

A l’heure où le web fournit un accès à une quantité illimitée de contenus, l’enjeu réside dans la capacité à pouvoir accompagner dans le choix. L’abondance de ressources disponibles induit la question du choix. Comment faire pour choisir, pour accéder, pour découvrir dans un océan de contenus ?

La crise de confinement que nous vivons révèle très précisément ces enjeux. Nous disposons d’un temps supplémentaire exceptionnel que nous devons combler. Avec des plateformes de musique proposant plusieurs dizaines de millions de titres, avec des services de vidéos à la demande avec un catalogue dont le temps de visionnage dépasse l’ensemble d’une vie, des plateformes de jeux vidéo en illimité, l’accès aux contenus n’est définitivement plus un problème. Tout le monde a compris que tout se jouait désormais dans l’accompagnement et le recommandation… sauf peut-être les bibliothécaires.

Les sites de presse spécialisée ou généraliste ont depuis longtemps compris la nécessité de proposer un accompagnement au choix. Bien évidemment, je mentirai en disant que les bibliothèques n’ont rien fait de similaire. J’ai vu passer des posts sur les réseaux sociaux qui recommandent des contenus à leurs usagers. Cependant, il s’agit souvent de renvois vers des ressources numériques auxquelles sont abonnées les bibliothèques. En effet, beaucoup de bibliothèques vont profiter de l’occasion pour faire de la promotion de leurs ressources numériques mais pas de la médiation. Elles communiquent en indiquant que plus 15000 livres sont disponibles en version numérique à télécharger. On retrouve à nouveau cette logique de collections et non pas la tentative de faire coïncider un besoin informationnel/documentaire avec des ressources. (Ex: 3 pour tablettes à télécharger pour occuper vos enfants, 5 sites pour vous aider à assurer la continuité pédagogique à la maison, 8 jeux vidéo pour faire passer le temps…).

Accès verrouillé VS accès ouvert

Promouvoir un accès à des plateformes de livres numériques (chut, chut, pas de marques) de la bibliothèque, c’est prendre le risque d’avoir des usagers qui restent sur le carreau et n’arrivent pas à télécharger leur epub en raison des difficultés d’accès des usines à gaz qu’on a l’habitude de proposer. Pour accéder à ce genre de contenus, les usagers doivent saisir leur identifiant, leur mot de passe, créer un compte Adobe Digital Editions pour gérer les DRM, ne pas avoir oublié le mot de passe s’ils avaient déjà créé leur compte… Toutes les étapes pénibles qu’on a l’habitude de gérer au quotidien auprès des usagers ne pourront certainement pas se faire à distance en période de confinement. En ne proposant que cette catégorie de ressources, nous risquons de nous couper d’une partie des usagers qui vont bénéficier d’un accès ultra simplifié à des plateformes commerciales voire illégales.

Par ailleurs, le modèle économique des plateformes comme PNB est contradictoire avec la période que nous vivons. Ces ressources numériques s’appuient sur des systèmes de jetons attribués par titre. Autrement dit elles reposent sur la rareté. Au-delà de la limite fixée par les éditeurs, il faudra racheter le livre. Comment faire pour acheter des documents en période de confinement ? Comment faire signer un bon de commande ? Encore une fois, le prisme des collections nous met hors-course. Alors que Canal + propose un accès gratuit pendant la période de confinement, ainsi que le média Les jours, des plateformes de podcasts, des éditeurs de manuels scolaires, l’Opéra de Paris… est-ce que les éditeurs qui proposent des titres via PNB vont supprimer le nombre de jetons pour permettre un accès le plus large possible le temps du confinement ? L’initiative de Publie.net mérite d’ailleurs d’être saluée. Pendant 15 jours, une partie du catalogue est accessible gratuitement et diminue le prix de l’abonnement.

Prendre le train en marche

Il n’est pas trop tard et nous pouvons collectivement essayer de prendre le virage numérique des usages. Ce n’est pas de proposer des ressources numériques qui feront de nos bibliothèques des établissements modernes. Notre résilience réside dans notre capacité à comprendre les enjeux de la médiation numérique des savoirs. Je ne dis pas qu’il faut arrêter de nous concentrer sur les collections, je dis qu’il faut qu’on rajoute une nouvelle corde à notre arc. Il faut qu’on intègre véritablement dans nos activités bibliothéconomiques le web et les contenus qu’il fournit. Nous devons être en phase avec les pratiques actuelles des individus qui reposent sur une connexion internet mobile. Inscrivons-nous dans l’écosystème de leurs usages en concevant des dispositifs de médiation adaptés. Cette voie sera la seule voie qui nous permettra de justifier notre utilité.

Les ressources numériques, l’épine dans le pied des bibliothèques

18 janvier 2019 à 16:35

Les ressources numériques en bibliothèque
Les ressources numériques en bibliothèque

A quelques jours d’intervalles, nos collègues du Québec ont produit deux documents plutôt intéressants relatifs à la médiation numérique des savoirs. Le premier s’intitule Guide d’initiatives de médiation numérique en bibliothèque au Québec et ailleurs et le second Livres et Ressources numériques en bibliothèques publiques : quoi faire pour que ça marche ! A la lecture de ces documents, on peut se rassurer en constatant que les bibliothécaires du Québécois rencontrent les mêmes problématiques que nous : Comment rendre appropriables par les usagers les ressources numériques acquises par les bibliothèques ?

L’importance de la médiation numérique

Ces deux documents n’apportent pas d’éléments particulièrement nouveaux à la théorie de la médiation numérique. Mais ils constituent une synthèse concrète et complémentaire au livre consacré à la médiation numérique écrit par Lionel Dujol et Silvère Mercier. Plusieurs cas pratiques sont évoqués dans ce guide : le livre numérique, Wikipédia, heure du conte, ressources numériques… La valeur ajoutée du Guide d’initiatives de médiation numérique en bibliothèque au Québec et ailleurs réside notamment dans sa forme. Pour chaque idée de dispositif, la fiche reprend le contexte, le ou les objectifs, le public cible, les moyens humains, financiers et techniques, les supports de communication employés, la durée du dispositif ainsi que quelques éléments de retours sur l’expérience. A ce titre la fiche consacrée à la mise en avant des ressources numériques par l’intermédiaire de billets de blog est particulièrement utile. Cette fiche analyse les points qui méritent, d’après les bibliothécaires, d’être améliorés pour être plus efficaces (rythme de publication, pronom personnel employé, longueur des billets). Il ne faut pas oublier qu’un dispositif de médiation numérique s’évalue ! Les fiches insistent également sur des points cruciaux dans la réussite d’un projet de médiation numérique qui ne sont parfois pas suffisamment pris en compte. Il s’agit notamment de la formation en interne nécessaire pour atteindre l’objectif fixé en amont. Si elle ne garantit pas à tous les coups la réussite, la formation de l’ensemble de l’équipe au fonctionnement d’une ressource ou de son contenu est un prérequis indispensable car elle garantit la capacité des agents à pouvoir effectuer dans un second temps la médiation humaine auprès des usagers. Le second document Livres et ressources numériques en bibliothèques publiques consacre d’ailleurs toute une page à la formation du personnel qui est présentée comme :

« un préalable indispensable pour une intégration optimale des ressources numériques à l’offre de services des bibliothèques. Elle garantit un premier niveau de promotion et de soutien auprès des usagers. »

Les dispositifs passerelles sont souvent suggérés pour mettre en valeur les ressources numériques proposées par une bibliothèque. L’idée est de rematéraliser ce qui n’est pas visible pour montrer l’existence de la ressource et suggérer l’envie à l’usager de se l’approprier. Plusieurs stratégies peuvent être mises en oeuvre pour accroître la visibilité d’une ressource (flyers, affiches, écran de veille des ordinateurs, totems, des fantômes, des pastilles sur les exemplaires physiques « Existe en numérique »…). Les idées ne manquent pas. La médiathèque départementale d’Ille-et-Vilaine avait proposé quelques astuces pour faire connaître les ressources numériques. Redonner corps aux ressources immatérielles est une chose sur lesquelles nous pouvons agir pour favoriser l’appropriation par les usagers. Cependant, il existe un autre facteur à prendre en compte et sur lequel nous n’avons pas la main. Il s’agit de l’accès et de l’ergonomie de la ressource à laquelle nous donnons accès. Si la ressource nécessite un mot de passe et un identifiant différent, s’il y a des DRM qui compliquent le processus de téléchargement, si ce n’est pas multi-plateformes, tout cela constitue des obstacles qu’aucun dispositif passerelle ne sera en capacité de surmonter.

Et si on faisait le bilan des ressources numériques ?

Depuis une dizaine d’années d’expérience des ressources numériques, on constate qu’il est toujours difficile de valoriser ces contenus acquis à prix d’or. La question de la rematérialisation des ressources pour compenser leur caractère immatériel est une préoccupation toujours présente.

Où est-ce qu’on a raté ? Comment expliquer cette nécessité et cette difficulté de promouvoir nos ressources en ligne à l’heure où l’écran demeure le support privilégié pour accéder à des contenus culturels ? Qu’est-ce qui explique qu’on soit encore obligé de montrer nos sites web aux usagers et que ces derniers répondent « Ah, je ne savais pas que vous aviez un site » ? Pourquoi la possibilité que la bibliothèque propose des contenus numériques ne soit pas devenue une évidence pour les usagers ? On est tous à la recherche de la solution miracle qui fera exploser les statistiques d’utilisation de telle ou telle ressource. (Mais avons-nous cette même exigence avec les autres supports qui constituent les collections d’une bibliothèque ?)

Une partie de la réponse se trouve dans la stratégie que les bibliothèques ont menée pendant plusieurs années : acquérir des ressources numériques issues d’écosystèmes isolés des pratiques de consommation culturelle des internautes. Les méthodes d’accès et de consultation étaient trop différentes et ont constitué des barrières. Nous avons voulu reproduire le monopole dont nous jouissions dans l’écosystème physique pour fournir un accès aux documents. On a voulu accumuler et fournir un accès en contrôlant et en régulant pour avoir le sentiment d’être indispensable. Or il est incontestable que les internautes n’ont pas besoin de nous pour accéder à des œuvres en ligne. La cause de cette réaction trouve peut-être son origine dans le caractère nouveau qui nous a pris de court et on a appliqué par réflexe les mêmes mécanismes qu’on connaissait et qu’on maîtrisait.

Mais cela a été une erreur dont on mesure encore les effets aujourd’hui. On a rejeté le web et les ressources dont il dispose et sur lesquelles on aurait pu construire des dispositifs de médiation numérique. On aurait pu demander à nos prestataires de développer des outils et des interfaces adaptés à un travail de curation favorisant la dissémination des contenus repérés sur le web. Par ailleurs les bibliothèques sont investies dans le web de données (dont l’objectif est d’améliorer la visibilité et la réutilisation des données) mais on a raté le coche concernant la réutilisation des contenus du web. Il n’est pas trop tard, nous pouvons encore réagir en proposant des parcours répondant à des besoins informationnels ou de divertissement. Il faudra peut-être pour cela réussir à s’affranchir des ressources numériques.

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