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Reçu avant avant-hier Biblio Numericus

ChatGPT : quels risques pour les bibliothèques ?

15 janvier 2023 à 13:56

Amel Boudina, une consœur de la ville de Laval, a publié une tribune sur l’intelligence artificielle et plus précisément le phénomène ChatGPT d’OpenAI. Elle s’interroge sur les risques que peut faire planer cette techno sur les bibliothèques. Je vous invite à lire l’article, il y a plusieurs éléments que je partage mais je souhaitais poursuivre la réflexion en nuançant certains de ses propos. En effet, d’après Amel, le rôle des bibliothécaires n’est pas menacé par le développement de l’IA. Si l’avenir nous dira si elle avait raison, une chose est sûre, c’est que notre métier en est impacté et reconfiguré comme cela s’est déjà produit avec d’autres technologies de l’information et de la communication.

« Elles sont aussi un troisième lieu où les gens peuvent se rassembler, discuter et partager leurs idées. »

C’est devenu un lieu commun de le dire mais les bibliothèques ne sont plus uniquement des lieux dans lesquels on vient emprunter ou consulter des collections physiques. L’action culturelle est devenue un axe majeur des établissements. Aussi malin que puisse être en apparence ChatGPT, l’IA n’est pour le moment pas capable d’organiser des ateliers ou des rencontres. Bibliothèque 1 – ChatGPT 0

« Malgré tous les avantages que l’intelligence artificielle peut offrir aux bibliothèques, elle ne pourra jamais les remplacer. Non seulement les bibliothèques permettent d’avoir accès à des documents qui ne peuvent pas être trouvés en ligne, mais elles offrent aussi des programmes et services qui ne pourront jamais être automatisés, tels que l’accès à l’expertise d’un bibliothécaire.« 

L’assertion sur les documents qu’on ne trouverait que dans les bibliothèques est, à mon sens, de moins en moins vraie. (Sauf bien entendu pour ce qui concerne des collections patrimoniales ou liées à la recherche scientifique). Au regard de l’évolution des pratiques culturelles numériques et la montée en puissance du streaming, la valeur ajoutée des bibliothèques ne réside plus uniquement dans la capacité à fournir un accès à un document. Mais Amel a raison quand elle parle de l’expertise des bibliothécaires. Pour le moment, ChatGPT donne l’illusion d’exactitude. Or, en testant un peu l’IA, on réalise rapidement qu’elle peut apporter des réponses qui n’ont pas de sens.

J'ai demandé à ChatGPT la différence entre un rhinocéros et un mug de café. L'IA cherche à apporter une réponse structurée en comparant deux choses qui n'ont rien à voir.

Cependant, rappelons que ChatGPT a été ouvert massivement au public très récemment. Le fonctionnement de cette IA repose sur le machine learning et chaque question qu’on lui pose l’entraîne et l’améliore (Nous sommes toustes des travailleur-euses du clic). Attendons encore quelques mois ou années pour voir si l’IA peut être capable de développer une véritable expertise sur certains sujets. Enfin, OpenAI a annoncé réfléchir à mettre en place une offre payante avec plus de fonctionnalités. Cette offre sera peut-être moins artificielle et plus intelligente.

« Ces derniers offrent une assistance personnalisée et un savoir-faire qui ne peuvent être fournis par aucune technologie. Ils peuvent comprendre les intérêts et les besoins des lecteurs et leur fournir des recommandations et des conseils sur mesure, en plus d’aider à trouver des informations qui ne sont pas disponibles en ligne. »

Je ne sais pas quoi lire, Eurêkoi ou Le Guichet du savoir sont des services personnalisés qui s’adaptent à la personne qui sollicite le service. C’est d’ailleurs un argument utilisé par la BPI et Eurêkoi pour mettre en avant la recommandation humaine plutôt qu’une recommandation algorithmique qui serait moins capable d’identifier précisément les besoins informationnels ou documentaires d’un individu. Mais comme je l’évoquais précédemment, ChatGPT est encore jeune et manque d’entraînement pour proposer une recommandation sur mesure. Toutefois avant de vanter la supériorité de l’humain sur la machine, il ne faut pas oublier le contexte de la demande. Par exemple, pour le service Eurêkoi, l’usager-ère est invité-e à préciser le périmètre de sa demande : livre/film, plutôt roman ou BD, plutôt adulte ou enfant puis par un processus d’entonnoir, l’utilisateur-rice est amené-e à affiner sa demande de conseil pour aider les bibliothécaires à lui apporter une réponse personnalisée. Dans le cadre de ChatGPT, ces étapes intermédiaires ne sont pas définies en amont. Il faut préciser des éléments pour que l’IA puisse apporter une réponse. Mais dans le fond, dans les deux systèmes, il y a besoin de ces étapes intermédiaires pour pouvoir suggérer un contenu adapté et personnalisé. Mais je crois qu’on a tendance à fantasmer l’IA en lui attribuant des supers pouvoirs qu’elle n’a pas, peut-être à cause de la SF qui présente des dispositifs totalement autonomes : de KITT dans K2000 à Jarvis dans Iron Man en passant par HAL9000 dans Odyssées de l’espace.

Je demande à ChatGPT de me recommander un livre à lire. Dans un premier temps, sa réponse est très vague et généraliste. En précisant ma demande, ChatGPT me propose trois titres plus précis.
Je demande à ChatGPT de me recommander un livre à lire. Dans un premier temps, sa réponse est très vague et généraliste. En précisant ma demande, ChatGPT me propose trois titres plus précis

« Enfin, les bibliothécaires peuvent aider les lecteurs à naviguer à travers la confusion et les informations contradictoires trouvées sur internet et fournir des informations fiables et précises. »

Ici, Amel pointe un élément très important qui fait écho aux missions d’éducation aux médias et à l’information des bibliothèques. Depuis quelques temps, les bibliothécaires se sont engagé-es dans la lutte contre la désinformation et accompagnent les usager-ères afin de les aider à acquérir les compétences informationnelles nécessaires pour identifier une fake news. Entre les deep fake et des agents conversationnels comme ChatGPT, les acteurs de la désinformation disposent d’un boulevard pour diffuser des infox. Plutôt que de représenter une menace pour nous, l’IA devient au contraire un moyen de mettre en avant nos compétences en matière de sélection et de validation de l’information. L’enjeu majeur actuellement, et qui inquiète notamment le milieu de l’enseignement, est de parvenir à savoir si un texte a été écrit par une IA ou par un humain. Bien que ChatGPT ne soit pas parfait et qu’on puisse identifier des incohérences, des redondances ou des contresens qu’une personne ne ferait pas, les outils de détection automatisée sont encore insuffisants pour détecter un faux texte produit par une IA.

« Quoi qu’il en soit, «aucune méthode, ni aucun modèle de détection [automatisé] ne sera fiable à 100%», juge Irene Solaiman. Raison pour laquelle elle «recommande toujours d’utiliser un cocktail de méthodes de détection, et non une seule.»

Libération, Comment détecter qu’un texte a été écrit par une IA ?

« L’intelligence artificielle peut aussi servir à trier et à classer les livres, administrer les demandes, fournir des informations aux usagers tout en améliorant le système de recherche, organiser le système de catalogage, ainsi qu’à fournir des recommandations personnalisées aux utilisateurs, dans la mesure de ses capacités. »

Je pense que ce point est un peu prématuré. D’une part, certaines IA reposent sur l’apprentissage profond (deep learning) et l’apprentissage automatique (machine learning). Grosso modo, elles ont besoin d’être alimenté par une quantité gigantesque de données pour pouvoir apprendre et évoluer. Pour comprendre qu’un chat est un chat, il faut des millions de photos de chats sous des angles différents pour que l’IA qui fait tourner Dall-E, Midjourney ou Stable Diffusion comprenne ce qu’est un chat. D’autre part, et cela rejoint le point précédent, en bibliothèque nous n’atteignons pas la masse critique suffisante de données et d’utilisateur-rices pour entraîner une IA qui pourrait améliorer le système de « recherche et organiser le système de catalogage et fournir des recommandations personnalisés aux utilisateur-rices ». Enfin, pour pouvoir proposer ce genre de services, il faudrait que nos prestataires implémentent ces technologies dans leurs produits. Au regard des coûts que cela représente et de la puissance de calcul nécessaire pour faire tourner une IA, est-ce que les entreprises du secteur seront prêtes à consentir à cet investissement ?

« L’IA ne peut pas offrir une assistance personnalisée aux usagers. Elle ne peut pas aider les lecteurs à trouver des informations spécifiques au contexte de leur demande et leur donner des conseils et des suggestions adaptés à leurs exigences particulières. Cela demande une subtilité détenue seulement par les humains. »

La question de la qualité de la réponse délivrée par une IA est à relativiser. En effet, si on prend l’exemple des moteurs de recherche et en particulier de Google, on constate que ce sont les premières réponses apportées par le moteur de recherche qui génèrent un engagement de la part de l’internaute qui clique sur les premiers résultats. Sont-ce les meilleures réponses ou les plus pertinentes ? Non, ce sont celles qui bénéficient du meilleur référencement par le moteur de recherche. Pire, Google est passé du statut de moteur de recherche à moteur de résultats. En saisissant une requête dans la barre de recherche, Google délivre une réponse immédiatement en reprenant des éléments d’un site dont il trouve la réponse la plus adaptée. Mais sur quels critères l’algorithme de Google s’appuie-t-il pour délivrer cette réponse ? Pour reprendre les mots d’Amel, il ne donne ni de conseils ni de suggestions adaptés aux exigences particulières des usager-ères qui pourtant se contentent, globalement, des éléments de réponse apportés.

Je pense que la situation est un peu prématurée pour préjuger de l’impact réel de ChatGPT. Il faut également souligner que pour le moment, l’IA d’OpenAI n’est pas tellement intégrée à d’autres écosystèmes numériques. Cela se met en place progressivement. Notons que Microsoft prévoit d’intégrer ChatGPT à son moteur de recherche Bing. Cette intégration qui est directement orientée contre Google vise à « répondre de façon ciblée à l’internaute » et en apportant des réponses à partir de données postérieures à 2021 (pour l’instant ChatGPT ne s’appuie que sur des informations publiées en ligne avant 2021). Il existe également un client desktop pour Windows, MacOS et Linux ou même une extension pour le navigateur Chrome qui propose des résultats de recherche fournis par ChatGPT. Enfin, la dernière étape consisterait à implémenter ChatGPT dans d’autres écosystèmes comme celui des applications que nous utilisons massivement au quotidien. (Edit du 16/01 : les choses semblent s’accélérer du côté des iPhone.) En d’autres termes, plus les internautes seront soumis à des expériences dans lesquelles interviennent ChatGPT, plus l’IA s’améliorera et plus ielles s’adapteront aux réponses fournies.

Pour conclure, je ne pense pas que chatGPT représente une menace pour les bibliothèques. Si ChatGPT n’est pas intégré à d’autres écosystèmes, ce ne sera qu’un épiphénomène dont la hype laissera la place à un autre outil disruptif qui fera à son tour couler de l’encre. En revanche, si les entreprises du web l’intègrent à leurs propres outils, cela pourra reconfigurer le domaine de la recherche d’informations. En partant du principe que les internautes développent des pratiques cumulatives, ce n’est pas exagéré de penser que nous pourrons coexister à côté de ce genre d’outil. De plus, ces IA sont le fruit d’un long processus de développement et l’aboutissement d’un travail humain qui peut comporter des biais, qui interroge sur les modalités de sélection de l’information par l’IA et donc qui invite à s’inscrire dans une démarche d’éducation critique de recherche de l’information. Nous ne sommes donc pas menacé-es par ChatGPT. La véritable menace pour nous, à court ou long terme, c’est plutôt les réductions budgétaires et les postes non renouvelés qui ne nous permettent pas de pouvoir poursuivre nos missions et intégrer de nouveaux services afin d’être en phase avec les usages actuels et les problématiques contemporaines de la société. Mais ça, c’est un autre sujet. 

Numérique et écologie : comment répondre aux objectifs de la bibliothèque verte sans greenwahsing ?

11 octobre 2022 à 16:02

Sobriété numérique, énergétique, bibliothèque verte, éco-gestes… le vocable pour dire qu’on est globalement dans la panade ne manque pas. Mettons un col roulé et observons ce que les bibliothèques peuvent faire pour s’engager sur le terrain de la sobriété numérique. Je laisse volontiers de côté les autres aspects de la bibliothèque verte qui sont déjà abordés par d’autres établissements (poke la médiathèque de La Canopée). Je préfère parler de ce que je connais.

Infra, souveraineté et dépendance

En parlant d’écologie et de numérique, on pourrait avoir tendance à ne penser qu’aux usages ou qu’à ce qui transitent dans les tuyaux (bouh les vidéos de chats !). Mais nos usages numériques ne seraient rien sans les infrastructures physiques qui permettent de stocker, diffuser ou distribuer les paquets qui circulent à l’intérieur. L’ensemble de ces équipements (serveurs, câble, routeurs, commutateurs, datacenter…), de leur conception à leur acheminement en passant par leur entretien nécessitent de l’énergie et des ressources. A titre d’exemple, Apple indiquait dans un rapport de 2019 que la fabrication d’un MacBook pro de 16 pouces représentait 75% de l’empreinte carbone de l’ordinateur. Les 25% restant sont dédiés au transport (5%), l’utilisation (19%) et la fin de vie (1%). La prise en compte de l’empreinte carbone des usages numériques est manifestement compliquée parce que plusieurs critères sont à prendre compte pour pouvoir réussir à évaluer de façon globale l’impact carbone. 

Qu’on se le dise, en tant que bibliothèques, nous avons peu de marge de manœuvre sur toute une partie de nos infrastructures informatiques. Nous dépendons essentiellement des choix de nos prestataires. Notons toutefois que certaines DSI font le choix d’installer des VPS (serveur virtuel privé) pour héberger certaines applications métiers. Vérifiez par vous-même où est hébergé votre portail via https://sitechecker.pro. Après quelques recherches, non exhaustives, il apparaît que les plus gros éditeurs de bibliothèques hébergent les services en ligne de leurs clients en France. Ce qui pouvait être un argument commercial en mode « Made in France » il y a quelques années est devenu une obligation avec le RGPD. L’abandon du Privacy Shield en juillet 2020 qui encadrait les transferts de données transatlantique a dû contraindre les quelques prestataires qui auraient eu l’idée d’héberger les données de leurs clients sur le sol américain. (J’imagine que ça ne devait pas courir les rues non plus).

Cependant, cette question n’est pas si anodine que ça. Evidemment recourir à des hébergeurs comme Google, Amazon ou Microsoft (coucou le Health Data Hub), c’est loin d’être idéal sur le plan éthique ou en matière de souveraineté. Mais du point de vue de l’impact écologique, est-ce que les fournisseurs de services d’hébergement français sont aussi efficaces qu’un Google qui déclare être neutre en carbone depuis…2007 ?

Nous avons été la première entreprise de grande envergure à parvenir à la neutralité carbone et à compenser 100 % de notre consommation annuelle d’électricité par des énergies renouvelables.

https://sustainability.google/intl/fr/carbon-free/#climate-action

Bon évidemment, vous vous doutez bien que je ne vais pas faire la promotion des GAFAM. Mais c’est important d’une part, de connaître ses adversaires, et d’autre part, de les critiquer sur des arguments factuels. Et fort heureusement pour nous, nous ne sommes pas obligés de recourir aux services des géants de la tech car il existe des acteurs en France qui permettent de faire coïncider écologie et numérique. Je pense notamment à une entreprise comme Clever Cloud qui a annoncé par exemple un partenariat avec un tiers pour valoriser la chaleur produite par leurs infrastructures.

Les serveurs, distribués partout sur le territoire, sont directement installés dans des bâtiments ou des sites où la chaleur fatale informatique produite pourra être valorisée : logements, réseaux de chaleur, piscines, entrepôts logistiques… Ils sont ainsi distribués dans la ville sous forme de clusters de calcul aux consommations d’énergie largement réduites en comparaison de datacenters traditionnels

HTTPS://WWW.CLEVER-CLOUD.COM/FR/BLOG/PRESSE/2022/09/28/CLEVER-CLOUD-TRAVAILLE-AVEC-LE-FRANCAIS-QARNOT-COMPUTING-POUR-DE-LA-PUISSANCE-DE-CALCUL-RESPONSABLE-VALORISANT-LA-CHALEUR-FATALE/

Je vous vois déjà me dire « oui mais ton Clever Cloud, c’est qui, comment ça marche ». Et vous n’avez pas tout à fait tort. Je ne suis pas en capacité de dire si des éditeurs de logiciels de bibliothèques ont actuellement recours aux services de Clever Cloud. (N’hésitez pas à vous manifester dans les commentaires si c’est le cas). En revanche, en regardant les hébergeurs utilisés par nos prestataires, on peut noter une volonté de prendre en compte la problématique environnementale de l’activité numérique. L’entreprise C3rb fait appel aux services de la société Fullsave qui indique sur son site que leur « backbone dispose d’une technologie de multiplexage en longueur d’onde (DWDM) avec des équipements passifs, qui ne nécessite aucune alimentation électrique et qui ne dissipe pas de chaleur ». Ça ne nous indique pas vraiment si ses datacenters sont de véritables mines de charbon ou neutres sur le plan carbone. On peut espérer que sa politique environnementale s’applique à l’ensemble de ses services mais on ne peut s’appuyer que sur du déclaratif. De son côté, le prestataire OVH utilise une technique de watercooling pour refroidir ses infrastructures. Dans le même genre, l’entreprise SIGMA, hébergeur utilisé par les BM de Nantes, utilise un système de refroidissement qui utilise l’air extérieur pour refroidir les serveurs afin de limiter l’empreinte écologique du datacenter.

Tout cela est bien gentil mais force est de constater qu’on n’a pas la possibilité d’évaluer réellement ce qu’indique ces entreprises ni de choisir mais en revanche on peut avoir des éco-gestes bibliothéconomiques qui contribuent à réduire l’impact carbone des outils qu’on propose à nos publics.

Comment faire le colibri ?

Les outils de mesures d’audience

Afin de mesurer le trafic sur nos portails, on déploie des outils de mesure d’audience. Google analytics est souvent la solution privilégiée (pour de simples raisons économiques) mais qui est juridiquement risquée si vous continuez à l’utiliser à moins que vous ayez mis en place un système de proxy. Si c’est du charabia pour vous, demandez à retirer Google Analytics pour rester dans les clous.

Il existe des alternatives qui sont RGPD compatibles et qui fonctionnent avec un fichier de moins de 1 Ko. C’est le cas du logiciel Plausible qui est 45 fois plus petit que le script Google Tag (et respecte la vie privée des internautes).

Les services de police

De nombreux sites web font désormais appel à des services tiers pour afficher une police customisée. En effet, pour améliorer l’esthétique du site, on aura tendance à choisir la police qui va bien. Quelques services dominent le secteur, on peut citer pêle-mêle Google Fonts ou Font Awesome. Concrètement, cela signifie que le site web n’héberge pas la police choisie mais effectue une requête auprès du serveur du service tiers au moment du chargement de la page pour afficher la police. Moins, il y a de requêtes effectuées, moins l’empreinte carbone est importante.

Des illustrations légères

Le temps de chargement d’une image est proportionnel au poids du fichier. Par conséquent, on oublie les images de plusieurs Mo qui vont nécessiter plus de bande passante pour s’afficher. Pour alléger vos images, des outils comme TinyJPG existent. De même, une bonne habitude concernant les images consistent à les afficher uniquement quand c’est nécessaire. Grâce à l’attribut HTML « loading » et le paramètre « lazy », les images présentes sur une page web ne s’afficheront que quand l’internaute interagira avec en scrollant la page par exemple. Ainsi, cela permet d’économiser de la bande passante et par extension des ressources.

Des régies publicitaires

Je ne ferai pas de name & shame mais dans la préparation de cet article, j’ai pu tomber sur des sites de médiathèques qui intégraient la régie publicitaire DoubleClick. Preuve avec les captures d’écran suivantes :

Bon ben ça, on retire hein ! Je sais très bien qu’il ne s’agit pas forcément d’un choix des bibliothèques concernées mais plutôt de la part de l’éditeur du portail. J’ai constaté la présence de cette régie le même fournisseur. Allô la CNIL, c’est pour un signalement…

Bloquer les pubs et les pisteurs

Cette recommandation est valable pour les ordinateurs pros, les ordinateurs publics et même vos appareils personnels. En bloquant les régies publicitaires et les traqueurs, vous réduirez la taille des pages web. Et vous empêcherez les serveurs qui hébergent les trackers pour vous pister de tourner et consommer de l’énergie pour rien (et c’est valable même s’ils sont alimentés avec des énergies renouvelables…). Je vous recommande d’installer les extensions uBlock Origin et Privacy Badger. Je vous invite à regarder la vidéo ci-dessous pour comprendre comment les bloqueurs de pubs peuvent réduire la taille d’une page web.

Puisqu’on aborde la question des navigateurs, continuons avec la fonctionnalité prefetch. Par défaut ces derniers activent le pré-chargement des liens présents sur un site web afin de charger plus rapidement la page vers laquelle pointe le lien hypertexte afin de donner un sentiment de rapidité d’ouverture. Cependant, l’internaute ne choisira peut-être pas de cliquer sur le lien et donc la page aura été chargée pour rien. Consommation de ressource inutile tout ça, tout ça. Dans Firefox, on peut désactiver ce paramètre de la façon suivante :

Dans la barre d’adresse, saisir about:config (sous le message d’avertissement, cliquez sur « Accepter le risque et poursuivre », dans la barre de recherche saisir la préférence « network.prefetch-next » et basculer la valeur sur « false ».

Enrichissement de notices et fournisseurs de vignettes

Pour vos couvertures ou vos jaquettes, vous faites très certainement appel à un fournisseur de service : adav, gamannecy, distrimage… Pour que ces contenus s’affichent sur votre portail, une requête http est effectuée sur les serveurs de ces fournisseurs. A ce moment très précis de mon explication, vous vous dîtes « ah j’ai compris, c’est une requête inutile, c’est comme pour les polices vu précédemment ! ». Sur le principe, c’est juste. Mais à moins d’héberger chaque image de couverture et de penser à les supprimer une fois que vous avez pilonné le document, il n’y a pas vraiment d’autres solutions. Ce serait ingérable dans la gestion courante des collections. Et surtout, c’est sans compter sur une fonctionnalité importante des navigateurs qui est la mise en cache.

La mise en cache est une technique qui stocke une copie d’une ressource donnée et la renvoie quand elle est demandée. Quand un cache web a une ressource demandée dans son espace de stockage, il intercepte la requête et renvoie sa copie au lieu de la re-télécharger depuis le serveur d’origine.

https://developer.mozilla.org/fr/docs/Web/HTTP/Caching

Accompagner les usagers

Si on peut avoir une réflexion sur l’empreinte carbone de nos services en ligne, il ne faut pas exclure les services numériques qu’on propose dans nos murs. A travers les collections et les ateliers qu’on propose à nos publics, nous pouvons également sensibiliser et accompagner les usagers qui souhaiteraient réduire l’empreinte carbone de leurs usages numériques. Cela peut se traduire par une sensibilisation aux logiciels libres et l’intérêt d’utiliser un système d’exploitation comme Linux qui permet de prolonger la durée de vie des équipements informatiques. En effet, des distributions comme Xubuntu, Linux Lite ou ZorinOS Lite sont particulièrement adaptées à des ordinateurs qui commencent à présenter des signes de fatigue. En organisant des install party, animées par des médiateur-trices numériques ou en partenariat avec des associations de promotion des logiciels libres, vous permettrez à des usager-ères de ne pas avoir à racheter du matériel informatique et répondrez ainsi à la recommandation de l’ADEME qui indique qu’en passant de 2 à 4 ans d’utilisation d’un même équipement, on « améliore de 50% son bilan environnemental. »

Et le DIY, les fab lab, c’est écologique ça ?!

La mode est au DIY et invite à repenser nos modes de consommation caractérisée par une satisfaction immédiate et illimitée des besoins construits artificiellement par des marketeux en cravate. La thématique du faire soi-même n’a pas épargné les bibliothèques et les cas d’établissements qui proposent des espaces de fabrication numérique témoignent de cette dynamique. Mais l’impression de bouts de plastique est-elle réellement compatible avec l’urgence climatique que nous vivons ? Entre les composants électroniques, les planches de bois, la consommation électrique des équipements (plotter, fraiseuse, impression 3d, découpe laser…), les pollutions rejetées par les machines (le plotter de découpe génère des poussières, des fumées et des particules de produits polluants), l’impact écologique mérite donc d’être pris en compte.

On vente souvent les louanges du DIY, l’achat de composants électroniques fabriqués en Chine puis importés par containers, cela a un coût écologique réel. Le mythe du DIY mérite d’être déconstruit. Pour créer une boîte à histoires lues, un distributeur d’histoires courtes, un détecteur de CO2 pour favoriser l’aération d’une pièce, il faut commander des pièces dans des quantités minimes au regard du coût de production et de celui du transport. Or, acheter ces produits réalisés de façon industrielle permet de réduire ces coûts. Si le capitalisme nous dirige droit dans le mur, il a aussi l’avantage de rationaliser la production et les coûts (économiques mais aussi écologiques).

Que les choses soient claires, je ne juge pas mais j’invite à la réflexion. Si on souhaite collectivement, au nom de la profession, s’intéresser aux enjeux écologiques et contribuer à la lutte contre le changement climatique, il me paraît nécessaire d’être honnête et de pouvoir faire son autocritique. On peut envisager de faire du DIY avec de la récup en récupérant du bois du mobilier ou des composants électroniques de matériels qui en contiennent (vieux ordinateurs, jouets, appareils électroniques mis au rebus) plutôt que de commander chez GoTronic, Snootlab ou RS… C’est plus complexe et plus contraignant. Mais les vagues de chaleur, le manque de ressources et les conséquences du bouleversement climatique que nous n’avons pas encore entièrement mesurées sont pas mal contraignantes aussi. Si on veut que la bibliothèque soit au cœur de la cité, un espace de participation aux débats de société, de contribution et d’expression de la parole citoyenne, on ne peut pas faire fi de ces questionnements. Nous devons intégrer ces réflexions dans notre pratique professionnelle pour faire en sorte que le concept de bibliothèque verte ne se transforme pas en greenwashing.

Les bibliothèques, leur dette technique et ses conséquences

2 juillet 2021 à 07:00

Les bibliothèques ont accumulé depuis des années une dette technique en se concentrant sur la fourniture de ressources et de contenus numériques dissimulés derrière des remparts technologiques.

Pendant des années, on s’est concentré à faire la promotion de plateformes qui sont inutilisables, constituées d’obstacles qui ont de quoi dissuader les usagers. DRM, mots de passe multiples, plugins spécifiques à installer sur sa machine, exclusion des machines sous Linux…

On a passé du temps à produire des tutos, des guides, à faire de l’accompagnement, des portes ouvertes, des démos… pour que les usagers réussissent à utiliser ces plateformes. Tout ce temps consacré à faire du service après-vente nous a empêché de mettre nos forces ailleurs. Les semaines, les mois, les années sont passées et nous nous sommes habitués aux obstacles et à l’expérience utilisateur dégradée en se disant que de toute façon on ne pouvait pas concurrencer les plateformes commerciales. Pendant qu’une minorité dénonçait les menottes numériques, les accès à jetons et les licences limitées dans le temps, les usagers ont développé leur pratiques culturelles numériques en dehors des bibliothèques. Les usages liés à la SVOD sont clairement installés et vont continuer à se développer. Nous payons aujourd’hui notre dette technique.

Ecopons avec notre SEO

Comme on pouvait s’y attendre, la crise du Covid a provoqué une accélération des usages numériques. Le baromètre du numérique 2021 indique que 92 % de la population se connecte à internet, soit 4 points de plus que l’an dernier. Cette évolution concerne notamment les seniors et les personnes peu ou pas diplômées (85 % → 91 % pour les personnes niveau BEPC et 55 → 66 % pour les non diplômés). Avons-nous enregistré une hausse aussi significative du nombre d’adhérents ou de l’utilisation des ressources numériques qu’on paye à prix d’or? Alors même que nous étions le seul équipement culturel ouvert pendant la crise sanitaire ! Nous payons notre dette technique.

Nous disposons du recul et de l’expérience pour faire le bilan. Je pense que nous avons arrêté de défendre l’intérêt général (les plus à l’aise avec le numérique de nos usagers arriveront à utiliser ces plateformes) et avons accepté de proposer un simulacre d’expérience de ressources numériques. Pendant que nous avons consacré notre énergie à montrer que nos plateformes de streaming sont incroyables, nous avons oublié de nous concentrer sur le fonctionnement du web et du principe même du référencement.

Avec nos usines à gaz, nous avons oublié de nous intéresser au parcours de navigation qui permet à un internaute de tomber sur une ressource. Nous ne nous sommes pas préoccupés de notre SEO.

Ce terme défini l’ensemble des techniques mises en œuvre pour améliorer la position d’un site web sur les pages de résultats des moteurs de recherche (SERP)

https://www.seo.fr/definition/seo-definition

Mettons-nous un instant dans la peau d’un usager qui recherche des films en streaming gratuit. Une requête qui a été fréquemment utilisée pendant le premier confinement.

Google Trends révèle l’importance des recherches de films en streaming pendant le premier confinement

En saisissant les mots-clés « film streaming gratuit » on s’aperçoit que les bibliothèques et leurs ressources numériques font partie du darkweb…Pas un site de médiathèque ni d’un prestataire de médiathèque ne remonte dans les résultats de recherche.

Aucun site de bibliothèque

Même si on rajoute « légal »….

CQFD. Nous sommes invisibles. A notre décharge, nous ne sommes pas entièrement responsables de cette situation mais en sommes complices. Nous avons fait confiance aux fournisseurs de plateformes, nous avons découvert des nouvelles façons d’acquérir et de proposer ces ressources dématérialisées, nous avons cru que l’abonnement à une ressource numérique suffisait à faire entrer la bibliothèque dans l’ère du 2.0. Mais nous avons été pris au piège et nous payons aujourd’hui notre dette technique. La médiation numérique appuyée sur une activité de production de contenus encadrée par des règles de l’écriture web et du référencement naturel aurait pu changer la donne.

Sommes-nous indispensables ?

J’ai déjà eu l’occasion d’exprimer mon point de vue sur l’indispensabilité des bibliothèques. C’est d’ailleurs le thème du prochain congrès de l’ABF. Cette question rhétorique est une coquetterie bibliocentrée. Il est peu probable que la conclusion de cette grand-messe réponde par la négative. Mais je pense que notre crise identitaire nous conduit à nous poser de mauvaises questions ou à prendre de mauvaises décisions. L’année de crise sanitaire a accentué cette perte de sens.

Consacrer un temps fort professionnel sur un concours de toilettes me paraît totalement déconnecté des préoccupations de la majorité de la population. En particulier pendant une période où nous avons été en contact avec les usagers qu’à travers le click and collect. Je ne vais pas me faire des amis mais j’ai l’habitude et les commentaires en-dessous de l’article sont ouverts.

C’est très sympa d’écrire sur les murs des toilettes mais si on veut défendre l’inclusion, peut-être qu’il faudrait faire un concours des sites de bibliothèques RGAA réellement accessibles ? Ou faire un concours des bibliothèques qui promeuvent la gratuité ? Ou un concours qui dénoncent les amendes en cas de retard des documents ? Ou bien encore des bibliothèques qui demandent des cartes d’identité et des justificatifs longs comme le bras pour s’inscrire ? Ou encore le palmarès des initiatives envers les publics non-francophones ? Au vu des attaques régulières contre les migrants, ce serait peut-être bien de se positionner en faveur de cette partie de la population parce que la diffusion des connaissances et le droit à l’accès à l’information ne connaissent pas de frontière.

Sans vouloir défendre mes marottes (mais un peu quand même) le dernier baromètre du numérique indique que les internautes sont préoccupés par la protection des données personnelles. (1/3 des internautes) Quand est-ce qu’on décide collectivement de s’emparer de cette problématique ? Pourquoi y-a-til un silence radio des associations professionnelles quand le gouvernement annonce un dispositif de surveillance de masse ? Sauf si on considère que la construction du citoyen peut se faire sous l’oeil d’un Etat panoptique, je ne comprends pas que la profession ne se mobilise pas sur ces sujets.

La vie privée et les données personnelles semble préoccuper les internautes

Les bibliothécaires américains commencent à s’interroger sur le futur des collections de DVD au regard du développement des usages liés à la SVOD. Allons-nous continuer à regarder le train passer et à faire comme l’industrie musicale et le développement du mp3 au tournant des années 2000 ? Il ne tient qu’à nous de nous emparer des problématiques de notre temps pour retrouver du sens dans notre action et montrer à la population que nous sommes utiles et peut-être indispensables.

Bel été à tous et prenez soin de vous !

Des drones en bibliothèques ? Quelle drôle d’idée !

22 mars 2021 à 17:47

L’industrie s’est appuyée sur la robotique pour pouvoir automatiser un certain nombre de tâches répétitives qui peuvent remplacer l’humain afin d’accroître la productivité et donc la rentabilité. Les progrès techniques ont permis d’automatiser le travail et le fantasme de l’intelligence artificielle propose d’étendre encore un peu plus ce rêve. Les bibliothèques ne sont pas épargnées par l’automatisation de leur activité. Les automates de prêts ont été conçus dans cette perspective afin de libérer du temps pour permettre aux bibliothécaires de se consacrer à de la médiation. Et si es bibliothèques s’équipaient de drone non pas pour surveiller les usagers mais plutôt pour effectuer des récolements par exemple ?

Après la RFID, place aux drones

Une étude s’est penchée sur l’utilisation d’un drone qui serait utilisé pour réaliser un inventaire ou identifier des documents mal rangés en partant du principe que l’aéronef est déjà utilisé dans d’autres secteurs et présente des avantages par rapport aux robots qui sont expérimentés dans certaines bibliothèques : taille, maniabilité, faible consommation électrique, coûts… Un des obstacles pointés par les auteurs de l’étude est de réussir à faire voler un drone dans un espace clos. Si la plupart des dispositifs utilisés de nos jours sont conçus pour des vols extérieurs, il existe cependant des systèmes de drones pour voler en intérieur.

Une des difficultés que l’équipe en charge du drone a dû intégrer est l’agencement et l’organisation des rayons au sein de la bibliothèque. Le drone doit pouvoir être capable de se déplacer dans tous les espaces, prendre en compte la taille et la hauteur des rayonnages sans l’intervention externe d’un humain. Pour leur recherche, les auteurs ont utilisé le drone Parrot Bebop 2 d’une taille relativement réduite pour pouvoir se faufiler partout (28 × 32 × 3.6 cm). Il est équipé d’une caméra RGB (capable de prendre des images couleurs et prendre en compte la profondeur).

L’utilisation d’un drone en intérieur conduit à une seconde difficulté liée à la cartographie. Si les drones peuvent être équipés de capteurs GNSS (Global Navigation Satellite System) leur permettant de se repérer dans l’espace, cela fonctionne mal en intérieur. Et les coordonnées GPS ne sont pas précises à l’intérieur d’un bâiment. Pour y remédier, les chercheurs ont mis en place un système de marqueurs pour aider le drone à se repérer et identifier les étagères. Je vous passe le passage de l’étude qui explique certains étalonnages peuvent être requis pour permettre au drone d’identifier correctement les marqueurs. Je vous laisse apprécier l’esthétique globale du rayonnage :

Déjà que les Qr-Code, c’est moche…

Après avoir effectué le balisage via les marqueurs et paramétrer le circuit du drone, l’aéronef peut procéder à la reconnaissance des livres. Il va identifier chaque livre présent sur l’étagère mais pour cela il doit prendre en compte les caractéristiques visuels de chaque livre (la taille, couleur, épaisseur, le style du titre…). Cela rend l’opération de reconnaissance difficile à réaliser. Pour y parvenir les chercheurs s’appuient sur des techniques de deep learning. Il faut donc alimenter l’algorithme à coups d’images sous différents angles de chaque livre pour permettre au drone d’être ensuite en capacité d’effectuer son processus de reconnaissance. En outre, le drone s’appuie également sur la cote présente sur le dos du livre pour effectuer la reconnaissance. En effet, il est équipé d’un système reconnaissance optique des caractères (OCR).

Processus de reconnaissance de caractères par le drone

Machine 0 – Humain 1

Les chercheurs ont effectué des tests du UJI Aerial Librarian Robot dans une bibliothèque universitaire. Ils précisent que cela a été réalisé en dehors des heures d’ouvertures pour éviter de perturber les usagers présents. Afin de se rapprocher au mieux des conditions réelles d’une bibliothèque ils ont volontairement dérangé des rayons ou mal positionnés des livres. Ils sont parvenus à une moyenne de reconnaissance et de localisation de 65 %. Ils reconnaissent qu’en l’état actuel, le dispositif manque de précision et nécessiterait une amélioration pour être utilisée dans des conditions réelles.

D’après les résultats de cette expérimentation, il semblerait que nous allons devoir attendre encore quelque temps avant de pouvoir compter sur les drones pour automatiser certaines de nos tâches. Cette étude n’a ni la vocation ni la prétention de proposer un dispositif opérationnel. Cela s’inscrit dans une démarche scientifique. Elle a le mérite de s’intéresser aux bibliothèques et montre comment les technologies modernes pourraient faciliter le travail des bibliothécaires.

Cependant, cette étude dit quelques choses de l’évolution et de la place des technologies dans notre société. Pour ma part, j’y vois un risque qui est celui de l’accoutumance aux technologies que cela peut produire. La banalisation de l’utilisation des drones contribue à nous faire accepter cette technologie quand elle se répand dans l’espace public notamment à des fins sécuritaires. C’est exactement ce qui se passe avec la reconnaissance faciale qui est embarquée dans les smartphones et qui est utilisée pour déverrouiller son appareil. On trouve la reconnaissance faciale pratique dans un premier temps, puis on s’habitue à cette technologie et on est plus surpris quand elle est déployée dans des applications de service public. Enfin, on finit par l’accepter voir la désirer quand elle est présentée pour assurer notre sécurité.

Source : MDPI Open Access Journal

Offrir des espaces de confidentialité en temps de Covid

14 mars 2021 à 19:53
Démonstration de la cabine insonorisée – Stella Wieser

La crise du coronavirus, l’explosion du télétravail et des visioconférences ont fait ressortir le besoin d’espace pour travailler ou passer des entretiens d’embauche alors même que la plupart des lieux sont fermés en raison des restrictions sanitaires. La bibliothèque de Carthage, dans l’Etat du Texas, a peut-être trouvé la solution au problème.

La bibliothèque Sammy Brown a installé deux cabines insonorisées équipées d’ordinateur portable pour permettre aux usagers de s’isoler et de pouvoir réaliser des visioconférences sans se sentir écouter ni déranger les autres usagers de la bibliothèque.

Ce projet a été rendu possible grâce à une bourse attribuée par l’Institute for Museum and Library Services pour aider et accompagner les établissements de lecture publique à s’adapter et maintenir une activité à cause du coronavirus. Comme l’explique Kim Corner, la directrice de la bibliothèque, les usagers viennent souvent dans l’établissement pour utiliser les ordinateurs et effectuer des démarches autour de l’emploi. Evidemment, les restrictions sanitaires ont empêché les usagers de pouvoir profiter d’une large partie des services proposés par la bibliothèque. Face au besoin de pouvoir disposer d’un espace intime pour effectuer une visioconférence, les bibliothécaires ont décidé de concevoir un espace qui permette de répondre à ce besoin. Là où se distingue le projet de la bibliothèque Carthage, c’est que la mise en place de ces cabines insonorisées n’a pas nécessité de grands travaux d’aménagement. Une partie de la subvention a également été utilisée pour faire l’acquisition de deux ordinateurs portables adaptés à la visioconférence parce que les ordinateurs de la bibliothèque n’étaient pas adaptés pour cet usage. La directrice souhaite que cet espace soit pleinement investi y compris pour des réunions d’affaires ou de la téléconsultation.

Cet événement est l’occasion de rappeler que les bibliothèques sont encore aujourd’hui souvent le lieu privilégié pour disposer d’une connexion internet. Ce service est particulièrement vital en milieu rural mais aussi en milieu urbain où la plupart des lieux sont fermés. Les bibliothécaires américains ont su très tôt se saisir de cette problématique en élargissant l’accès au réseau wifi de la bibliothèque au-delà des horaires d’ouverture pendant le début de la crise sanitaire. Quand d’autres ont augmenté la bande passante afin de pouvoir satisfaire la demande ou prêter des hotspots wifi pour permettre aux usagers d’avoir accès à internet pendant le confinement. Quand il est difficile de disposer d’un espace pour s’isoler chez soi, cette idée de cabine insonorisée est une solution utile et adaptée pour de nombreuses personnes. Cela peut également être une offre proposée aux personnes qui souffrent en télétravail de ne plus pouvoir rencontrer des gens ou leurs collègues. La perspective de sortir et de se rendre à la bibliothèque pour effectuer une visioconférence dans une cabine adaptée est un moyen efficace pour ces personnes de sortir de l’isolement qu’elles peuvent ressentir.

Source : Panola Watchman

Amazon refuse de vendre des livres numériques aux bibliothèques américaines

11 mars 2021 à 07:00

Le marchand en ligne craint que le modèle de prêt de livres numériques des bibliothèques porte atteinte aux intérêts économiques des auteurs.

https://www.stop-amazon.fr/Tous-les-visuels-pour-la-mobilisation
https://www.stop-amazon.fr/

Dans un article du Washington Post (propriété de Jeff Bezos), Geoffrey A. Fowler explique que les bibliothèques américaines ne peuvent pas fournir à leurs usagers des livres numériques publiés par Amazon parce que le géant du commerce en ligne considère que les établissements de lecture publique contribuent à cannibaliser des ventes de livres. La domination d’Amazon est déjà un problème connu dans le domaine du numérique mais il apparaît que la situation de monopole de l’entreprise a aussi des conséquences sur la capacité des gens à pouvoir accéder à des oeuvres. Amazon représente une menace pour les librairies, est-ce au tour des bibliothèques d’être inquiètes ?

Amazon fait la pluie et le beau temps dans le secteur du livre numérique. Il occupe une position stratégique en étant à la fois libraire, éditeur, vendeur de matériel de lecture et même bibliothécaire. Si jusqu’à présent les bibliothèques américaines étaient peu concernées par l’entreprise, la situation a changé avec cette déclaration de guerre. Et il semblerait que les bibliothécaires américains en ont totalement conscience. L’association américaine des bibliothèques considère qu’Amazon représente « la plus grande menace » pour les bibliothèques.

Si certains considèrent qu’Amazon est libre de définir les conditions de vente de ses livres, l’auteur rappelle les enjeux démocratiques et citoyens que représentent cette décision. En effet, tout le monde n’a pas les moyens de pouvoir acquérir des livres et constituer sa bibliothèque personnelle. En étant ouverte à tous, souvent gratuitement, les bibliothèques permettent de concrétiser ce principe d’égalité en fournissant un accès égal et équitable entre chaque individu. Un autre exemple en lien avec l’actualité permet de souligner la gravité de la décision d’Amazon. Michael Blackwell, responsable d’une bibliothèque, cite l’exemple d’une personne qui se retrouve au chômage à cause du Covid 19 et qui souhaiterait lire des livres pour acquérir de nouvelles compétences et retrouver le chemin de l’emploi. Une personne dans cette situation ne pourrait pas se tourner vers sa bibliothèque parce qu’elle ne pourrait pas lui proposer ce genre de livres qui pourrait être vendu par Amazon. Avec son refus, le GAFAM contribue à réserver la culture et l’accès aux savoirs à une catégorie privilégiée de la population. Dans un contexte de multiplication des plateformes numériques, qui a les moyens de pouvoir s’abonner à chacune d’entre elles pour avoir accès à un large éventail de l’offre éditoriale ? Les bibliothèques sont donc définitivement un moyen d’y parvenir.

En outre, la politique d’Amazon transforme le droit d’auteur en un droit d’éditeur en confisquant à l’auteur le choix d’autoriser ou non la diffusion de son oeuvre. Certains auteurs publiés par Amazon ne sont d’ailleurs pas particulièrement alignés sur la position d’Amazon.

Pollan, lauréat du prix James Beard, qui a publié en 2019 Caffieine en exclusivité sur le service de livre audio Audible a déclaré qu’il n’était pas au courant que son livre n’était pas disponible dans les bibliothèques. « Si cela tenait qu’à moi, il le serait ».

https://www.washingtonpost.com/technology/2021/03/10/amazon-library-ebook-monopoly/

Par ailleurs, exclure les bibliothèques au motif qu’elles pourraient nuir aux intérêts économiques des auteurs est une ineptie quand on sait que les bibliothèques américaines payent les livres bien plus chers que les particuliers. Elles peuvent payer « entre 40 et 60 dollars pour un livre numérique et même plus de 100 dollars pour un livre audio à succès. »

Enfin, dans le contexte sanitaire où les bibliothèques ont surinvesti le livre numérique et les contenus numériques pour pouvoir continuer à proposer leurs services pendant les confinements, le choix d’Amazon apparaît définitivement comme une déclaration de guerre.

Source : Washington Post

Coronavirus, le virage manqué des bibliothèques ?

18 mars 2020 à 15:21

#RestezChezVous est le mot d’ordre. En raison de la crise sanitaire que traverse le pays, une bonne partie de la population est contrainte au confinement. Cette crise est intéressante à plus d’un titre et représente un événement important pour les bibliothèques.

Les métiers indispensables à la vie de la Nation

Un des grands problèmes que notre profession a dû mal à surmonter est la vision bibliocentrée des professionnels. Combien pensent que la bibliothèque est le centre de gravité de la vie des individus ? Il suffit de regarder les thèmes de journées d’étude, de congrès et de la presse professionnelle pour mesurer l’étendue du problème. Certes, ce réflexe est légitime mais il est aussi ce qui nous a éloigné d’une partie des usagers. Des situations exceptionnelles comme celle que vivons actuellement mettent en lumière ce problème.

Nous ne sommes pas indispensables à la vie de la Nation ni à celle des individus. Si c’était le cas, une loi imposerait à chaque commune d’avoir un établissement de lecture publique. Le taux d’inscription des usagers serait également bien plus haut. Certes nous sommes utiles, nous pouvons permettre à des individus de trouver des ressources qui leur permettront de transformer leur vie. Mais nous ne sommes pas indispensables. Croire que nous le sommes est une fois de plus l’expression du syndrome du bibliocentrisme.

Ce bibliocentrisme a pu sembler se justifier au siècle dernier. Avant le développement des usages numériques du 21ème siècle, les bibliothèques jouissaient d’un monopole sur l’accès aux savoirs et aux connaissances. A travers leurs collections, elles étaient les seules à pouvoir garantir l’accès à l’information aux individus. Mais ce tropisme des collections constituant l’ADN d’une partie de la profession devrait être résolu.

« Ce tropisme de la collection chez les bibliothécaires fait oublier que l’existence d’une collection imprimée n’est que la conséquence de la rareté de l’espace disponible dans les bâtiments que sont les bibliothèques. Le numérique permet de briser cette rareté, ce qui déplace l’enjeu de la collection vers la médiation des contenus. »

Source : Silvere Mercier

D’avoir fait des collections l’alpha et l’oméga de la profession sans prendre en compte l’évolution des usages et les progrès des technologies de l’information et de la communication conduit les bibliothèques à être reléguées en deuxième division en cas de crise comme celle du coronavirus qui nous contraint au confinement.

L’indispensable médiation

A l’heure où le web fournit un accès à une quantité illimitée de contenus, l’enjeu réside dans la capacité à pouvoir accompagner dans le choix. L’abondance de ressources disponibles induit la question du choix. Comment faire pour choisir, pour accéder, pour découvrir dans un océan de contenus ?

La crise de confinement que nous vivons révèle très précisément ces enjeux. Nous disposons d’un temps supplémentaire exceptionnel que nous devons combler. Avec des plateformes de musique proposant plusieurs dizaines de millions de titres, avec des services de vidéos à la demande avec un catalogue dont le temps de visionnage dépasse l’ensemble d’une vie, des plateformes de jeux vidéo en illimité, l’accès aux contenus n’est définitivement plus un problème. Tout le monde a compris que tout se jouait désormais dans l’accompagnement et le recommandation… sauf peut-être les bibliothécaires.

Les sites de presse spécialisée ou généraliste ont depuis longtemps compris la nécessité de proposer un accompagnement au choix. Bien évidemment, je mentirai en disant que les bibliothèques n’ont rien fait de similaire. J’ai vu passer des posts sur les réseaux sociaux qui recommandent des contenus à leurs usagers. Cependant, il s’agit souvent de renvois vers des ressources numériques auxquelles sont abonnées les bibliothèques. En effet, beaucoup de bibliothèques vont profiter de l’occasion pour faire de la promotion de leurs ressources numériques mais pas de la médiation. Elles communiquent en indiquant que plus 15000 livres sont disponibles en version numérique à télécharger. On retrouve à nouveau cette logique de collections et non pas la tentative de faire coïncider un besoin informationnel/documentaire avec des ressources. (Ex: 3 pour tablettes à télécharger pour occuper vos enfants, 5 sites pour vous aider à assurer la continuité pédagogique à la maison, 8 jeux vidéo pour faire passer le temps…).

Accès verrouillé VS accès ouvert

Promouvoir un accès à des plateformes de livres numériques (chut, chut, pas de marques) de la bibliothèque, c’est prendre le risque d’avoir des usagers qui restent sur le carreau et n’arrivent pas à télécharger leur epub en raison des difficultés d’accès des usines à gaz qu’on a l’habitude de proposer. Pour accéder à ce genre de contenus, les usagers doivent saisir leur identifiant, leur mot de passe, créer un compte Adobe Digital Editions pour gérer les DRM, ne pas avoir oublié le mot de passe s’ils avaient déjà créé leur compte… Toutes les étapes pénibles qu’on a l’habitude de gérer au quotidien auprès des usagers ne pourront certainement pas se faire à distance en période de confinement. En ne proposant que cette catégorie de ressources, nous risquons de nous couper d’une partie des usagers qui vont bénéficier d’un accès ultra simplifié à des plateformes commerciales voire illégales.

Par ailleurs, le modèle économique des plateformes comme PNB est contradictoire avec la période que nous vivons. Ces ressources numériques s’appuient sur des systèmes de jetons attribués par titre. Autrement dit elles reposent sur la rareté. Au-delà de la limite fixée par les éditeurs, il faudra racheter le livre. Comment faire pour acheter des documents en période de confinement ? Comment faire signer un bon de commande ? Encore une fois, le prisme des collections nous met hors-course. Alors que Canal + propose un accès gratuit pendant la période de confinement, ainsi que le média Les jours, des plateformes de podcasts, des éditeurs de manuels scolaires, l’Opéra de Paris… est-ce que les éditeurs qui proposent des titres via PNB vont supprimer le nombre de jetons pour permettre un accès le plus large possible le temps du confinement ? L’initiative de Publie.net mérite d’ailleurs d’être saluée. Pendant 15 jours, une partie du catalogue est accessible gratuitement et diminue le prix de l’abonnement.

Prendre le train en marche

Il n’est pas trop tard et nous pouvons collectivement essayer de prendre le virage numérique des usages. Ce n’est pas de proposer des ressources numériques qui feront de nos bibliothèques des établissements modernes. Notre résilience réside dans notre capacité à comprendre les enjeux de la médiation numérique des savoirs. Je ne dis pas qu’il faut arrêter de nous concentrer sur les collections, je dis qu’il faut qu’on rajoute une nouvelle corde à notre arc. Il faut qu’on intègre véritablement dans nos activités bibliothéconomiques le web et les contenus qu’il fournit. Nous devons être en phase avec les pratiques actuelles des individus qui reposent sur une connexion internet mobile. Inscrivons-nous dans l’écosystème de leurs usages en concevant des dispositifs de médiation adaptés. Cette voie sera la seule voie qui nous permettra de justifier notre utilité.

Les tendances technologiques en bibliothèques

14 mars 2019 à 13:54

Il y a quelques jours au cours d’une conférence, Bill Gates a listé les dix innovations technologiques à venir qui vont transformer le monde. De l’énergie nucléaire à la santé en passant par l’alimentation, ces technologies sont supposées transformer nos vies et notre quotidien. Mais si on regarde du côté des bibliothèques, on voit qu’une autre ligne se dessine et des technologies sont en train de faire leur place et transforment non pas le monde mais l’image des bibliothèques et la pratique des professionnels. 

L’American Libraries Magazine a interrogé des spécialistes « tech » dans le monde des bibliothèques pour faire le tour des tendances actuelles en matière d’applis, d’appareils, de logiciels et la façon dont certaines bibliothèques s’en sont emparées et les ont intégrés dans leur offre de services.

Les technologies immersives

D’après Joyce Kasman Valenza (@joycevalenza), les bibliothèques ne se sont pas suffisamment saisies de la réalité virtuelle (VR), de la réalité augmentée (RA)  et de la réalité mixte (RM)  et du potentiel que ces dispositifs technologiques peuvent offrir. Le coût des casques de réalité virtuelle constitue encore actuellement une barrière et beaucoup de bibliothèques ne peuvent pas faire l’acquisition de ce type de matériel. Celles qui en possèdent se limitent souvent à un effet show-room. On montre un dispositif pour donner à voir et faire découvrir aux usagers comment on peut vomir en 3’20.  D’après l’ex-bibliothécaire, la réalité virtuelle pourrait par exemple être envisagée pour proposer des parcours et des expériences enrichis pour valoriser les collections. La VR pourrait être mise au service de l’apprentissage et l’éducation (e.g  les médecins qui se forment à la chirurgie avec la VR).

Au-delà du jeu, Valenza cite l’exemple de nouvelles formes de narrations
conçues spécifiquement pour la réalité virtuelle. Elle cite notamment Google Spotlight Stories, (mise à jour : la fermeture de ce service a été révélée aujourd’hui) des histoires. Certaines histoires sont accessibles sous la forme d’applications à télécharger ou directement sur YouTube. Google présente de la façon suivante :

« Nous combinons l’art et les sciences pour développer des technologies innovantes et créer des histoires immersives pour le 360°, la RV sur mobile et les casques de réalité virtuelle. Vivez pleinement l’expérience : regardez, écoutez, explorez. »

https://atap.google.com/spotlight-stories/

Mais Google n’est pas le seul  à proposer ces expériences narratives. On note également Storyfab (applications de VR pour les appareils fonctionnant avec iOS d’Apple) ou encore Metaverse qui permet aussi de créer des contenus interactifs en réalité augmentée (RA). Cela fonctionne à partir d’une appli ou bien depuis un ordinateur. Ces outils sont une occasion pour les bibliothèques d’élargir leurs collections et de pouvoir proposer de nouvelles expériences narratives aux usagers.

Valenza poursuit en proposant d’autres usages possibles de la VR, de la RM et de la RA pour proposer des expériences insolites comme se déplacer dans le système solaire, être plongé au cœur d’une tornade, se déplacer dans un camp de réfugiés ou encore manipuler et disséquer un corps humain modélisé en 3D. Autrement dit, c’est pouvoir donner forme à des connaissances que l’on trouve par ailleurs dans les collections mises à disposition. Cela constitue une forme de complémentarité des supports pour mettre en pratique les connaissances acquises via les documents physiques.

Enfin, elle conclut avec une expérience de la RA avec le Merge Cube. Il s’agit d’un dispositif conçu pour jouer et apprendre à partir d’un cube. Si le merge cube propose des jeux en réalité augmentée, il a notamment été conçu pour enseigner et apprendre les S.T.E.A.M (sciences, technologie, ingénierie et les mathématiques). Cela fonctionne avec une appli ou bien des lunettes adaptées.

Développer la culture numérique

Ce n’est pas un élément particulièrement nouveau, les bibliothèques participent à l’acquisition et au développement d’une culture numérique. Valenza revient sur l’importance de sensibiliser les usagers à la question de la propriété intellectuelle et de le faire découvrir les licences comme les Creative Commons afin qu’ils puissent utiliser des contenus en toute légalité. Valenza prend l’exemple d’un barbier qui veut réaliser des flyers pour faire de la publicité sur sa boutique. Ce dernier a tout intérêt à connaitre des banques d’images comme Pixabay, Pexels ou Unsplash qui proposent des photos de qualité librement réutilisables. La bibliothèque est un lieu ressource qui peut l’accompagner.

Suzan Wulf, responsable des services numériques de la bibliothèque publique de Niles dans l’Etat de l’Illinois, partage l’expérience de son établissement autour des ressources numériques. Il y a actuellement tout un débat sur la nécessité ou non de former les jeunes à l’apprentissage du code informatique. Sa bibliothèque s’est abonnée à la plateforme Treehouse pour apprendre à coder. Comme beaucoup de ressources numériques proposées par les bibliothèques, le taux d’utilisation ne décollait pas.  Pour pallier cette sous-utilisation, la bibliothèque a mis en place des « cours » de code grâce à la plateforme selon le modèle de la classe inversée. Les usagers  consultent les vidéos chez eux ou seuls puis s’inscrivent à des sessions collectives dans les murs de la bibliothèque pour effectuer des quiz et résoudre des défis. Grâce à cette formule, la fréquentation a explosé et les statistiques d’utilisation ont été multipliées par 4 en deux mois. C’est une bonne stratégie de médiation pour favoriser l’appropriation d’une ressource numérique payée par la bibliothèque.

Enfin, Valenza insiste sur la question des ressources éducatives libres. Les bibliothèques doivent s’engager dans le mouvement de l’open access, de la science ouverte et de l’open data qui constituent des alternatives pour garantir une véritable équité dans l’accès à l’information et aux savoirs. Elle cite l’exemple du portail OASIS (Openly Available Sources Integrated Search) développé par la bibliothèque de l’Université Suny Geneseo. Ce portail est un outil de recherche qui indexe 78 sources différentes représentants plus de 316 000 documents. Son objectif est de faciliter la découverte de contenus ouverts.

Favoriser l’inclusion et dépasser la barrière de la langue

Les bibliothèques sont ouvertes à tous mais celles et ceux qui rencontrent des difficultés avec la langue peuvent se censurer et ne pas venir à la bibliothèque. Il existe des ressources pour permettre d’apprendre une langue notamment pour des primo-arrivants. Mais il peut-être difficile pour ces personnes d’utiliser des ressources numérique mises à leur disposition si l’interface de l’ordinateur n’est pas dans leur langue maternelle. Pour contourner cette discrimination, des bibliothèques ont recours à des applications de traduction en temps réel pour pouvoir comprendre la demande d’un usager y répondre. Plusieurs outils sont utilisés comme l’application SayHi pour mobile qui propose des traductions en 90 langues et dialectes.

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Fermons les bibliobus, déployons des book bots !

11 mars 2019 à 13:11

Derrière ce titre volontairement provocateur se cache un dispositif en phase de test déployé aux Etats-Unis qui reprend le principe de desserte d’un quartier spécifique aux bibliobus.

La bibliothèque publique de Mountain View en Californie teste un nouveau dispositif pour faciliter le retour des documents : le book bot. C’est un robot qui patrouille un quartier de la ville pour permettre aux usagers de restituer les documents (livres, cd, DVD, audiolivres) qu’ils ont emprunté ou d’autres objets que la bibliothèque pourrait prêter. Le robot n’est pas conçu pour livrer des documents pour le moment. Il s’agit d’un projet développé en partenariat avec Google dans le cadre du projet Area 120 qui met en œuvre des dispositifs expérimentaux. Ce n’est pas anodin, on est à Mountain View, ville où siège Google.

Fonctionnement du service

Le robot fonctionne une fois par semaine, le jeudi de 10h à 20h. S’il est équipé de phares pour voir la nuit au coucher du soleil, il n’est pas en capacité de se déplacer les jours de pluies ou lorsque les conditions météorologiques ne le permettent pas.

Pour utiliser le service, il suffit de se rendre à l’adresse https://bookbot.area120.com/ pour programmer un rendez-vous afin que le robot passe pour récupérer les documents. Bien évidemment, le dispositif est gratuit. D’après la bibliothèque, il n’est pas nécessaire de renseigner son numéro de carte de bibliothèque ni d’utiliser le moindre login pour définir un rendez-vous pour la collecte. Il suffit de saisir son adresse, sélectionner le créneau horaire (8h – 10h), ainsi que son numéro de téléphone. Quand le robot arrive au lieu du rendez-vous, un texto est envoyé à l’usager pour le prévenir que le robot est arrivé. A l’image d’un colis Chronopost, l’usager dispose d’un lien reçu par SMS pour estimer le temps d’arriver du robot jusqu’à chez lui.

Il y a une trappe à l’arrière du robot qui permet de ranger 5 à 10 objets en fonction de leur taille.

Le Book Bot de la bibliothèque de Mountain View
Le Book Bot de la bibliothèque de Mountain View

Actuellement, le robot ne dessert pas l’ensemble de la ville mais seulement un quartier : le Old Mountain View. Il s’agit d’un dispositif expérimental. Par ailleurs, il peut se déplacer à une vitesse maximale de 7,2 km/h. Autrement dit, à cette vitesse-là, il ne peut pas couvrir une surface trop importante.

Quand le robot arrive à la bibliothèque, un bibliothécaire vide les documents et les passe en retour. Le robot est surveillé à distance par un opérateur notamment afin de s’assurer que le robot ne fasse pas l’objet d’acte de vandalisme ou que quelqu’un ne tente pas d’ouvrir la trappe pour récupérer les documents.

C’est un dispositif pilote intéressant pour amener la bibliothèque chez les usagers. Cela permet d’automatiser des tâches qui peuvent permettre d’assurer une meilleure couverture du territoire (compléter les dessertes du bibliobus) ou compléter une offre de service existante (portage à domicile pour les publics empêchés). Le robot book serait efficient s’il permettait d’apporter les documents que les usagers ont envie d’emprunter. Mais c’est peut-être une évolution qui sera apportée si le projet passe la version test. Bien sûr, ce dispositif a été réalisé avec la force de frappe de Google mais pourquoi ne pas envisager des partenariats avec des écoles d’ingénieurs quand elles existent sur les territoires pour construire des dispositifs similaires et permettre ainsi au bibliothèques de proposer des services personnalisés à leurs usagers ?

Source : The Mercury News

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Est-ce que les bibliothèques ont besoin de la blockchain pour être disruptives ?

5 mars 2019 à 07:30

Quel est l’impact de la blockchain pour les bibliothèques ? Comment les bibliothécaires peuvent-ils s’emparer de cette technologie de rupture ? L’American Libraries Magazine a récemment publié une interview consacrée à la blockchain. Parmi les personnes interrogées, on retrouve Ryan Hess, bibliothécaire en charge de l’innovation numérique à la bibliothèque publique de Palo Alto, D arra L Hofman, une universitaire qui s’intéresse à la blockchain, Bohyun Kim professeure à l’université de Rhode Island, Annie Norman bibliothécaire de l’État du Delaware et Caroline Coward, bibliothécaire rattachée à un laboratoire de la NASA. Ces questionnements semblent assez prématurés par rapport à la France mais offrent des perspectives et un cadre de réflexion intéressant qui confirme que les bibliothèques ont et continuent d’entretenir un lien très for avec les technologies.

Les principes de la blockchain

Quiconque s’intéresse un tant soit peu au numérique et ses évolutions a entendu parler du phénomène de la blockchain. Cette technologie est actuellement surtout utilisée dans le domaine des cyrptomonnaies avec notamment le Bitcoin. Il s’agit d’une monnaie immatérielle qui s’appuie sur une chaîne de blocs. Je ne suis ni un expert de la FinTech ni de la Blockhain mais la définition la plus simple que j’ai trouvée pour expliquer de quoi il retourne est celle de Fred Cavazza :

la blockchain est un système de base de données distribuée qui permet de rendre infalsifiable l’historique des transactions.

La blockchain s’avère utile dans le cadre de transactions car son caractère décentralisé permet de se passer d’un tiers qui vérifierait la conformité des transactions. A chaque transaction, une empreinte numérique est associée afin de pouvoir l’identifier. Le gros avantages est donc de pouvoir se passer d’intermédiaires qui vérifie la conformité des transactions et qui détient de ce fait un pouvoir de contrôle.

Une réflexion engagée aux États-Unis

Ok. Une fois qu’on a dit ça, on n’y voit pas spécialement plus clair. Et encore moins le lien avec les bibliothèques. Pourtant, il semble que la chaîne de blocs intéresse nos confrères étasuniens qui en discutent et envisagent des usages pour spécifiques aux bibliothèques. D’après eux, la blockchain pourrait s’appliquer au prêt entre bibliothèques, les publications académiques (peer review), dépôts d’archives ouvertes, la délivrance de titres ou aider au développement d’une carte de bibliothèque universelle.

Mais avant de se lancer dans des projets disruptifs, il est indispensable pour les bibliothécaires amércains de réussir à conceptualiser un peu plus cette technologie et de former la profession pour comprendre comment elle fonctionne et comment elle pourrait être appliquée dans le monde des bibliothèques.

Pour certains professionnels américains, la blockchain pourrait être utile dans la résolution de certains problèmes. Par exemple, Bohyun Kim explique que la blockchain serait utile dans le cadre d’un atelier de bidouille pour une personne qui souhaiterait partager un objet numérique (fichier à imprimer en 3D) avec un ami mais qu’il n’y aurait aucun serveur disponible pour héberger le fichier. Quant à Ryan Hess, il envisage la blockchain comme une solution destinée aux utilisateurs de la bibliothèques pour se partager des choses en dépassant le cadre physique de la bibliothèque.

Darra L. Hofman précise que la blockchain soulève encore beaucoup de questions et que les bibliothécaires n’auront pas nécessairement besoin d’être des experts de cette technologie pour aider les usagers. Elle cite l’exemple du protocole TCP/IP en précisant que tous les bibliothécaires ne sont pas des experts de ce protocole qui est au coeur de la transmission de données sur Internet mais en revanche tous les bibliothécaires sont en capacité d’accompagner les usagers pour trouver les bonnes sources sur le web pour répondre à un besoin informationnel. Toujours d’après Hofman, un moyen de s’emparer de la Blockchain pour les bibliothécaires consiste à faire ce qu’ils font déjà pour d’autres domaines : inviter des spécialistes (elle rappelle d’ailleurs à juste titre que les chercheurs aiment parler de leur sujet de recherche), constituer des bibliographies sur ce sujet… Bohyun Kim rajoute une dimension plus pédagogique en évoquant la possibilité d’animer des ateliers pour montrer aux usagers comment installer et utiliser un portefeuille Bitcoin.

Annie Norman va encore plus loin et pense que la chaîne de blocs serait efficace pour la gestion des données produites par l’activité des bibliothèques. Actuellement, les données des bibliothèques sont enfermées dans des silos fermement protégés par les fournisseurs avec lesquels les bibliothèques travaillent (prestataires, ressources numériques…). A cela, il faut ajouter aussi les problématiques liées à la gouvernance qui se traduisent par un manque de transparence et un accès difficile à ces données (démarche de l’open data). Or, Norman pense que si ces données étaient adossées à une chaîne de blocs, elles bénéficieraient d’une meilleure visibilité qui contribuerait à mettre en avant la valeur des bibliothèques. Par ailleurs, l’intégrité de ces données serait assurée car la particularité de la blockchain est d’assurer une traçabilité des transactions. Autrement dit, aucun risque de voir les données détériorées ou falsifiées.

Un autre aspect relatif à la blockchain qui pourrait aider les bibliothèques concerne le livre numérique et la gestion des droits numériques. Les éditeurs sont d’ailleurs en train de réfléchir sérieusement à la blockchain pour renforcer la protection des œuvres au détriment des DRM classiques.

La blockchain : un buzzword de plus ?

Le risque de tomber dans la hype de la blockchain existe tout de même. Tout comme il a existé pour l’impression 3D qui était présentée comme la technologie disruptive qui allait révolutionner notre quotidien. Mais justement Bohyun Kim propose une réponse intéressante à la question de l’effet de mode. Elle explique que les bibliothèques n’ont pas pour mission de convertir les gens à la blockchain ou à les dissuader de l’utiliser. Elles sont là pour apporter les connaissances nécessaires pour permettre aux individus de faire leur avis sans avoir un discours biaisé qui pourrait dissimuler des intérêts particuliers autour de cette technologie. Les bibliothèques n’ont rien à vendre ! Comme elle le dit très bien, cela pourrait s’intégrer aux missions de littératie numérique des bibliothèques.

La blockchain est présentée comme une technologie révolutionnaire mais présente des inconvénients derrière ses multiples avantages. Cette technologie est coûteuse et nécessite de disposer d’un personnel compétent techniquement pour alimenter et maintenir à jour la chaîne de blocs. Comme l’explique Coward, il y a un moyen simple pour savoir si vous pouvez vous passer de la blockchain. Il suffit de se poser les 4 questions suivantes : Quel est le problème que la bibliothèque essaye de résoudre ? Est-ce que la blockchain est la technologie adaptée pour résoudre ce problème ? Disposez-vous déjà des ressources humaines avec les compétences techniques pour créer et mettre à jour un bloc ? Avez-vous quelqu’un dans l’équipe capable de maintenir le système ? Si la réponse à la deuxième, troisième ou quatrième question est non. Oubliez la blockchain et privilégiez une autre solution.

Par ailleurs, Hofman soulève un problème intéressant avec la blockchain. Théoriquement les transactions enregistrées sur une chaîne sont immuables pour garantir l’authenticité et l’intégrité des échanges. La blockchain consacre un principe existant sur le web : l’amnésie n’existe pas. Autrement dit, comment consacrer le droit à l’oubli alors que le principe de cette technologie est de ne jamais oublier. On peut même s’interroger sur la compatibilité de la blockchain et du RGPD. Comment exercer son droit à la suppression ou la correction de données qui seraient conservées dans une chaîne de blocs ?

Est-ce que la blockchain est une menace pour les bibliothécaires ? D’après Hofman, malgré les promesses qu’avance cette technologie, cela ne représente pas un danger pour les professionnels de l’information. Avec le développement des technologies de l’information, les bibliothécaires ont toujours été positionnés à une place charnière : entre l’information et l’individu. On pourrait dire que les moteurs de recherche occupent la même place mais notre capacité à comprendre le sens de la demande d’un individu, notre jugement et notre humanité ne peuvent être automatisés. Et c’est ce qui fait notre force.

Source : American Libraries Magazine

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Faire entrer le loup dans les bibliothèques

29 janvier 2019 à 07:00

Google s'invite dans les bibliothèques
Google s’invite dans les bibliothèques

Mener une veille sur le numérique et les bibliothèques permet de découvrir des projets intéressants, d’apprendre de l’expérience des autres, se maintenir dans une dynamique d’évolution. Mais c’est aussi l’occasion de dénicher des infos qu’on aurait préféré ne pas découvrir. C’est le cas de celle qui suit et qui tombe LE jour qui ne fallait pas.

Le lundi de cette semaine n’est pas comme tous les autres lundi (il n’est pas au soleil non plus…). Lundi 28 janvier est la journée internationale de la protection de la vie privée. A cette occasion, vous avez peut-être vu passer un paquet d’articles sur le sujet. Nous apprenions la semaine dernière que la CNIL avait prononcé une sanction de 50 millions d’euros contre Google pour son manque de transparence sur le fonctionnement de la publicité et le recueil du consentement des utilisateurs. Ce lundi, nous apprenons que Google étend un peu plus sa domination et son souhait de devenir un acteur incontournable de la lutte contre la fracture numérique. La firme de Mountain View vient d’annoncer qu’elle finançait l’association des bibliothèques américaines à hauteur de 1 million de dollars pour soutenir la formation à la littératie numérique. Ainsi, l’ALA pourra redistribuer l’argent aux bibliothèques du territoire américain pour qu’elles puissent mettre en oeuvres des actions ou des ressources pour acquérir des compétences numériques.

Ce programme n’a bien évidemment rien de philanthropique. Google a des actionnaires à satisfaire et les actions de ce type ne vise qu’un objectif : conquérir de nouvelles parts de marché. En mettant en place ce programme, Google, par l’intermédiaire des bibliothèques, conquiert de nouveaux clients. En effet, les outils et les ressources mises à disposition pour former au numérique sont ceux conçus par Google. L’entreprise a adopté la même stratégie que Microsoft dans le milieu de l’éducation. En nouant des partenariats avec le Ministère, Microsoft s’assure une clientèle captive droguée à ses produits dès l’école. De même, Google propose des ressources pour former au courrier électronique (Gmail), à utiliser des espaces de stockage en ligne (Google Drive), au blogging (Blogger)…Une fois que les apprenants seront en situation d’autonomie, ils continueront à utiliser les outils avec lesquels ils se sont formés. Ainsi, Google pourra collecter les données personnelles de nouveaux utilisateurs et ainsi renforcer son modèle économique en pouvant revendre à des annonceurs des profils d’utilisateur pour la publicité ciblée.

Par ailleurs, ce programme soulève un second problème qui concerne plutôt la dimension « digital labor ». En effet, en fournissant des services et des outils gratuitement aux bibliothécaires et aux personnes en situation d’apprentissage, ces derniers vont pouvoir les éprouver et les améliorer en les utilisant. A titre d’exemple, on peut citer les outils de visite virtuelle. Google propose ce service pour pouvoir créer une visite virtuelle de son établissement ou pour gérer des collections :

Contrôlez, gérez et accédez à vos ressources numériques et métadonnées grâce à notre support avancé de gestion des collections. Il offre un espace d’hébergement de contenu pratiquement illimité, une technologie avancée de publication et de traitement d’images, ainsi que des outils de recherche et de filtrage sophistiqués.

Dès lors, les données stockées vont pouvoir alimenter les bases de données de Google sans que celui-ci n’ait eu besoin de numériser ou d’effectuer un enrichissement des métadonnées. Les professionnels de la culture l’ont fait pour lui. C’est un exemple concret du digital labor cher à Antonio Casilli.

L’entreprise fournit une myriade d’outils gratuits pour obtenir des mesures d’audience, pour améliorer sa présence en ligne, pour accroître son audience et favoriser l’engagement de sa communauté. C’est une terrible stratégie qui lui permet de collecter encore plus de données sur les personnes qui fréquentent les établissements culturels. En utilisant ces outils, nous livrons de la matière première à Google qui réussira à la transformer en devise.

Enfin, Google conclut son communiqué en disant ceci « nous espérons vous voir à la bibliothèque ». Cela ne tient qu’à nous professionnels des bibliothèques de ne pas nous laisser séduire par le chant des sirènes. Ne laissons pas Google devenir la béquille des politiques publiques.

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