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Reçu avant avant-hier SF

Sleep and the Soul (recueil) – Greg Egan

12 mai 2023 à 15:00

Cet article ne sera pas une critique mais une note pour vous informer de la sortie d’un recueil de nouvelles de Greg Egan. Depuis quelques années, Greg Egan autopublie sur Amazon ses écrits en regroupant sous la forme de recueil les nouvelles qu’il a publié dans différents magazines anglosaxon.

Il l’avait fait en janvier 2020 avec Instantiation, dans lequel on trouvait quelques excellents textes dont la trilogie Bit Players. Ou encore The Slipway ou le magistral The Discrete Charm of the Turing Machine. L’auteur propose ces recueils en format électroniques ou en format papier, broché ou relié, au choix, et vendus sur Amazon. L’intérêt de ces recueils, si vous lisez l’anglais bien évidemment, est d’accéder aux dernières productions du maître de Perth sans avoir à parcourir toutes les revues anglosaxonnes et sans y être abonné. En ce qui me concerne, il y a un côté collectionneur des écrits d’un écrivain que je considère comme majeur en science-fiction, et dont j’aime garder une trace sur papier.

Depuis le 23 avril 2023, Greg Egan propose sous la même forme un nouveau recueil, Sleep and the Soul. Reprenant les dernières productions de l’auteur, il contient dix nouvelles et novellas :

  1. You and Whose Army?, publiée initialement dans Clarkesworld en 2020. Il s’agit d’une novella que j’ai déjà chroniquée ici, puis traduite pour les éditions Le Bélial’ et qui a été publiée sous le titre Un Château sous la mer dans le Hors-Série n° 4 de la collection Une Heure-Lumière en 2021.
  2. This is Not the Way Home, texte publié en 2019 dans l’anthologie Mission Critical dirigée par Jonathan Strahan. Peu convaincu, j’avais chroniqué ce texte lors de la sortie de l’anthologie.
  3. Zeitgeber, publié chez Tor.com en 2019.
  4. Crisis Actors, publiée en 2022 dans l‘anthologie Tomorrow’s Parties : Life in the Anthropocene de Jonathan Strahan.
  5. Sleep and the Soul, publiée dans Asimov’s Science Fiction en 2021 et chroniquée sur ces pages.
  6. After Zero, publiée dans l’anthologie Phase Change : New SF energies de Matthew Chrulew.
  7. Dream Factory, publiée dans Clarkesworld en 2022.
  8. Light Up the Clouds, publiée dans Asimov’s Science Fiction en 2021
  9. Night Running, publiée dans Asimov’s Science Fiction en 2023.
  10. Solidity, publiée dans Asimov’s Science Fiction en 2022 et chroniquée sur ce blog.

Fournaise – Livia Llewellyn

21 janvier 2023 à 10:58

[Cet article a été publié une première fois dans le numéro 105 de la revue Bifrost.]

Livia Llewellyn est une autrice américaine peu connue chez elle, inconnue chez nous, ayant publié deux recueils de nouvelles : Engines of Desire (2011) et Furnace (2016), tous deux nommés pour le prix Shirley Jackson qui, depuis 2007, récompense des textes relevant de l’horreur. Les éditions Dystopia publient, à l’initiative d’Anne-Sylvie Homassel qui en a assuré la traduction, Fournaise, version française de Furnace reprenant douze des treize nouvelles originales. Le recueil se complète d’une interview de l’autrice.

La place me manque et je n’irai donc pas par quatre chemins : Fournaise est un chef d’œuvre du genre. Horrifique, assurément. Les récits qui le composent laisseront des traces dans l’esprit du lecteur, et les images qu’il invoque peupleront ses nuits sans sommeil. New Weird, pleinement. Livia Llewellyn navigue avec aisance sur les eaux sombres et les codes de ce courant littéraire né au tournant du millénaire avec la publication de Perdido Street Station de China Miéville. Lieux et époques cohabitent dans ces pages, de la révolution française à un futur cyberpunk, en passant par la grande dépression américaine, avec toujours comme objectif avoué de mettre à mal notre santé mentale. Dans chacune des nouvelles, l’étrange s’invite dès les premières lignes, mais l’horreur frappe sans prévenir, puissamment. Le recueil s’ouvre sur « Panopticon » qui est le texte le plus malaisant. À moins que cette entrée en matière ne déplace tant les curseurs de nos attentes que la suite s’impose avec plus d’évidence. Dans son recueil Wounds, Nathan Ballingrud avait brillamment montré que l’esprit humain s’adapte avec une facilité déconcertante à toutes les horreurs. L’épouvante de Livia Llewellyn n’est pas psychologique, elle relève d’une perception du monde. C’est un regard déformé mais précis, monstrueux et lucide. L’autrice consacre moins de mots à ses personnages qu’au monde qui les entoure. Ainsi les descriptions de la nature ou de la ville sont mises au premier plan et les noms de China Miéville (encore) et Jeff Vandermeer s’imposent. Les inspirations sont transparentes et revendiquées, comme dans la nouvelle « Guêpe et serpent » qui réécrit la fable d’Ésope en version cyberpunk, ou le sublime « À toi le droit de commencer » qui reprend le Dracula de Bram Stoker du point de vue des créatures féminines qui l’entourent, donnant une lecture féministe du mythe. C’est un regard féminin que propose l’autrice – tous ses personnages sont des femmes – le corps et la sexualité sont autant de lieux d’exultation que d’horreur. C’est là une des caractéristiques essentielles de ce recueil.

Enfin, s’il n’est pas à mettre entre toutes les mains en raison de la violence des images qu’il impose, Fournaise se distingue par ses qualités littéraires. Les textes qui le composent sont magnifiquement écrits et magnifiquement traduits. La langue est belle, éminemment poétique, ce qui ne fait que renforcer le malaise face à l’horreur présentée ainsi dans un écrin de diamant. Un chef d’œuvre.


D’autres avis : Le Chroniqueur,


  • Titre : Fournaise
  • Autrice : Livia Llewellyn
  • Publication : 15 octobre 2021, Dystopia, coll. Workshop
  • Traduction : Anne-Sylvie Homassel
  • Nombre de pages : 256
  • Support : papier et numérique

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