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Fermons les bibliobus, déployons des book bots !

11 mars 2019 à 13:11

Derrière ce titre volontairement provocateur se cache un dispositif en phase de test déployé aux Etats-Unis qui reprend le principe de desserte d’un quartier spécifique aux bibliobus.

La bibliothèque publique de Mountain View en Californie teste un nouveau dispositif pour faciliter le retour des documents : le book bot. C’est un robot qui patrouille un quartier de la ville pour permettre aux usagers de restituer les documents (livres, cd, DVD, audiolivres) qu’ils ont emprunté ou d’autres objets que la bibliothèque pourrait prêter. Le robot n’est pas conçu pour livrer des documents pour le moment. Il s’agit d’un projet développé en partenariat avec Google dans le cadre du projet Area 120 qui met en œuvre des dispositifs expérimentaux. Ce n’est pas anodin, on est à Mountain View, ville où siège Google.

Fonctionnement du service

Le robot fonctionne une fois par semaine, le jeudi de 10h à 20h. S’il est équipé de phares pour voir la nuit au coucher du soleil, il n’est pas en capacité de se déplacer les jours de pluies ou lorsque les conditions météorologiques ne le permettent pas.

Pour utiliser le service, il suffit de se rendre à l’adresse https://bookbot.area120.com/ pour programmer un rendez-vous afin que le robot passe pour récupérer les documents. Bien évidemment, le dispositif est gratuit. D’après la bibliothèque, il n’est pas nécessaire de renseigner son numéro de carte de bibliothèque ni d’utiliser le moindre login pour définir un rendez-vous pour la collecte. Il suffit de saisir son adresse, sélectionner le créneau horaire (8h – 10h), ainsi que son numéro de téléphone. Quand le robot arrive au lieu du rendez-vous, un texto est envoyé à l’usager pour le prévenir que le robot est arrivé. A l’image d’un colis Chronopost, l’usager dispose d’un lien reçu par SMS pour estimer le temps d’arriver du robot jusqu’à chez lui.

Il y a une trappe à l’arrière du robot qui permet de ranger 5 à 10 objets en fonction de leur taille.

Le Book Bot de la bibliothèque de Mountain View
Le Book Bot de la bibliothèque de Mountain View

Actuellement, le robot ne dessert pas l’ensemble de la ville mais seulement un quartier : le Old Mountain View. Il s’agit d’un dispositif expérimental. Par ailleurs, il peut se déplacer à une vitesse maximale de 7,2 km/h. Autrement dit, à cette vitesse-là, il ne peut pas couvrir une surface trop importante.

Quand le robot arrive à la bibliothèque, un bibliothécaire vide les documents et les passe en retour. Le robot est surveillé à distance par un opérateur notamment afin de s’assurer que le robot ne fasse pas l’objet d’acte de vandalisme ou que quelqu’un ne tente pas d’ouvrir la trappe pour récupérer les documents.

C’est un dispositif pilote intéressant pour amener la bibliothèque chez les usagers. Cela permet d’automatiser des tâches qui peuvent permettre d’assurer une meilleure couverture du territoire (compléter les dessertes du bibliobus) ou compléter une offre de service existante (portage à domicile pour les publics empêchés). Le robot book serait efficient s’il permettait d’apporter les documents que les usagers ont envie d’emprunter. Mais c’est peut-être une évolution qui sera apportée si le projet passe la version test. Bien sûr, ce dispositif a été réalisé avec la force de frappe de Google mais pourquoi ne pas envisager des partenariats avec des écoles d’ingénieurs quand elles existent sur les territoires pour construire des dispositifs similaires et permettre ainsi au bibliothèques de proposer des services personnalisés à leurs usagers ?

Source : The Mercury News

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Faire entrer le loup dans les bibliothèques

29 janvier 2019 à 07:00

Google s'invite dans les bibliothèques
Google s’invite dans les bibliothèques

Mener une veille sur le numérique et les bibliothèques permet de découvrir des projets intéressants, d’apprendre de l’expérience des autres, se maintenir dans une dynamique d’évolution. Mais c’est aussi l’occasion de dénicher des infos qu’on aurait préféré ne pas découvrir. C’est le cas de celle qui suit et qui tombe LE jour qui ne fallait pas.

Le lundi de cette semaine n’est pas comme tous les autres lundi (il n’est pas au soleil non plus…). Lundi 28 janvier est la journée internationale de la protection de la vie privée. A cette occasion, vous avez peut-être vu passer un paquet d’articles sur le sujet. Nous apprenions la semaine dernière que la CNIL avait prononcé une sanction de 50 millions d’euros contre Google pour son manque de transparence sur le fonctionnement de la publicité et le recueil du consentement des utilisateurs. Ce lundi, nous apprenons que Google étend un peu plus sa domination et son souhait de devenir un acteur incontournable de la lutte contre la fracture numérique. La firme de Mountain View vient d’annoncer qu’elle finançait l’association des bibliothèques américaines à hauteur de 1 million de dollars pour soutenir la formation à la littératie numérique. Ainsi, l’ALA pourra redistribuer l’argent aux bibliothèques du territoire américain pour qu’elles puissent mettre en oeuvres des actions ou des ressources pour acquérir des compétences numériques.

Ce programme n’a bien évidemment rien de philanthropique. Google a des actionnaires à satisfaire et les actions de ce type ne vise qu’un objectif : conquérir de nouvelles parts de marché. En mettant en place ce programme, Google, par l’intermédiaire des bibliothèques, conquiert de nouveaux clients. En effet, les outils et les ressources mises à disposition pour former au numérique sont ceux conçus par Google. L’entreprise a adopté la même stratégie que Microsoft dans le milieu de l’éducation. En nouant des partenariats avec le Ministère, Microsoft s’assure une clientèle captive droguée à ses produits dès l’école. De même, Google propose des ressources pour former au courrier électronique (Gmail), à utiliser des espaces de stockage en ligne (Google Drive), au blogging (Blogger)…Une fois que les apprenants seront en situation d’autonomie, ils continueront à utiliser les outils avec lesquels ils se sont formés. Ainsi, Google pourra collecter les données personnelles de nouveaux utilisateurs et ainsi renforcer son modèle économique en pouvant revendre à des annonceurs des profils d’utilisateur pour la publicité ciblée.

Par ailleurs, ce programme soulève un second problème qui concerne plutôt la dimension « digital labor ». En effet, en fournissant des services et des outils gratuitement aux bibliothécaires et aux personnes en situation d’apprentissage, ces derniers vont pouvoir les éprouver et les améliorer en les utilisant. A titre d’exemple, on peut citer les outils de visite virtuelle. Google propose ce service pour pouvoir créer une visite virtuelle de son établissement ou pour gérer des collections :

Contrôlez, gérez et accédez à vos ressources numériques et métadonnées grâce à notre support avancé de gestion des collections. Il offre un espace d’hébergement de contenu pratiquement illimité, une technologie avancée de publication et de traitement d’images, ainsi que des outils de recherche et de filtrage sophistiqués.

Dès lors, les données stockées vont pouvoir alimenter les bases de données de Google sans que celui-ci n’ait eu besoin de numériser ou d’effectuer un enrichissement des métadonnées. Les professionnels de la culture l’ont fait pour lui. C’est un exemple concret du digital labor cher à Antonio Casilli.

L’entreprise fournit une myriade d’outils gratuits pour obtenir des mesures d’audience, pour améliorer sa présence en ligne, pour accroître son audience et favoriser l’engagement de sa communauté. C’est une terrible stratégie qui lui permet de collecter encore plus de données sur les personnes qui fréquentent les établissements culturels. En utilisant ces outils, nous livrons de la matière première à Google qui réussira à la transformer en devise.

Enfin, Google conclut son communiqué en disant ceci « nous espérons vous voir à la bibliothèque ». Cela ne tient qu’à nous professionnels des bibliothèques de ne pas nous laisser séduire par le chant des sirènes. Ne laissons pas Google devenir la béquille des politiques publiques.

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